Par Daniel Gonfroy, Président national de l’UNPRG
Vieillir en bonne santé : un vœu universel, un angle mort budgétaire
« Vieillir en bonne santé » : qui oserait dire le contraire ? Pourtant, le financement de l’autonomie reste l’un des points aveugles de notre modèle social. Aujourd’hui, la France consacre déjà 37 milliards d’euros à la perte d’autonomie, mais l’essentiel est débloqué trop tard, quand les besoins sont déjà majeurs ; à l’horizon 2040, il faudra ajouter 8 à 10 milliards d’euros par an pour tenir la barre .
Des comptes sous tension : l’exemple criant des Ehpad
Déficits chroniques, inflation, salaires revalorisés sans compensation : les Ehpad publics affichent près de 800 millions d’euros de manque à gagner. Dix-huit fédérations ont réclamé un fonds d’urgence de 1,4 milliard pour 2025, rappelant à l’État que la dignité des aînés n’attend pas .
La « cinquième branche » de la Sécurité sociale à la peine
Créée pour sécuriser l’autonomie, la cinquième branche verra ses dépenses grimper à 42,4 milliards en 2025, mais elle devrait déjà afficher –400 millions d’euroscette même année et –2,5 milliards en 2028 si rien ne change . Le Gouvernement, lui, promet une trajectoire à 44 milliards d’euros d’ici 2027 et 50 000 postes supplémentaires en Ehpad . Les chiffres divergent, l’inquiétude demeure.
Qui paiera demain ?
Plus longtemps actifs ? Le taux d’emploi des 55-64 ans plafonne à 57 %, loin des 69 % de la moyenne européenne . Une deuxième « journée de solidarité » ? Une assurance dépendance obligatoire ? Flécher une partie des successions ou du patrimoine ? Les pistes heurtent la sensibilité des Français mais reflètent une réalité : l’arbitrage est inévitable.
Prévenir plutôt que guérir : un investissement rentable
« Changer de regard, c’est ne plus parler de fardeau mais d’investissement »
— Pr Bertrand Fougère
Prévention dès 60 ans, activité physique, nutrition, lien social, habitat adapté : chaque euro investi tôt évite plusieurs euros de soins tardifs . Pour la communauté gendarmique, cela signifie maintenir nos entraînements, nos réseaux d’entraide et promouvoir un habitat sécurisé dans les logements de la gendarmerie comme dans nos domiciles.
Les aidants : l’arme discrète de la solidarité
Un Français sur cinq aide aujourd’hui un proche en perte d’autonomie ; chez les retraités de la gendarmerie, l’esprit de service prolonge souvent la carrière : soutien aux conjoints, aux anciens camarades, aux parents. Or le coût caché – temps de travail perdu, fatigue, santé mentale – dépasse 11 milliards d’euros chaque année (estimation OCIRP). Faciliter les congés, compenser la perte de revenu et proposer un vrai répit doivent devenir des priorités budgétaires.
Ce que nous pouvons (et devons) défendre
- Une loi de programmation sur le vieillissement : donnant visibilité et trajectoire pluriannuelle.
- Un financement diversifié : cinquième branche consolidée, assurance prévention-dépendance à tarif social, contribution des bénéficiaires patrimoniaux.
- Un choc de prévention dans chaque brigade et cercle de retraités : bilans santé, ateliers équilibre, formation numérique pour briser l’isolement.
- La transparence des aides (APA, crédit d’impôt, MaPrimeAdapt’) via un guichet unique accessible .
Conclusion : devoir de vigilance, devoir de fraternité
Le risque de dépendance est une certitude statistique, pas une fatalité sociale. En tant qu’anciens gardiens de l’ordre public, nous savons que la cohésion d’un pays se mesure à l’égard qu’il porte à ses aînés. Vieillir en bonne santé a un prix ; ne pas financer l’autonomie en aura un bien plus élevé : la perte de dignité et le recul du lien entre les générations. Il est temps, pour la Nation comme pour la grande famille de la gendarmerie, de faire de la prévention et du financement de la dépendance une priorité nationale.
*Vos réactions et propositions sont les bienvenues sur notre site et à notre prochain congrès à Sète en 2026, de l’Union nationale des personnels et retraités de la gendarmerie.*
crédit photo : Photo de Matthias Zomer
