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Budget 2027 : crédits en hausse, mais pas de nouvelles commandes de voitures pour les brigades de gendarmerie

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Auditionné mercredi 7 octobre 2026 devant la commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale, le général d’armée Hubert Bonneau a présenté les moyens prévus pour la Gendarmerie nationale en 2027. Si les crédits de paiement progressent de 2,35 % pour atteindre 11,31 milliards d’euros, les arbitrages annoncés illustrent les contraintes financières de l’institution : aucune nouvelle commande de voitures légères pour les brigades territoriales en 2027, mais la poursuite des livraisons déjà engagées, des investissements aériens et un effort sur le numérique.

Sur le même thème : Budget 2027 : le directeur général de la Gendarmerie nationale attendu à l’Assemblée mercredi

L’augmentation d’un budget ne signifie pas nécessairement une amélioration immédiate des moyens disponibles sur le terrain. L’audition du directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), le 7 octobre, en a fourni une illustration particulièrement concrète.

Devant les députés de la commission de la Défense nationale et des forces armées, le général d’armée Hubert Bonneau a présenté les grandes orientations du projet de loi de finances pour 2027. Au-delà des chiffres, les échanges ont notamment porté sur les moyens de mobilité, les effectifs, l’immobilier, les équipements et la capacité de la Gendarmerie à répondre à une charge opérationnelle croissante.

L’exercice est d’autant plus important que 2027 constitue la dernière année de la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (LOPMI) 2023-2027.

Un budget de 11,31 milliards d’euros, en progression de 2,35 %

Les chiffres présentés en ouverture de l’audition témoignent d’une augmentation des crédits affectés au programme 152 « Gendarmerie nationale ».
Pour 2027, les crédits de paiement atteindraient 11,31 milliards d’euros, soit une hausse de 2,35 % par rapport à 2026.
Les autorisations d’engagement s’élèveraient quant à elles à 12,45 milliards d’euros, avec une progression supérieure à 12 %.
Cette distinction est importante. Les crédits de paiement permettent de financer les dépenses effectivement réglées pendant l’année. Les autorisations d’engagement servent à engager des opérations dont le financement pourra s’étaler sur plusieurs exercices.
Ainsi, la forte progression des autorisations d’engagement ne signifie pas que les unités disposeront immédiatement de moyens supplémentaires dans les mêmes proportions.
Pour apprécier la portée réelle du budget, il faut donc examiner la répartition des crédits et les priorités retenues.

Véhicules : aucune nouvelle commande prévue pour les brigades territoriales

C’est l’une des informations les plus marquantes de l’audition. Selon les déclarations du directeur général rapportées à l’issue de la réunion, aucune nouvelle commande de véhicules légers destinés aux unités territoriales n’est prévue en 2027.
La décision mérite cependant d’être précisée : elle ne signifie pas que les brigades ne recevront aucune voiture l’année prochaine.
Le général Hubert Bonneau a rappelé que 4 550 véhicules avaient été commandés à la fin de l’année 2025. Sur ce total, environ 2 300 restaient encore à livrer au moment de son audition.
Ces livraisons doivent donc continuer à alimenter le parc automobile de l’institution.
En revanche, l’absence de nouvelles commandes pour 2027 pose la question de la continuité du renouvellement du parc au cours des exercices suivants.
Pour les brigades, l’enjeu est particulièrement concret. Les véhicules sont indispensables aux patrouilles, aux interventions, aux enquêtes et à l’ensemble des déplacements réalisés quotidiennement, notamment dans les territoires ruraux où les distances peuvent être importantes.
Un renouvellement insuffisant peut entraîner une augmentation des coûts d’entretien, des immobilisations plus fréqu et une diminution de la disponibilité des moyens de mobilité.
Le sujet n’est donc pas seulement le nombre de voitures livrées en 2027, mais la capacité de la Gendarmerie à maintenir durablement un parc adapté à ses missions.

Une centaine de véhicules pour le maintien de l’ordre

Alors qu’aucune nouvelle commande de voitures légères n’est prévue pour les brigades, une centaine de véhicules doit être consacrée au maintien de l’ordre.
Cet investissement répond à des besoins opérationnels spécifiques, notamment pour les unités engagées dans des dispositifs de sécurité importants ou nécessitant des moyens collectifs adaptés.
Il serait toutefois réducteur d’opposer directement ces équipements aux véhicules des brigades territoriales.
Les besoins ne sont pas identiques et les matériels ne sont pas nécessairement interchangeables.
La question soulevée par cet arbitrage reste néanmoins celle de la hiérarchisation des investissements : comment préserver les capacités spécialisées de la Gendarmerie tout en assurant le renouvellement des moyens ordinaires de ses unités ?
C’est l’une des difficultés auxquelles l’institution est confrontée dans la préparation de son budget.

Hélicoptères : 23 H145 annoncés pour renouveler la flotte

Autre dossier majeur : les moyens aériens.
Le directeur général a annoncé la commande de 23 hélicoptères H145 d’ici à la fin de l’année 2026, afin de poursuivre le renouvellement de la flotte aérienne de la Gendarmerie nationale.
Cette opération doit répondre au vieillissement de certains appareils et aux difficultés de disponibilité rencontrées par les forces aériennes de la Gendarmerie.

Les hélicoptères interviennent dans de nombreuses missions : recherche de personnes, surveillance, appui aux unités au sol et opérations judiciaires.
La commande annoncée représente donc un investissement structurant pour les capacités opérationnelles de l’institution.
Il faut cependant distinguer cette commande des livraisons : les 23 appareils ne seront pas nécessairement mis en service dès 2027. Leur financement et leur réception s’inscrivent dans une trajectoire pluriannuelle.

Effectifs : 235 emplois supplémentaires envisagés pour 2027

Le projet de budget prévoit également une augmentation des effectifs.
Selon les documents budgétaires présentés au Parlement, 235 emplois supplémentaires sont envisagés pour la Gendarmerie nationale, principalement afin de contribuer à l’armement de vingt nouvelles brigades.
Cette mesure s’inscrit dans la poursuite du développement du maillage territorial prévu par la LOPMI.
Elle demeure toutefois conditionnée à l’adoption définitive de la loi de finances.
La création de postes ne suffit pas, à elle seule, à garantir une augmentation équivalente des effectifs immédiatement disponibles dans les unités. Le recrutement, la formation, les départs et les mouvements de personnels doivent également être pris en compte.

L’enjeu sera donc de mesurer la traduction effective de ces créations d’emplois sur le terrain et leur capacité à renforcer les brigades.

Immobilier : un investissement majeur, mais des besoins persistants

Le patrimoine immobilier demeure l’un des principaux défis financiers de la Gendarmerie nationale.
Le projet de budget pour 2027 prévoit notamment une opération importante à Versailles-Satory, dans le cadre du programme immobilier CapSatory.
Selon les données budgétaires publiées, cette opération mobiliserait 600 millions d’euros en autorisations d’engagement, dont 550 millions au titre du programme Gendarmerie et 50 millions provenant du Fonds vert.
Cet investissement illustre l’importance des dépenses immobilières dans la trajectoire budgétaire de l’institution.
Mais les besoins ne se limitent pas aux grandes opérations de construction ou de rénovation.

L’entretien des casernes existantes, le vieillissement de certains bâtiments et le financement des logements constituent également des enjeux majeurs.
Lors de l’audition, les députés sont revenus sur la nécessité d’une programmation pluriannuelle pour l’immobilier ainsi que sur les questions relatives aux loyers.
Pour les militaires et leurs familles, ces investissements conditionnent directement la qualité de vie, les conditions d’hébergement et, plus largement, l’attractivité de certaines affectations.

Numérique et criminalité organisée : des investissements jugés indispensables

Le directeur général a également insisté sur l’importance des capacités numériques face à l’évolution des formes de criminalité.
La cybercriminalité, l’utilisation de l’intelligence artificielle et la sophistication des organisations criminelles imposent aux forces de sécurité de moderniser leurs outils.
Ces investissements concernent notamment les systèmes d’information, les capacités d’investigation et les technologies nécessaires aux enquêtes.
La Gendarmerie doit ainsi répondre à deux exigences simultanées : maintenir des équipements classiques indispensables à la sécurité quotidienne et développer les capacités technologiques nécessaires pour lutter contre des organisations criminelles toujours plus structurées.
Ces arbitrages illustrent la nécessité pour la Gendarmerie de concilier le renouvellement de ses équipements traditionnels avec les investissements indispensables à sa transformation numérique.

Une charge opérationnelle qui continue de peser sur les unités

Au-delà des investissements, Hubert Bonneau a évoqué la diversité et l’intensité des missions assurées par la Gendarmerie nationale.

Les violences intrafamiliales, la criminalité organisée, les enlèvements liés aux cryptomonnaies et les problématiques de sécurité en outre-mer figurent parmi les sujets abordés dans son intervention.

La lutte contre le narcotrafic et l’organisation des capacités de police judiciaire ont également été discutées.

Ces enjeux témoignent de la nécessité de disposer de personnels formés, d’équipements adaptés et de moyens de mobilité suffisants.

Ils rappellent aussi que l’activité des brigades territoriales ne se limite pas à la présence visible sur la voie publique. Les gendarmes doivent simultanément assurer les interventions, les enquêtes judiciaires, l’accueil du public et les missions de prévention.

L’augmentation de la charge opérationnelle pose donc inévitablement la question de l’adéquation entre les missions confiées et les ressources disponibles.

Notre analyse : des arbitrages qui interrogent sur les moyens du quotidien

L’audition du 7 octobre met en évidence un paradoxe budgétaire.
La Gendarmerie nationale pourrait bénéficier d’une augmentation de ses crédits, poursuivre certains investissements structurants et renforcer ses effectifs.

Pourtant, tous les besoins ne peuvent être satisfaits simultanément.
La décision de ne pas engager de nouvelles commandes de voitures légères pour les brigades territoriales en 2027 en constitue l’exemple le plus visible.
Il serait excessif d’en conclure que la modernisation de la Gendarmerie est interrompue. Les véhicules précédemment commandés doivent continuer à être livrés, les équipements spécialisés font l’objet d’investissements et les capacités numériques demeurent une priorité.

Mais cette situation montre les limites d’une lecture du budget fondée uniquement sur les montants globaux.
Pour les militaires, ce qui importe n’est pas seulement la progression des crédits prévus, mais leur traduction concrète dans les unités : disposer de véhicules opérationnels, travailler dans des bâtiments entretenus, bénéficier d’équipements adaptés et pouvoir assurer les missions avec des effectifs suffisants.
Le principal enseignement de cette audition tient donc moins à l’augmentation annoncée du budget qu’aux choix qu’elle impose.

Alors que la Gendarmerie doit simultanément renforcer sa présence territoriale, moderniser ses capacités judiciaires et technologiques, renouveler ses moyens aériens et entretenir son patrimoine immobilier, la question du financement durable de ses missions reste entière.

Le débat parlementaire sur le projet de loi de finances pour 2027 devra permettre de préciser ces arbitrages.
Au-delà des annonces budgétaires, c’est désormais leur traduction concrète dans les unités qui sera scrutée. Car pour les gendarmes, la progression des crédits ne prendra véritablement tout son sens que si elle permet de disposer des effectifs, des équipements et des moyens nécessaires à l’accomplissement de leurs missions.

Source : Audition du général Hubert Bonneau, Assemblée nationale, 7 octobre 2026

Jean-Christophe Vaillant

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