Quatorze ans ont passé et pourtant rien ne s’est vraiment éloigné. Collobrières reste là, dans un coin de mon cœur, comme une présence silencieuse qui revient quand on s’y attend le moins. Une odeur de genêt, un uniforme croisé, un moment de calme… et tout remonte. Je revois leurs visages, j’entends leurs voix. Elles ne sont jamais très loin.
Je pense souvent à elles comme on pense à des amies qu’on a perdues trop tôt. À ce qu’elles étaient, à ce qu’elles auraient encore pu devenir. Et je pense à nous, ceux qui ont continué à avancer avec cette fissure discrète que personne ne voit mais que chacun porte. On a fait ce qu’on a pu, avec ce que la vie nous avait laissé, en essayant de rester debout malgré tout.
Cette année, pour la troisième fois, je n’ai pas été invité à la cérémonie de Pierrefeu. Je ne le dis pas pour me plaindre, ni pour pointer du doigt. Je le dis parce que cela m’a rappelé une vérité simple. Le deuil ne se vit pas dans un protocole, ni dans une chaise réservée. Mon hommage, je le porte en moi. Je le vis chaque fois que je repense à elles, chaque fois que leur absence se fait sentir dans un geste, une pensée, un silence. Personne ne peut m’enlever cela.
Alors aujourd’hui, je veux simplement leur parler. Leur dire qu’elles sont toujours là, dans mes souvenirs, dans mes choix, dans ma manière de regarder le monde. Leur dire que leur passage dans ma vie a laissé une trace qui ne s’effacera jamais.
Je pense aussi à Dominique, la maman d’Audrey, dont le souvenir se mêle aujourd’hui au sien avec beaucoup de douceur.
À elles.
À ce que nous avons vécu.
À ce que nous portons encore.
Et à cette fidélité silencieuse qui, quatorze ans après, continue de nous tenir debout.
Capitaine (H) Jean-François Charrat
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Le deuil impossible de Jean-François Charrat – L’onde de choc de Collobrières
Dix ans après le drame qui a coûté la vie aux adjudantes Audrey Bertaut et Alicia Champlon, sauvagement assassinées lors d’une intervention à Collobrières, le capitaine honoraire Jean-François Charrat livre avec Le deuil impossible un témoignage d’une puissance rare. Ce livre n’est pas seulement le récit d’un fait divers qui a bouleversé la France ; c’est une plongée impitoyable dans le traumatisme d’un chef de brigade, une réflexion profonde sur le commandement et un réquisitoire silencieux contre les angles morts de l’institution militaire.

