AccueilTribune libreSainte-Soline, l’ère du clip politique pour tenter d’exister

Sainte-Soline, l’ère du clip politique pour tenter d’exister

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À Sainte-Soline, quelques secondes d’images suffisent désormais à relancer les accusations contre les forces de l’ordre, sans contexte ni contradiction. Jean-François Charrat dénonce ici cette politique du clip, reprise jusque par certains responsables politiques, qui transforme un événement complexe en vérité instantanée. Une indignation à géométrie variable qui, selon lui, efface les violences subies par les gendarmes et abîme un peu plus le débat démocratique.

Il y a une nouvelle manière de “faire de la déformation d’information” (je préfère ce terme à buzz). On ressort une vidéo de quelques secondes, on la coupe de tout ce qui l’entoure, on lui colle une légende qui claque et on laisse les réseaux sociaux transformer le fragment en vérité absolue. SainteSoline est devenu le terrain d’expérimentation idéal de cette politique du clip.Mais que cela vienne du premier secrétaire du Parti Socialiste, ça en devient pitoyable. 

Régulièrement, une séquence ressurgit, comme un boomerang mal calibré. Pas de contexte, pas de chronologie, pas de mise en perspective. Juste quelques images brutes, brandies comme une preuve définitive. Le débat est expédié en un clic. Les forces de l’ordre et plus précisément les gendarmes, seraient coupables et les manifestants innocents — ou l’inverse — selon l’humeur du moment. C’est simple, c’est rapide, c’est surtout terriblement faux.

Le procédé devient franchement problématique lorsqu’il est repris par des responsables politiques. En relayant une vidéo décontextualisée, en la présentant comme une pièce à conviction suffisante, le secrétaire général du Parti socialiste ne contribue pas à l’information, il participe à la transformation d’un événement complexe en vignette émotionnelle. Sortir un extrait tronqué sans rappeler les faits établis, sans attendre les enquêtes, sans mentionner les blessés — notamment parmi les gendarmes — ce n’est pas éclairer le débat, c’est l’obscurcir.

Sur le plan déontologique, mais est-ce qu’il possède encore un peu d’honnêteté intellectuelle, son geste est limpide. Il contourne la règle fondamentale de toute analyse honnête, celle du travail à charge et à décharge. On ne juge pas une opération de maintien de l’ordre comme on commente une vidéo TikTok. On ne sélectionne pas la seule image qui conforte son récit. On examine l’ensemble. L’avant, le pendant, l’après. Les mouvements de foule, les projectiles, les consignes, les blessures, les interventions de secours. Tout ce qui ne tient pas dans quinze secondes verticales.

À SainteSoline, des gendarmes ont été grièvement blessés, des véhicules incendiés et des dégradations graves exercées. Ce fait existe, il est documenté, il ne disparaît pas parce qu’un extrait isolé raconte autre chose. A aucun moment, doit-on le rappeler, ce parti politique n’a soutenu ces militaires qui faisaient face à une tentative de soulèvement violente, brutale et illégale. Combien de temps les gendarmes ont-ils du supporter ces attaques sans broncher, attendant l’ordre de mettre un terme, enfin, à un déferlement de haine violente et incendiaire ? Les gendarmes évacués, brûlés ou fracassés, seront-ils ignorés encore longtemps ? Il n’y a qu’à se souvenir des propos de ce responsable politique qui a déclaré « Qu’y avait-il à craindre ? Rien ». Les images de véhicules de la gendarmerie brûlant sous l’effet des cocktails molotov illustrent parfaitement ce « rien »

La démocratie n’a pas besoin de clips, elle a besoin du film entier. Il ne suffit pas de crier avec les loups, et une fois seul sur les bancs de l’assemblée pour redevenir un agneau aux dentslongues. Plus prompt à apporter un soutien à une famille de véritables voyous, à travers cecommentaire, il est exprimé une haine du flic, idéologie prônée par les partenaires du moment, qui seront les premiers à se plaindre le jour où ils auront besoin de ces « voyous en uniformes » pour sauvegarder leur intégrité physique. On voit la manœuvre de responsable politique à la recherche d’une notoriété perdue dans les nimbes d’une soumission aux insoumis, comble de l’hypocrisie. 

Cependant, la vidéo tronquée évite soigneusement les questions essentielles. Que s’estil passé avant ? Que s’estil passé après ? Quelles étaient les consignes ? Qu’ont conclu les enquêtes ? Quelles responsabilités ont été établies ?

Ces questions sont moins spectaculaires qu’un tweet d’indignation, mais ce sont les seules qui respectent le principe du contradictoire. À force de remplacer l’enquête par le montage, on finit par abîmer la confiance dans l’information, dans les institutions, et dans le débat luimême.

Et pour finir, les gendarmes qui commettent des fautes sont sanctionnés immédiatement, sans indulgence, sans délai, sans débat. La machine disciplinaire, elle, ne connaît ni pause ni hésitation. On aimerait que ceux qui les ont blessés grièvement bénéficient de la même célérité, mais là, soudain, tout devient plus lent. Les responsabilités se diluent, les enquêtes s’étirent, les indignations se taisent, les associations objectent et les principes si bruyamment brandis quelques heures plus tôt disparaissent dans le décor comme un slogan oublié après la manif.

Parce que, dans cette étrange chorégraphie politique, il y a une règle non écrite, le gendarme fautif doit payer tout de suite ; le casseur, lui, peut attendre. 

Et pendant que certains découpent des vidéos pour fabriquer des vérités instantanées, d’autres pansent leurs plaies, rangent leurs boucliers, et se demandent combien de temps encore ils devront encaisser en silence pendant que la République se fait commenter en quinze secondes verticales.

SainteSoline mérite mieux que des extraits recyclés. Les gendarmes blessés, qui n’ont fait qu’obéir à un ordre de l’autorité légitime, aussi. Les manifestants également. Et la démocratie encore davantage.

Le problème, c’est que le film entier ne rentre pas dans un tweet et qu’il empêche surtout chacun de ne retenir que les scènes qui l’arrangent.

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