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	<title>Archives des Tribune libre - La voix du gendarme</title>
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	<title>Archives des Tribune libre - La voix du gendarme</title>
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		<title>Coup de gueule matinal !</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Oct 2026 07:44:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>CRS et gendarmes mobiles : Jean-François Charrat répond au syndicat Alliance Le syndicat de police Alliance dénonce une différence de mobilisation entre les CRS et les escadrons de gendarmerie mobile à l&#8217;occasion du 31 octobre. Une sortie qui fait bondir Jean-François Charrat. Dans cette tribune au vitriol, il dénonce une polémique corporatiste, rappelle l&#8217;engagement quotidien [&#8230;]</p>
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<h2 class="wp-block-heading">CRS et gendarmes mobiles : Jean-François Charrat répond au syndicat Alliance</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le syndicat de police Alliance dénonce une différence de mobilisation entre les CRS et les escadrons de gendarmerie mobile à l&rsquo;occasion du 31 octobre. Une sortie qui fait bondir Jean-François Charrat. Dans cette tribune au vitriol, il dénonce une polémique corporatiste, rappelle l&rsquo;engagement quotidien des gendarmes mobiles et s&rsquo;interroge sur les arrière-pensées syndicales, à quelques semaines des élections professionnelles. Sans remettre en cause la solidarité entre policiers et gendarmes sur le terrain, il règle ses comptes avec les représentants d&rsquo;Alliance.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Du même auteur :</strong> <a href="https://lavoixdugendarme.fr/budget-gendarmerie-2027-brigades-effectifs-moyens/" data-type="link" data-id="https://lavoixdugendarme.fr/budget-gendarmerie-2027-brigades-effectifs-moyens/">Gendarmerie, un budget en demi-teinte !</a><br><strong>Du même auteur :</strong> <a href="https://lavoixdugendarme.fr/manifestations-lyceennes-forces-ordre-empathie-macron/" data-type="link" data-id="https://lavoixdugendarme.fr/manifestations-lyceennes-forces-ordre-empathie-macron/">Mais qui offrira donc l’empathie à ceux qui tiennent la ligne ?</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">On savait le syndicat Alliance coutumier du corporatisme de bas étage, on le découvre désormais atteint d’une jalousie maladive. À lire leur dernière prose larmoyante sur les réseaux, l’amertume le dispute au ridicule : ils pleurnichent parce que les escadrons de gendarmerie mobile seraient moins sollicités qu’eux, alors même que le 31 octobre prochain, toutes les compagnies de CRS seraient sur le pont.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut une audace sans limites — ou un sens inné de l’inversion — pour oser la ramener. Les gendarmes mobiles passent le clair de leur temps à colmater les brèches dans les zones de compétence de la police, souvent au détriment de leurs propres plates-bandes. Et étrangement, on n&rsquo;entend personne s&rsquo;émouvoir outre mesure quand, dans un commissariat d&rsquo;une centaine de fonctionnaires, on cherche désespérément une patrouille dehors, les autres ayant visiblement des occupations plus urgentes ou un café trop chaud.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, messieurs d’Alliance, au lieu de geindre et de lorgner par-dessus la gamelle du voisin, essayez donc de vous concentrer sur votre cœur de métier : courser les casseurs, les pilleurs et les voyous. Et cessez de vendre des salades en faisant croire que la totalité des CRS est déployée sur le terrain à effectifs pleins, quand un calcul de niveau primaire rappelle qu’avec des effectifs réduits de moitié, c’est tout juste la moitié de la machine qui tourne réellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À force de saturer les plateaux des chaînes d&rsquo;information en invisibilisant méthodiquement les gendarmes mobiles, il ne fallait pas s&rsquo;étonner que le ministère finisse par céder à la mise en scène et ne plus faire appel qu&rsquo;aux « indispensables » autoproclamés du maintien de l&rsquo;ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le silence eût été l&rsquo;ultime et le plus souverain des mépris, mais ce serait leur prêter une consistance qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas que de les gratifier de notre indifférence. À moins qu&rsquo;une fois de plus, les élections syndicales de décembre ne fassent tourner à plein régime les calculateurs de la maison, bien décidés à agiter l&rsquo;épouvantail d&rsquo;une pseudo-inégalité de traitement pour garnir leurs urnes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement que sur le terrain, l’Alliance, la vraie, entre exécutants n’est plus à démontrer.</p>
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		<title>Faire face au chaos, renforcer la cohésion : « la Gendarmerie au cœur de la stabilité nationale »</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 14:09:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au lendemain des violences qui ont marqué la journée du 17 octobre 2026, Daniel Gonfroy, président national de l’Union nationale des personnels et retraités de la Gendarmerie (UNPRG), livre une analyse sans détour des tensions qui traversent la société française. Entre crise sociale, violences urbaines et difficultés du maintien de l’ordre, il appelle l’État à [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au lendemain des violences qui ont marqué la journée du 17 octobre 2026, Daniel Gonfroy, président national de l’Union nationale des personnels et retraités de la Gendarmerie (UNPRG), livre une analyse sans détour des tensions qui traversent la société française. Entre crise sociale, violences urbaines et difficultés du maintien de l’ordre, il appelle l’État à prendre ses responsabilités, à garantir aux forces de l’ordre les moyens nécessaires à leurs missions et à renouer avec un véritable dialogue social. Une tribune dans laquelle il réaffirme le soutien indéfectible de l’UNPRG aux gendarmes et son attachement aux valeurs républicaines.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur le même thème : </strong><a href="https://lavoixdugendarme.fr/manifestations-lyceennes-forces-ordre-empathie-macron/" data-type="link" data-id="https://lavoixdugendarme.fr/manifestations-lyceennes-forces-ordre-empathie-macron/">Mais qui offrira donc l’empathie à ceux qui tiennent la ligne ?</a><br><strong>Sur le même thème : </strong><a href="https://lavoixdugendarme.fr/soutien-aux-forces-de-lordre-trop-cest-trop/" data-type="link" data-id="https://lavoixdugendarme.fr/soutien-aux-forces-de-lordre-trop-cest-trop/">Soutien aux forces de l’ordre : trop, c’est trop !</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">La France a traversé, le 17 octobre 2026, l’une des journées les plus violentes de ces dernières années. Ce que nous avons vu ce jour-là n’était pas seulement une manifestation qui dégénère. C’était le symptôme d’un basculement profond, révélateur de tensions sociales, institutionnelles et sécuritaires qui s’accumulent silencieusement depuis plusieurs années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce chaos n’est pas né d’une cause unique. Il plonge ses racines dans la convergence de plusieurs facteurs, dont l’interaction a rendu la situation explosive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, une crise sociale profonde qui s’est installée durablement : la vie chère, l’inflation, le prix du carburant, qui ont développé un sentiment d’injustice et de déclassement. Une colère qui s’est développée au sein des familles, des jeunes, des travailleurs, et qui s’expriment avec une intensité que nul ne pouvait ignorer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vient ensuite l’action de nombreux groupes ultraviolents organisés, extrêmement mobiles, venus dans le but d’en découdre avec les forces de l’ordre, profitant de la dispersion des cortèges pour mener des attaques ciblées contre les bâtiments publics, les unités engagées et les commerces. Ce sont eux qui ont fait basculer la journée dans une violence d’une rare intensité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À tout cela, il faut ajouter des fragilités ponctuelles dans le maintien de l’ordre. Pas dû, aux forces de l’ordre elles-mêmes, puisque visiblement, elles ont contribué à éviter le pire, et ce, au prix de nombreux blessés dans leurs rangs, mais aux décideurs qui dans beaucoup de villes ont sous-dimensionné les dispositifs. Les unités engagées ont dû faire face à des groupes rapides, imprévisibles, utilisant des techniques proches de la guérilla urbaine. La proximité des cortèges et de ces groupuscules a rendu la maîtrise du terrain particulièrement difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, la polarisation politique a aggravé la situation. Des discours antagonistes, souvent incendiaires, ont empêché l’apaisement et alimenté la radicalisation. Ce qui n’a que pour seul effet un affaiblissement de la confiance dans les institutions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette situation, il est indispensable d’agir non seulement dans l’urgence, mais également et surtout dans la durée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un premier temps, et à très court terme, il est indispensable de reprendre pleinement le contrôle de l’espace public. Cela implique de renforcer les effectifs engagés, de sécuriser les zones sensibles, de neutraliser les pilleurs et les casseurs par des interpellations ciblées et une judiciarisation systématique. Il convient également de rassurer la population par une présence visible, constante et déterminée des forces de l’ordre, ainsi que par une communication claire sur les actions conduites. Enfin, il est nécessaire de stabiliser le climat social en rouvrant des canaux de dialogue crédibles et en évitant toute prise de parole clivante susceptible d’alimenter les tensions. Ceux qui clament haut et fort que « la police tue » et que les gendarmes seraient «&nbsp;des voyous en uniforme&nbsp;» devraient commencer par faire leur mea culpa. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, il est impératif de prendre des mesures d’urgence, mais au‑delà de cette réponse immédiate, il faut penser l’avenir. L’exigence absolue est de moderniser durablement le maintien de l’ordre, de renforcer le renseignement territorial et d’adapter nos doctrines aux nouvelles formes de violence. Il est indispensable d’agir au plus près des territoires, en détectant les signaux faibles, en consolidant la prévention et en travaillant étroitement avec les acteurs locaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est grand temps que l’État prenne pleinement conscience qu’il n’est plus acceptable d’exposer ses forces de l’ordre, dernier rempart de la République, à des situations où elles se retrouvent en première ligne sans les moyens nécessaires. Il lui appartient de les soutenir, en leur garantissant les ressources financières, matérielles et opérationnelles indispensables pour accomplir leurs missions en toute sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le voyou doit comprendre qu’il n’a plus face à lui une cible vulnérable, mais un serviteur de l’État, légitime et déterminé, en mesure de lui rappeler que « Force doit rester à la loi ». Ce n’est qu’à ces conditions que nous restaurerons la confiance institutionnelle auprès de nos concitoyens, à travers une transparence assumée, une pédagogie constante et la valorisation du rôle essentiel des forces de l’ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même si cela intervient tardivement, nous prenons acte qu’après avoir exprimé sa colère et sa honte, le chef de l’État a finalement affirmé son soutien à l’ensemble des forces de l’ordre. Dans son allocution, le président de la République a précisé que « Face aux casseurs, l’exécutif sera intraitable » et que le suivi judiciaire devra être exemplaire : casseurs, pilleurs = payeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on peut se réjouir d’entendre de tels propos, encore faut‑il qu’ils soient portés avec conviction et qu’ils ne se réduisent pas à de simples éléments de langage rédigés par l’une des plumes du président. Une chose demeure certaine : la paix sociale ne reviendra que s’il n’y a plus de manifestations. Et pour cela, l’État doit d’abord témoigner davantage d’empathie envers ceux qui manifestent dans le calme, en engageant un véritable dialogue social de fond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, notre association a un rôle clair, légitime et essentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’UNPRG se doit de soutenir les personnels d’active, saluer leur professionnalisme et leur engagement dans des situations extrêmes. Nous devons, chaque fois que possible, remonter les informations du terrain, grâce à nos unions unions départementales et leurs différents secteurs sans oublier tous nos adhérents(es), qui sont bien souvent les premiers témoins des tensions locales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous devons préserver la cohésion, en maintenant un discours apolitique, factuel, fidèle aux valeurs de la Gendarmerie : devoir, probité, protection. Et nous devons harmoniser nos communications, pour que chaque message contribue à la stabilité et à la confiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le chaos du 17 octobre 2026 est le produit d’une crise profonde et multiforme. Pour éviter sa reproduction, il faut agir simultanément sur la sécurité, la justice, la prévention et la cohésion sociale. L’UNPRG réaffirme son soutien aux personnels d’active, son attachement aux valeurs de la Gendarmerie et sa volonté de contribuer à la stabilité nationale par une communication responsable et apolitique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est notre devoir. C’est notre engagement. C’est notre contribution à la République.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Daniel Gonfroy</p>
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		<item>
		<title>Mais qui offrira donc l’empathie à ceux qui tiennent la ligne ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Oct 2026 05:53:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que les manifestations lycéennes ravivent les tensions autour du maintien de l’ordre, les appels à davantage d’empathie et de pédagogie adressés aux forces de l’ordre suscitent des réactions. Jean-François Charrat, capitaine honoraire de gendarmerie, prend la plume pour dénoncer les contradictions du discours politique et rappeler les exigences auxquelles sont quotidiennement confrontés gendarmes et [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Alors que les manifestations lycéennes ravivent les tensions autour du maintien de l’ordre, les appels à davantage d’empathie et de pédagogie adressés aux forces de l’ordre suscitent des réactions. Jean-François Charrat, capitaine honoraire de gendarmerie, prend la plume pour dénoncer les contradictions du discours politique et rappeler les exigences auxquelles sont quotidiennement confrontés gendarmes et policiers. Une tribune engagée sur la confiance, le respect et la responsabilité de ceux qui gouvernent.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Face aux images parfois insoutenables des manifestations lycéennes, attisées par les appels&nbsp; de certains responsables politiques, j’avais jusqu’ici choisi de confier mes réflexions au silence de mon cercle intime. Mais ce matin, je romps ce pacte de discrétion.</em></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La presse se fait l&rsquo;écho des exigences du Président de la République, sommant gendarmes et policiers de faire preuve d’empathie et de pédagogie au cœur de la fournaise. À ces mots, les bras m’en tombent.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Je suis retraité de la gendarmerie. Je n’ai plus à enfiler le gilet tactique, à grimper dans l’étroitesse du fourgon, à essuyer la grêle des pavés ou la boue des outrages. Pourtant, mon cœur vibre encore au rythme de mes camarades d’active, vous savez ceux qui tiennent la ligne de front pendant que d’autres s&rsquo;accrochent aux micros. Et je ne puis m&#8217;empêcher de songer à ce que leur inspire, dans le secret moite de leur casque, cette nouvelle leçon descendue des sommets de l’État.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>À croire que, dans les hauteurs ouatées de la République, le maintien de l’ordre relève désormais d’une pastorale bienveillante, où l’on pacifierait la colère à coups de câlins, de mots doux et d’ateliers de médiation citoyenne. À croire surtout que ceux qui dispensent ces leçons n’ont jamais croisé la physionomie&nbsp; d’une émeute qu&rsquo;à travers la vitre teintée d’un véhicule officiel ou le confort lointain d’un plateau de télévision.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pourtant, la mémoire n&rsquo;est pas si courte. En 2020, le même chef de l’État prononçait ces mots : « Aujourd&rsquo;hui, quand on a une couleur de peau qui n&rsquo;est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé […] On est identifié comme un facteur de problème et c&rsquo;est insoutenable. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cette déclaration avait, en son temps, profondément meurtri la conscience des gendarmes et des policiers. Et voilà qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, aux mêmes hommes et femmes que l’on soupçonnait hier d’incarner structurellement le problème, on intime l’ordre d’exhiber une surabondance d’empathie. La cohérence politique est décidément une discipline bien inconsistante.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’empathie ? Qu’on se le dise, les forces de l’ordre n’ont pas attendu les injections ministérielles pour l&rsquo;apprendre. Elle palpite chaque jour, dans l’ombre et la poussière. Quand ils protègent des adolescents égarés dans la tourmente. Quand ils s’agenouillent pour arracher un blessé au chaos. Quand ils s’efforcent, de toute leur âme, d’empêcher qu’une foule ne bascule dans l’irréparable. Quand ils portent secours à des familles brisées par la détresse. Quand ils absorbent la bave des insultes, les provocations et les projectiles meurtriers, pendant des heures, sans autre réponse que la stricte périphérie de la loi.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ils l’exercent aussi, là où aucun projecteur ne brille, là où la caméra s&rsquo;éteint. C&rsquo;est bien le drame de ceux qui oublient que l’empathie n’est point un élément de langage jeté en pâture aux gazettes, mais une autodiscipline quotidienne du terrain.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et que dire de la pédagogie ? Elle constitue la texture même de leur métier. Sommations, annonces, négociations de la dernière chance, avertissements répétés, rappels constants à la règle commune. Le maintien de l’ordre ne date pas des grâces oratoires de l&rsquo;ère moderne. Mais il est vrai que depuis le silence feutré des salons ministériels, il est infiniment plus commode d’imaginer des troupes fonçant aveuglément dans le tumulte, plutôt que de contempler la longue patience des heures qui précèdent l&rsquo;affrontement.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>On disserte à l&rsquo;infini sur l&rsquo;instant fatal où la force doit se déployer. On oublie délibérément tout ce qui fut tenté, minute après minute, pour conjurer cette extrémité. Prévenir. Dialoguer. Temporiser. Évaluer. Trancher. Et, lorsque la digue cède enfin, agir.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Toujours plus. Toujours mieux. Toujours coupables, par définition.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C’est cette mécanique implacable qui finit par user les âmes. On exige du gendarme et du policier qu’ils soient à la fois de marbre et de velours, fulgurants et prudents, omniprésents et discrets, redoutables d’efficacité et irréprochables de pureté. On leur demande d&rsquo;anticiper la tempête tout en la commentant avec grâce, de protéger indifféremment ceux qui manifestent et ceux qui subissent, de plier l&rsquo;ordre public sans jamais paraître contraindre.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et si le drame survient, il faut bien offrir un coupable en sacrifice à l’opinion. Le plus commode demeure invariablement celui qui porte l&rsquo;uniforme. Pendant ce temps, les architectes des tensions, juchés sur leurs tribunes dorées, se découvrent de soudaines passions pour la psychologie des foules. Admirable conversion de dernière heure.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Mais qui offrira donc l&#8217;empathie à ceux qui tiennent la ligne ?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Car il est une empathie dont nul ne parle, ou si peu, celle que la Nation, par gratitude et par justice, doit à ses enfants en bleu et en kaki.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Celle qui consiste à mesurer l&rsquo;abîme des risques encourus. La lourdeur des charges, l&rsquo;implacable cadence des nuits sans sommeil, l&rsquo;accumulation des procédures kafkaïennes, l&rsquo;injustice permanente des mises en cause.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Celle qui admet qu&rsquo;un gendarme ou un policier n’est point un surhomme façonné pour être, simultanément, bouclier inviolable, médiateur inspiré, psychologue de rue, juriste accompli, communicant hors pair et, pour finir, le souffre-douleur consenti d’une société en crise. Il n’a pas vocation à porter sur ses épaules l’immense édifice des contradictions de ceux qui nous gouvernent.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La confiance ne se décrète point par décret ; elle se mérite et se livre.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Lorsqu&rsquo;un manifestant franchit la ligne rouge tracée par la loi, ce n&rsquo;est point au gendarme ou au policier de réinventer, au milieu des pavés, la philosophie de l&rsquo;État. Il applique la règle. Il exécute les ordres. Il se meut dans un espace juridique qui lui échappe totalement. Là s’arrête sa liberté, et c&rsquo;est précisément là que commence la lourde responsabilité politique.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Certes, la parole du pouvoir a le droit de scruter, d&rsquo;exiger la probité déontologique, de réclamer des comptes. Elle le doit, c&rsquo;est son office. Mais elle devrait s&rsquo;interdire de transformer les forces de l&rsquo;ordre en vulgaires constantes d&rsquo;ajustement d&rsquo;une communication à géométrie variable.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Je suis un ancien. Je n&rsquo;ai plus à croiser le fer ni à essuyer les coups. Mais je garde dans ma chair la mémoire exacte de ce que l&rsquo;on ressent lorsque ceux-là mêmes qui vous commandent exigent de vous, selon l&rsquo;humeur du moment, d&rsquo;être plus fermes et plus doux, plus fulgurants et plus circonspects&#8230; et par-dessus tout, de ne jamais défaillir.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Alors oui, l&#8217;empathie est une grâce. La pédagogie, une nécessité de chaque instant. Mais la confiance demeure un devoir sacré. Et la cohérence, la plus impérieuse des responsabilités politiques.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Car exiger toujours davantage de ceux qui tiennent le dernier rempart ne dispense jamais ceux qui ordonnent de jeter un regard lucide sur ce qui se consume derrière eux.&nbsp;</em></p>
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		<item>
		<title>Sainte-Soline, l’ère du clip politique pour tenter d’exister</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 10:21:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À Sainte-Soline, quelques secondes d’images suffisent désormais à relancer les accusations contre les forces de l’ordre, sans contexte ni contradiction. Jean-François Charrat dénonce ici cette politique du clip, reprise jusque par certains responsables politiques, qui transforme un événement complexe en vérité instantanée. Une indignation à géométrie variable qui, selon lui, efface les violences subies par [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>À Sainte-Soline, quelques secondes d’images suffisent désormais à relancer les accusations contre les forces de l’ordre, sans contexte ni contradiction. Jean-François Charrat dénonce ici cette politique du clip, reprise jusque par certains responsables politiques, qui transforme un événement complexe en vérité instantanée. Une indignation à géométrie variable qui, selon lui, efface les violences subies par les gendarmes et abîme un peu plus le débat démocratique.</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une nouvelle manière de “faire de&nbsp;la déformation d’information”&nbsp;(je préfère ce&nbsp;terme à buzz). On&nbsp;ressort&nbsp;une vidéo de quelques secondes, on la coupe de tout ce qui l’entoure, on lui colle une légende qui claque et on laisse les réseaux sociaux transformer le fragment en vérité absolue. SainteSoline est devenu le terrain d’expérimentation idéal de cette politique du clip.Mais que cela vienne&nbsp;du premier secrétaire du Parti Socialiste, ça en devient pitoyable.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Régulièrement, une séquence ressurgit, comme un boomerang mal&nbsp;calibré. Pas de contexte, pas de chronologie, pas de mise en perspective. Juste quelques images brutes, brandies comme une preuve définitive. Le débat est expédié en un clic. Les forces de l’ordre&nbsp;et plus précisément les gendarmes,&nbsp;seraient coupables&nbsp;et&nbsp;les manifestants innocents — ou l’inverse — selon l’humeur du moment. C’est simple, c’est rapide, c’est&nbsp;surtout terriblement&nbsp;faux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le procédé devient franchement problématique lorsqu’il est repris par des responsables politiques. En relayant une vidéo décontextualisée, en la présentant comme une pièce à conviction suffisante, le secrétaire général du Parti socialiste ne contribue pas à l’information,&nbsp;il participe à la transformation d’un événement complexe en vignette émotionnelle. Sortir un extrait tronqué sans rappeler les faits établis, sans attendre les enquêtes, sans mentionner les blessés — notamment parmi les gendarmes — ce n’est pas éclairer le débat, c’est l’obscurcir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan déontologique,&nbsp;mais est-ce qu’il possède encore un peu d’honnêteté intellectuelle, son&nbsp;geste est limpide. Il contourne la règle fondamentale de toute analyse honnête, celle du&nbsp;travail à charge et à décharge. On ne juge pas une opération de maintien de l’ordre comme on commente une vidéo TikTok. On ne sélectionne pas la seule image qui conforte son récit. On examine l’ensemble. L’avant, le pendant, l’après. Les mouvements de foule, les projectiles, les consignes, les blessures, les interventions de secours. Tout ce qui ne tient pas dans quinze secondes verticales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À SainteSoline, des gendarmes ont été grièvement blessés, des véhicules incendiés et des dégradations&nbsp;graves&nbsp;exercées. Ce fait existe, il est documenté, il ne disparaît pas parce qu’un extrait isolé raconte autre chose.&nbsp;A aucun moment, doit-on le rappeler, ce parti politique n’a soutenu ces militaires qui faisaient face à une tentative&nbsp;de&nbsp;soulèvement violente, brutale et illégale. Combien de temps les gendarmes ont-ils du supporter ces attaques&nbsp;sans broncher, attendant l’ordre de mettre un terme, enfin, à un déferlement de haine violente et incendiaire&nbsp;?&nbsp;Les gendarmes évacués, brûlés ou fracassés,&nbsp;seront-ils&nbsp;ignorés&nbsp;encore longtemps&nbsp;?&nbsp;Il n’y a qu’à se souvenir des propos de ce responsable politique qui a déclaré&nbsp;«&nbsp;Qu&rsquo;y avait-il à craindre ? Rien&nbsp;». Les images de véhicules de la gendarmerie brûlant sous l’effet des cocktails molotov illustrent parfaitement ce «&nbsp;rien&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">La démocratie n’a pas besoin de clips,&nbsp;elle a besoin du film entier.&nbsp;Il ne suffit pas de&nbsp;crier&nbsp;avec les loups,&nbsp;et&nbsp;une fois seul sur les bancs de l’assemblée&nbsp;pour&nbsp;redevenir&nbsp;un agneau&nbsp;aux&nbsp;dentslongues.&nbsp;Plus prompt à apporter&nbsp;un&nbsp;soutien à une famille de véritables voyous, à travers&nbsp;cecommentaire,&nbsp;il est&nbsp;exprimé&nbsp;une haine du flic, idéologie prônée par&nbsp;les&nbsp;partenaires du moment,&nbsp;qui seront&nbsp;les&nbsp;premiers&nbsp;à&nbsp;se&nbsp;plaindre&nbsp;le jour où&nbsp;ils&nbsp;auront&nbsp;besoin de ces «&nbsp;voyous en uniformes&nbsp;» pour sauvegarder&nbsp;leur&nbsp;intégrité physique.&nbsp;On voit&nbsp;la&nbsp;manœuvre de&nbsp;responsable politique&nbsp;à la recherche d’une notoriété perdue dans les nimbes d’une&nbsp;soumission aux insoumis, comble de&nbsp;l’hypocrisie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, la vidéo tronquée évite soigneusement les questions essentielles.&nbsp;Que s’estil passé avant ? Que s’estil passé après ? Quelles étaient les consignes ? Qu’ont conclu les enquêtes ? Quelles responsabilités ont été établies ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces questions sont moins spectaculaires qu’un tweet d’indignation, mais ce sont les seules qui respectent le principe du contradictoire. À force de remplacer l’enquête par le montage, on finit par abîmer la confiance dans l’information, dans les institutions, et dans le débat luimême.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour finir, les gendarmes qui commettent des fautes sont sanctionnés immédiatement, sans indulgence, sans délai, sans débat. La machine disciplinaire, elle, ne connaît ni pause ni hésitation. On aimerait que ceux qui les ont blessés grièvement bénéficient de la même célérité,&nbsp;mais là, soudain, tout devient plus lent. Les responsabilités se diluent, les enquêtes s’étirent, les indignations se taisent, les associations objectent&nbsp;et les principes si bruyamment brandis quelques heures plus tôt disparaissent dans le décor comme un slogan oublié après la manif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que, dans cette étrange chorégraphie politique, il y a une règle non écrite,&nbsp;le gendarme fautif doit payer tout de suite ; le casseur, lui, peut attendre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pendant que certains découpent des vidéos pour fabriquer des vérités instantanées, d’autres pansent leurs plaies, rangent leurs boucliers, et se demandent combien de temps encore ils devront encaisser en silence pendant que la République se fait commenter en quinze secondes verticales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SainteSoline mérite mieux que des extraits recyclés. Les gendarmes&nbsp;blessés,&nbsp;qui n’ont fait qu’obéir à un ordre de l’autorité légitime,&nbsp;aussi. Les manifestants également. Et la démocratie encore davantage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème, c’est que le film entier ne rentre pas dans un tweet et qu’il empêche surtout chacun de ne retenir que les scènes qui l’arrangent.</p>
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		<title>Régularisation des charges en gendarmerie.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jul 2026 12:19:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Factures tardives, calculs opaques, retenues sur solde ou pension : les régularisations de charges liées aux logements concédés par nécessité absolue de service peuvent placer les gendarmes et leurs familles devant des sommes considérables, parfois plusieurs années après leur départ. Dans cette enquête, Jean-François Charrat, rédacteur à&#160;La Voix du Gendarme&#160;et auteur du livre&#160;Le Deuil impossible, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Factures tardives, calculs opaques, retenues sur solde ou pension : les régularisations de charges liées aux logements concédés par nécessité absolue de service peuvent placer les gendarmes et leurs familles devant des sommes considérables, parfois plusieurs années après leur départ. Dans cette enquête, Jean-François Charrat, rédacteur à&nbsp;</strong><em><strong>La Voix du Gendarme</strong></em><strong>&nbsp;et auteur du livre&nbsp;</strong><em><strong>Le Deuil impossible</strong></em><strong>, décrypte les manquements régulièrement relevés dans ces dossiers et détaille les recours permettant aux militaires d’exiger les justificatifs, de contester les erreurs et de faire respecter leurs droits.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand la jurisprudence CRM recadre les abus de l&rsquo;Administration</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque année, des centaines de gendarmes actifs, mutés ou retraités découvrent dans leur boîte aux lettres des notifications de régularisation de charges d&rsquo;une brutalité comptable déconcertante. Des montants allant parfois de 1 000 à plus de 3 000 euros leur sont réclamés pour des logements occupés trois à quatre ans auparavant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant longtemps, la réponse des services de gestion s&rsquo;est voulue lapidaire : l&rsquo;État applique la prescription quadriennale, le gendarme doit payer. Point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, sous la surface de cette mécanique administrative bien huilée, le vernis juridique craque. Un examen attentif des avis récents de la&nbsp;<strong>Commission des recours des militaires (CRM)</strong>&nbsp;et des jugements des tribunaux administratifs révèle une réalité bien différente : dans un nombre considérable de dossiers, l&rsquo;Administration commet des vices de procédure majeurs et viole les droits fondamentaux des administrés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enquête sur les failles d&rsquo;un système et guide pratique pour faire valoir vos droits.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>I. Les vérités de la jurisprudence CRM : ce que l&rsquo;Administration ne dit pas</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Commission des recours des militaires (CRM), instance préalable obligatoire avant tout recours contentieux devant le juge administratif, est devenue au fil des dossiers le révélateur des défaillances des centres de soutien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Loin d&rsquo;accorder un blanc-seing aux services du soutien opérationnel, la CRM annule ou demande régulièrement le réexamen de régularisations de charges en raison de manquements répétés de l&rsquo;Administration à ses propres obligations.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>1. Le défaut de communication des pièces justificatives : un vice récurrent</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour réclamer une somme au titre de la régularisation des charges, l&rsquo;Administration a l&rsquo;obligation légale de prouver la réalité de la dépense. Or, trop souvent, le gendarme reçoit un simple tableau récapitulatif sans aucune facture probante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La règle :</strong>&nbsp;Un décompte global ne constitue pas une preuve. La CRM rappelle constamment que l&rsquo;absence de transmission des factures d&rsquo;eau, d&rsquo;électricité ou de fioul collectif, ainsi que du mode de répartition des millièmes de la caserne, entache la décision d&rsquo;illégalité.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>2. L&rsquo;atteinte au principe du contradictoire</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le Droit administratif impose à l&rsquo;Administration d&rsquo;informer l&rsquo;agent des sommes réclamées et de lui laisser un délai raisonnable pour présenter ses observations&nbsp;<strong>avant</strong>&nbsp;toute mise en recouvrement ou précompte automatique sur la solde/pension.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce que sanctionne la CRM :</strong>&nbsp;L&rsquo;émission directe d&rsquo;un titre de perception ou l&rsquo;application d&rsquo;une retenue sur solde sans notification préalable préalable d&rsquo;un décompte détaillé donnant la possibilité de contester est une violation manifeste des droits de la défense.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>3. Les erreurs matérialisées dans les calculs</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le terrain, la masse des dossiers traités par les Payeries et le Service des Essences ou des Bâtiments entraîne des erreurs matérielles récurrentes :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Application de tantièmes erronés (surfaces de logements mal renseignées dans le logiciel de gestion) ;</li>



<li>Prise en compte de périodes d&rsquo;occupation inexactes (dates de prise ou de réintégration de logement non ajustées après une mutation) ;</li>



<li>Imputation de charges relevant normalement des travaux de gros entretien (à la charge exclusive du propriétaire/État).</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>II. Le fossé juridique : Droit commun vs « Logement NAS »</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;un des leviers du malaise réside dans le grand écart entre les règles appliquées aux citoyens civils et celles imposées aux militaires.</p>



<figure class="wp-block-table"><table class="has-fixed-layout"><thead><tr><td><strong>LOI ALUR (Droit commun)</strong></td><td><strong>LOGEMENT NAS (Gendarmerie)</strong></td></tr></thead><tbody><tr><td>•&nbsp;<strong>Régularisation annuelle obligatoire</strong></td><td>•&nbsp;<strong>Application de la prescription quadriennale</strong>(Loi de 1968)</td></tr><tr><td>•&nbsp;<strong>Justificatifs à disposition</strong>&nbsp;pendant 1 mois après notification</td><td>•&nbsp;<strong>Réclamations jusqu&rsquo;à 4 ans après</strong>&nbsp;le départ du logement</td></tr><tr><td>•&nbsp;<strong>Limitation et encadrement</strong>&nbsp;des rattrapages tardifs</td><td>•&nbsp;<strong>Précomptes brutaux</strong>&nbsp;sur solde ou sur pension de retraite</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Si le régime des concessions de logement par Nécessité Absolue de Service (NAS) confère un statut spécifique,&nbsp;<strong>il ne dispense en aucun cas l&rsquo;État de l&rsquo;exigence de loyauté</strong>. La prescription quadriennale (Loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968) est un délai butoir de déchéance de créance, elle n&rsquo;a jamais été conçue par le législateur comme un « délai de confort » autorisant les services comptables à accumuler quatre années de retard.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>III. Guide pratique : Comment contester une régularisation abusive ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si vous recevez un ordre de payer ou une notification de régularisation tardive et opaque, voici la démarche méthodique à suivre.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>1.Réception de la notification : Point</strong>&nbsp;de départ.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Notification de régularisation ou ordre de payer reçu de la part du centre gestionnaire.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>2.Demande de pièces justificatives : Sous</strong>&nbsp;15 jours par RAR.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Envoi d&rsquo;une lettre recommandée avec accusé de réception sollicitant la transmission des factures d&rsquo;origine et du tableau de clé de répartition des charges.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>3.Recours gracieux / Mises en demeure : Phase</strong>&nbsp;contradictoire.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Contestation des montants ou des vices de procédure auprès de l&rsquo;Administration et demande de suspension de la mise en recouvrement.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>4.Saisine de la CRM : Obligatoire</strong>&nbsp;— Dans le délai strict de 2 mois.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Saisine de la Commission des recours des militaires (recours préalable obligatoire avant toute démarche contentieuse).</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>5.Recours contentieux : Tribunal</strong>&nbsp;administratif.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Saisine du tribunal administratif compétent si l&rsquo;avis de la CRM ou la décision du Ministre ne donne pas satisfaction.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Étape 1 : Bloquer les délais et exiger la transparence</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès réception du document,&nbsp;<strong>ne laissez pas courir les délais</strong>. Adressez immédiatement un courrier recommandé avec accusé de réception (RAR) au centre gestionnaire :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Demandez la&nbsp;<strong>communication intégrale des factures d&rsquo;origine</strong>&nbsp;des fournisseurs d&rsquo;énergie/eau pour les années concernées ;</li>



<li>Demandez le&nbsp;<strong>tableau de clé de répartition des charges</strong>&nbsp;pour l&rsquo;ensemble du casernement ;</li>



<li>Sollicitez la suspension de la mise en recouvrement dans l&rsquo;attente de la communication de ces pièces.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Étape 2 : Former un Recours Préalable Obligatoire devant la CRM</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l&rsquo;Administration ne répond pas, refuse de fournir les pièces justificatives ou maintient son exigence financière sur la base de calculs contestables, vous devez saisir la CRM.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>ATTENTION AUX DÉLAIS :</strong>&nbsp;La saisine de la CRM doit être effectuée dans un délai de&nbsp;<strong>deux mois</strong>&nbsp;à compter de la notification de la décision contestée ou du titre de perception.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les arguments juridiques à soulever dans votre mémoire :</strong></p>



<ol start="1" class="wp-block-list">
<li><strong>Sur la forme :</strong>&nbsp;Violation du principe du contradictoire (absence d&rsquo;information préalable), défaut de motivation de la décision.</li>



<li><strong>Sur le fond :</strong>&nbsp;Absence de caractère certain et probant de la créance (absence de factures), erreurs dans le calcul des millièmes, non-déduction des provisions ou acomptes déjà versés.</li>
</ol>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>IV. Exiger la restauration de la loyauté administrative</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;action devant la CRM n&rsquo;a pas pour but de soustraire le gendarme au paiement de ce qu&rsquo;il consomme réellement. Tout militaire comprend et accepte le principe du remboursement des charges dues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui n&rsquo;est plus acceptable, c&rsquo;est la brutalité des méthodes, l&rsquo;opacité des calculs et le sentiment d&rsquo;arbitraire qui découle de retards d&rsquo;exécution systématiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Institution gendarmerie exige de ses personnels une rigueur exemplaire, une loyauté de chaque instant et une réactivité sans faille. En retour, l&rsquo;Administration qui la soutient se doit d&rsquo;appliquer les mêmes standards de rigueur. Restaurer une régularisation annuelle, fournir des factures claires et instaurer un vrai dialogue contradictoire ne relèvent pas du luxe : c&rsquo;est le strict respect de la dignité des gendarmes et de leurs familles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-François Charrat </p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>“Verticalité sans ancrange, l&#8217;illusion du contrôle”: tribune de l&#8217;officier Jean Ceynom</title>
		<link>https://lavoixdugendarme.fr/verticalite-sans-ancrange-lillusion-du-controle-tribune-de-lofficier-jean-ceynom/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=verticalite-sans-ancrange-lillusion-du-controle-tribune-de-lofficier-jean-ceynom</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jul 2026 19:44:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Ceymon]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lavoixdugendarme.fr/?p=81422</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un officier d’active de Gendarmerie, Jean Ceynom (pseudonyme) nous a adressé cette tribune intitulée “verticalité sans ancrage l'illusion du contrôle”.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Un officier d’active de <strong>Gendarmerie</strong>, <strong>Jean Ceynom</strong> (pseudonyme) nous a adressé cette tribune intitulée “<em>verticalité sans ancrage l&rsquo;illusion du contrôle”</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur le même thème : <a href="https://lavoixdugendarme.fr/tribune-officiers-en-surchauffe-limpasse-des-compagnies-a-deux/" data-type="post" data-id="76309">Tribune : officiers en surchauffe, l’impasse des compagnies à deux</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce constat fait écho à un article récemment paru dans plusieurs médias, notamment sur Europe 1, dans lequel le corps des commissaires s’inquiète de l’omniprésence croissante de l’autorité administrative depuis leur rattachement renforcé à l’autorité préfectorale en 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette analyse entre en résonance avec une réalité déjà observée au sein de la Gendarmerie, une verticalité de plus en plus marquée dans les organisations, souvent dénoncée, qui tend à affaiblir les échelons intermédiaires. Elle freine le discernement, limite la prise d’initiative et finit par appauvrir l’exercice même des responsabilités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour illustrer cette dynamique, on pourrait imaginer un axe vertical structuré, composé de plusieurs niveaux solidement maintenus par des points d’ancrage (doctrines d’emploi, statuts, prérogatives clairement définies…). Chaque échelon de commandement y trouve sa place, sa fonction et son autonomie relative. Autrement dit, la subsidiarité en somme, en constitue le principe d’équilibre. Le sommet de cet axe représente, en théorie, l’objectif à atteindre. Une forme d’accomplissement professionnel, un cap qui guide l’engagement tout au long de la carrière. Il structure l’effort, donne du sens à la progression et légitime les responsabilités exercées à chaque niveau.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Or, aujourd’hui, tout se passe comme si ces points d’ancrage avaient cédé. Les niveaux supérieurs se sont affaissés les uns sur les autres, venant peser directement sur les échelons inférieurs. Le premier niveau, en particulier, ne se trouve pas seulement submergé par des missions qui ne lui étaient pas initialement destinées. Il est surtout progressivement dépossédé de ses propres prérogatives. Sous l’effet de cette proximité imposée, les échelons supérieurs tendent à capter, encadrer voire absorber des missions qui relevaient jusqu’alors de son champ d’action.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ce mouvement de reprise en main, souvent justifié par des impératifs de contrôle ou d’efficacité, produit en réalité l’effet inverse. Il dévalue les responsabilités du premier échelon, en altère la lisibilité et fragilise sa légitimité dans l’exercice même de ses fonctions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cette verticalité écrasante s’ajoute désormais un facteur aggravant, la transformation du rapport à l’information sous l’effet de la technologie. Là où existaient autrefois des filtres, des niveaux de tri et de discernement dans la remontée du renseignement, tout devient aujourd’hui immédiat, sensible, urgent. L’information circule sans hiérarchisation réelle, sous la pression implicite du <em>“tout savoir, tout de suite”</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce phénomène désorganise profondément les pratiques. On ne sait plus toujours quoi remonter, à quel moment, ni à quel niveau. Des éléments autrefois considérés comme secondaires deviennent des enjeux majeurs, simplement parce qu’ils sont accessibles en temps réel et susceptibles d’être saisis à tout instant par un échelon supérieur déjà  “présent” au bas de l’axe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, la contraction du temps décisionnel, conjuguée à l’écrasement des niveaux hiérarchiques, entrave le raisonnement, brouille les responsabilités et fragilise la capacité d’analyse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette dynamique est aussi, en partie, alimentée par des facteurs humains. Selon les personnalités et les niveaux de commandement, elle peut être accentuée par un manque de courage décisionnel, une appréhension face à l’autorité administrative, des logiques de carrière ou encore une déconnexion progressive du terrain.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, le réflexe devient souvent celui du contrôle plutôt que de la confiance. La délégation recule, au profit d’un besoin de maîtrise permanente qui, s’il peut rassurer à court terme, contribue en réalité à saturer les échelons inférieurs et à déséquilibrer l’ensemble de la chaîne.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce choix implicite de l’hyper-contrôle n’est pas neutre, il renforce la verticalité qu’il prétend sécuriser, tout en affaiblissant les capacités d’initiative et de discernement qu’elle devrait, en principe, organiser. Il produit également un effet plus insidieux, une forme d’autocensure diffuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car si ce constat est largement partagé, au-delà des corps et des administrations, il remonte peu. Par habitude, par prudence, par fidélité, parfois par contrainte, une forme de silence s’installe.L’autorité administrative conserve ainsi tout son poids et sa puissance, dans un équilibre qui peut rappeler, à certains égards, des logiques anciennes de domination verticale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, les tensions entre autorités administratives et judiciaires tendent à s’exacerber. Chacune, légitimement attachée à son champ de compétence, peut être conduite à en étendre les contours, générant des frictions, voire des oppositions ouvertes, qui traduisent aussi cette perte de lisibilité globale des rôles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce système, le sommet de l’axe cesse d’être un horizon atteignable. Il devient une projection abstraite, inaccessible, puisque chaque échelon est désormais écrasé par celui qui le surplombe. L’ascension elle-même perd sa cohérence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce phénomène engendre une dévalorisation progressive des fonctions, une perte de lisibilité des rôles et, in fine, une érosion du sens même de l’engagement professionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À force de vouloir tout voir, tout contrôler et tout accélérer, l’institution prend le risque de ne plus rien comprendre, et surtout de ne plus être comprise par ceux-là mêmes qui la font vivre.</p>
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		<item>
		<title>A Audrey et Alicia – Triste anniversaire du drame de Collobrières</title>
		<link>https://lavoixdugendarme.fr/a-audrey-et-alicia-triste-anniversaire-du-drame-de-collobrieres/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=a-audrey-et-alicia-triste-anniversaire-du-drame-de-collobrieres</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jun 2026 08:23:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quatorze ans ont passé et pourtant rien ne s’est vraiment éloigné. Collobrières reste là, dans un coin de mon cœur, comme une présence silencieuse qui revient quand on s’y attend le moins. Une odeur de genêt, un uniforme croisé, un moment de calme… et tout remonte. Je revois leurs visages, j’entends leurs voix. Elles ne [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Quatorze ans ont passé et pourtant rien ne s’est vraiment éloigné. Collobrières reste là, dans un coin de mon cœur, comme une présence silencieuse qui revient quand on s’y attend le moins. Une odeur de genêt, un uniforme croisé, un moment de calme… et tout remonte. Je revois leurs visages, j’entends leurs voix. Elles ne sont jamais très loin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense souvent à elles comme on pense à des amies qu’on a perdues trop tôt. À ce qu’elles étaient, à ce qu’elles auraient encore pu devenir. Et je pense à nous, ceux qui ont continué à avancer avec cette fissure discrète que personne ne voit mais que chacun porte. On a fait ce qu’on a pu, avec ce que la vie nous avait laissé, en essayant de rester debout malgré tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette année, pour la troisième fois, je n’ai pas été invité à la cérémonie de Pierrefeu. Je ne le dis pas pour me plaindre, ni pour pointer du doigt. Je le dis parce que cela m’a rappelé une vérité simple. Le deuil ne se vit pas dans un protocole, ni dans une chaise réservée. Mon hommage, je le porte en moi. Je le vis chaque fois que je repense à elles, chaque fois que leur absence se fait sentir dans un geste, une pensée, un silence. Personne ne peut m’enlever cela.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors aujourd’hui, je veux simplement leur parler. Leur dire qu’elles sont toujours là, dans mes souvenirs, dans mes choix, dans ma manière de regarder le monde. Leur dire que leur passage dans ma vie a laissé une trace qui ne s’effacera jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense aussi à Dominique, la maman d’Audrey, dont le souvenir se mêle aujourd’hui au sien avec beaucoup de douceur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À elles.<br>À ce que nous avons vécu.<br>À ce que nous portons encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à cette fidélité silencieuse qui, quatorze ans après, continue de nous tenir debout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Capitaine (H) Jean-François Charrat</p>



<p class="wp-block-paragraph">___________________________________________________________________</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le deuil impossible</em>&nbsp;de Jean-François Charrat – L&rsquo;onde de choc de Collobrières</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dix ans après le drame qui a coûté la vie aux adjudantes Audrey Bertaut et Alicia Champlon, sauvagement assassinées lors d&rsquo;une intervention à Collobrières, le capitaine honoraire Jean-François Charrat livre avec&nbsp;<em>Le deuil impossible</em>&nbsp;un témoignage d&rsquo;une puissance rare. Ce livre n&rsquo;est pas seulement le récit d&rsquo;un fait divers qui a bouleversé la France ; c&rsquo;est une plongée impitoyable dans le traumatisme d&rsquo;un chef de brigade, une réflexion profonde sur le commandement et un réquisitoire silencieux contre les angles morts de l&rsquo;institution militaire.</p>



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		<title>Justice : vingt ans de réformes au regard du terrain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 19:57:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans cette tribune, Jacky Lefort, pour la commission communication de l’UNPRG, revient sur vingt années de réformes judiciaires et leurs conséquences concrètes sur le travail des enquêteurs. Garde à vue, droit au silence, traitement en temps réel, complexité des procédures, perte d’autonomie des OPJ : l’article interroge l’équilibre entre protection des libertés, efficacité de l’enquête [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans cette tribune, Jacky Lefort, pour la commission communication de l’UNPRG, revient sur vingt années de réformes judiciaires et leurs conséquences concrètes sur le travail des enquêteurs. Garde à vue, droit au silence, traitement en temps réel, complexité des procédures, perte d’autonomie des OPJ : l’article interroge l’équilibre entre protection des libertés, efficacité de l’enquête et attente légitime des victimes. Une réflexion engagée sur la nécessité de redonner du sens, du temps et de la cohérence à l’action judiciaire.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment en est-on arrivé là&nbsp;? Face aux événements tragiques, aux crimes odieux commis et aux manquements constatés, nombreux sont ceux qui s&rsquo;émeuvent du traitement du renseignement judiciaire, de la gestion et du suivi des enquêtes, de la responsabilité des enquêteurs et des magistrats sans pour autant essayer de comprendre comment on a pu en arriver là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En faisant le bilan des reformes engagées au cours des vingt années écoulées et des conséquences de celles-ci, il est possible de se dire que les évolutions souhaitées à l&rsquo;époque viennent en contradiction de celles que les citoyens français souhaitent aujourd&rsquo;hui.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Commençons par la destruction physique et informatique du fichier alphabétique du renseignement de la gendarmerie nationale par son directeur le général Jacques Mignaux à la demande du groupe de travail sur l&rsquo;amélioration du contrôle et de l&rsquo;organisation des fichiers de police et de gendarmerie (réunion du 18 octobre 2010). Détruit avant la fin de l&rsquo;année 2010, ce fichier mécanographique permettait de connaître parfaitement toute la population sans distinction, de suivre les comportements au travers des procédures établies sans attendre une condamnation. Les militaires des unités opérationnelles avaient ainsi une connaissance approfondie de leur population, puisque tous les individus nés ou résidents la circonscription étaient recensés. Une mémoire collective, qui fait cruellement défaut, concernant la dangerosité des administrés ou au contraire de leur intégrité morale. Ces éléments de moralité ressortaient de ces fiches.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans avoir la prétention d&rsquo;être exhaustif, tant les modifications du code de procédure pénale ont été nombreuses, il est intéressant de revenir sur certains aspects importants au regard de l&rsquo;actualité.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La garde à vue, était une prérogative appartenant en propre à l&rsquo;officier de police judiciaire décision qui appartient désormais aussi au procureur de la République. L&rsquo;OPJ peut, bien sûr prendre une mesure de garde à vue en raison des indices graves et concordants existants à l&rsquo;encontre d&rsquo;un individu. Auparavant il pouvait également placer en garde à vue une personne pour les nécessités de l&rsquo;enquête, mesure aujourd&rsquo;hui disparue alors qu&rsquo;il était souvent utile de prendre cette décision pour le bon déroulement et l&rsquo;avancée significative de l&rsquo;enquête. Cette modification du texte renforce le caractère exceptionnel d&rsquo;une mesure de garde à vue. Les réformes successives de la mesure de garde à vue et la gestion des différentes notifications obligatoires rend de plus en plus compliquée cette mesure et prend de plus en plus d&rsquo;énergie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, le droit au silence (et sa notification) a été introduit pour la première fois dans le code de procédure pénale par loi du 15 juin 2000 protégeant la présomption d&rsquo;innocence. Le droit au silence est désormais la règle observée par les gardés à vue ce qui bouleverse la façon de gérer une enquête délictuelle ou criminelle. Ce droit au silence oblige les enquêteurs à rassembler le maximum de preuves avant d&rsquo;essayer de les confronter à la personne soupçonnée, qui plus est, est assistée par son avocat tout au long de son audition.<a></a>&nbsp;En conséquence cette audition arrive beaucoup plus tardivement dans le déroulement de l&rsquo;enquête. Pour ces raisons, le placement en garde à vue est retardé et arrive à la fin des investigations. Seconde conséquence de cette gestion nouvelle des enquêtes est qu&rsquo;il est rare qu&rsquo;elles aboutissent à la fin de la garde à vue ce qui rend nécessaire l&rsquo;ouverture d&rsquo;une information dans le cabinet d&rsquo;un juge d&rsquo;instruction puisque les faits n&rsquo;ont pas pu être totalement établis dans la phase enquête, d&rsquo;où l&rsquo;accroissement du nombre de dossiers en souffrance et l&rsquo;augmentation des délais de traitement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non seulement la quantité d&rsquo;enquête gérée est de plus en plus importante, les pré-plaintes en ligne n&rsquo;ont rien arrangé, sans oublier les phases de plus en plus techniques des enquêtes criminelles ou délictuelles nécessitant le recours à des experts psychiatres, des experts en téléphonie et nouvelles technologies, des traducteurs, etc, autant de recours qui ralentissent la procédure dans son traitement. Il faut parfois attendre six mois pour avoir un retour<a></a>&nbsp;de ces expertises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que dire de l&rsquo;évolution de l&rsquo;enquête de crime ou de délit flagrant&nbsp;? Réduire à une durée de huit jours l&rsquo;enquête de crime ou de délit flagrant ne favorise pas un aboutissement dans un délai raisonnable, ni le meilleur suivi du dossier. Précédemment, l&rsquo;OPJ pouvait poursuivre son enquête sans désemparer, c&rsquo;est à dire autant de temps que nécessaire à la bonne gestion de son enquête. Il menait ses investigations «&nbsp;tambour battant&nbsp;» jusqu&rsquo;à la résolution du crime ou du délit. Il lui était possible de se transporter sur l&rsquo;ensemble du territoire national (en respectant certaines règles, information des magistrats et OPJ compétents territorialement par exemple) pour y mener des investigations ou pour procéder à l&rsquo;interpellation d&rsquo;un individu. Ces dispositions donnaient à l&rsquo;OPJ la possibilité de mener son enquête de A à Z sans avoir à transmettre son dossier, éviter qu&rsquo;il ne s’égare, soit mal compris, et présentait l&rsquo;avantage d&rsquo;être rapidement et complètement traité.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autre bouleversement sur le fonctionnement du système Justice/Police/Gendarmerie est le traitement en temps réel des procédures. Il s&rsquo;agit de l’une des réponses élaborées par les magistrats pour améliorer l’efficacité du traitement des affaires judiciaires. Ce TTR visait, en organisant une réaction institutionnelle rapide, à réduire l&rsquo;écart entre la commission des faits et le jugement or cette organisation en augmentant la direction et le contrôle des enquêtes par les magistrats a réduit la part d&rsquo;initiatives des OPJ. Les magistrats du parquet se plaignent d&rsquo;être débordés, saturés par les dossiers.&nbsp;&nbsp;Par conséquent, ils devraient déléguer davantage, laisser beaucoup plus d&rsquo;initiatives aux OPJ. Le système du TTR a produit l&rsquo;effet inverse, il est utile pour l&rsquo;orientation des affaires mais absolument pas pour l&rsquo;enquête elle-même. Les OPJ frustrés d&rsquo;avoir perdu un certain nombre de leurs prérogatives, sont aussi découragés d&rsquo;une méconnaissance de la réalité du terrain par certains magistrats donneurs d&rsquo;ordres. Le TTR est générateur de tensions, y compris au sein des juridictions entre parquet et siège notamment pour des raisons de gestion des services et d&rsquo;organisation interne à la juridiction, sur le travail des magistrats en termes de charge et de coordination entre services.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est vrai aussi qu&rsquo;à décharge, les parquets qui ont a géré la politique pénale de leur ressort, voient les orientations qui leurs sont fixées devenir des priorités à la fois nombreuses, en réaction à l&rsquo;actualité, en proportion à l&rsquo;impact exercé sur l&rsquo;opinion publique. Les priorités se superposent, les magistrats sont débordés par le nombre de dossiers à traiter tout cela provoque des réponses pénales incompréhensibles souvent décevantes et démotivantes pour les enquêteurs déçus du peu de cas qui est fait du travail accompli. Il faut redonner du sens, le goût et la fierté du travail bien fait&#8230;. Non pas pour satisfaire la hiérarchie ou plaire à l&rsquo;autorité mais pour la victime, la rétablir dans ses droits, la protéger et défendre les plus fragiles. Retrouver dans une solide formation OPJ, une compétence juridique sans faille qui autorise l&rsquo;autonomie. Le manque d&rsquo;OPJ expérimentés doit être compensé par un encadrement des unités engagés dans le tutorat, la transmission du savoir, la formation continue, moins bureaucratique, dans la recherche d&rsquo;une simplification de la «&nbsp;paperasse&nbsp;» afin de dégager du temps pour la présence sur le terrain et l&rsquo;avancée des enquêtes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin que dire de la création en 2012 du code de la sécurité intérieure. Il ajoute une belle épaisseur à l&#8217;empilement des codes. Alors que nous espérons tous une simplification des normes, et cela depuis toujours, il faut malheureusement constater que le dépoussiérage espéré reste un vœu pieux. Au contraire, à défaut de simplifier, on en rajoute. Il suffit de faire l&rsquo;expérience en consultant Légifrance sur le net pour se rendre compte qu&rsquo;il existe 108 codes disponibles, impressionnant mais après tout, il paraît que «&nbsp;nul n&rsquo;est censé ignorer la Loi&nbsp;».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il semblerait que libertés individuelles et suivi des criminels ne fassent pas bon ménage. Pour autant se dire que l&rsquo;innocent ne craint ni le contrôle, ni la police, ni la gendarmerie et encore moins la justice de son pays. De faire davantage confiance aux officiers de police judiciaire en leur accordant une plus grande marge d&rsquo;initiatives ou au moins d&rsquo;en retrouver un certain nombre perdues ces dernières années. Il y a également nécessité à recentrer le pouvoir régalien, aujourd&rsquo;hui confié à trop d&rsquo;acteurs différents au détriment de la légitimité et de l&rsquo;autorité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, avant de jeter la pierre sur le ou les responsables de dysfonctionnements, sans vouloir soustraire les uns ou les autres de leurs responsabilités, ni les excuser, il faut parfois s&rsquo;interroger afin d&rsquo;améliorer les choses ou pourquoi pas revenir, si nécessaire, à ce qui fonctionnait.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Lois et le pouvoir politique limitent nos libertés mais doivent nous permettent en contrepartie de vivre l&rsquo;ordre et la justice. L’affaire Lyhanna apparaît désormais comme l’affaire de trop. Celle qui, par son retentissement et par l’émotion qu’elle suscite, pourrait enfin provoquer une prise de conscience et ouvrir la voie à une réforme profonde du système. Si réforme il doit y avoir, il serait souhaitable qu’elle s’oriente vers plus de cohérence, de transparence et d’équité, afin de restaurer la confiance et d’éviter que de telles situations ne se reproduisent. L&rsquo;objectif recherché n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;augmentation des moyens confiés aux magistrats et aux enquêteurs pour leur permettre de faire leur travail dans de bonnes conditions, mais avant tout d&rsquo;apporter une réponse pénale plus rapide, plus efficace et surtout plus humaine.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jacky Lefort </p>
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		<title>Affaire Lyhanna </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2026 16:37:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans cette tribune, Jean-François Charrat revient sur l’affaire Lyhanna, au-delà de l’émotion légitime suscitée par le drame. À travers ce cas, c’est la capacité de l’État à protéger les plus vulnérables qui est interrogée : saturation des services, dispersion des responsabilités, limites de la chaîne judiciaire et insuffisances dans la protection de l’enfance. Un texte [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Dans cette tribune, Jean-François Charrat revient sur l’affaire Lyhanna, au-delà de l’émotion légitime suscitée par le drame. À travers ce cas, c’est la capacité de l’État à protéger les plus vulnérables qui est interrogée : saturation des services, dispersion des responsabilités, limites de la chaîne judiciaire et insuffisances dans la protection de l’enfance. Un texte engagé sur les renoncements institutionnels qui, trop souvent, ne sont réellement questionnés qu’après l’irréparable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand l’émotion masque les renoncements</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lyhanna n’est pas seulement une victime. Elle est le symptôme d’un État qui proclame des priorités qu’il n’assume jamais. À chaque drame, la République déclare « plus jamais ça ».&nbsp;À&nbsp;chaque drame, elle recommence pourtant&nbsp;à&nbsp;laisser faire. Ce cycle de larmes, d’émotion et d’oubli n’est plus un accident, il est devenu un mode de gouvernance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des drames qui bouleversent une nation. Des drames qui suspendent le temps, imposent le silence et laissent derrière eux cette question obsédante. Comment cela a-t-il pu arriver ? L’affaire Lyhanna appartient à cette catégorie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme à chaque tragédie impliquant un enfant, les mêmes mots reviennent. Incompréhension. Colère. Émotion. Les responsables politiques promettent de tirer toutes les conséquences, les institutions assurent qu’aucune piste ne sera négligée et les plateaux de télévision se remplissent d’experts qui se targuent d’expliquer l’inexplicable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis le temps passe. L’émotion s’éteint. Les procédures continuent à s’empiler, mais les causes profondes demeurent intactes. Derrière l’effroi légitime suscité par ce drame se cache une réalité plus dérangeante. Celle d’un État qui prétend faire de tout une priorité et qui, à force de vouloir tout traiter simultanément, finit par ne plus protéger efficacement l’essentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La République des urgences permanentes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs déclarent l’urgence sur tous les fronts. Violences intrafamiliales. Harcèlement scolaire. Radicalisation. Délinquance des mineurs. Cybercriminalité. Trafic de stupéfiants. Violences sexuelles. Fraudes numériques. Chaque sujet devient une cause nationale. Chaque ministre, comme pour justifier de son existence, annonce son plan et chaque administration reçoit une nouvelle feuille de route, à la manière d’un millefeuilles. Les fonctionnaires et les militaires se retrouvent confrontés à une montagne toujours plus haute de missions, de procédures, de statistiques et d&rsquo;objectifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette frénésie gouvernementale où chaque problème devient une priorité nationale avant d&rsquo;être remplacé par la suivante, l&rsquo;État ressemble à un pompier qui court d&rsquo;un incendie à l&rsquo;autre avec un seul seau. Beaucoup d&rsquo;agitation, beaucoup de communication, et finalement une évidence, lorsqu&rsquo;on prétend sauver tous les fronts simultanément, on finit souvent par perdre les plus importants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les gendarmes &#8211; et les policiers &#8211; croulent sous les signalements. Dans les couloirs des brigades, un constat revient avec insistance. Les violences intrafamiliales et les agressions sexuelles sur mineurs absorberaient désormais entre 40 et 50 % de l&rsquo;activité judiciaire des unités territoriales de la Gendarmerie. Les enquêteurs voient les dossiers s&rsquo;accumuler. Les magistrats traitent des flux toujours plus importants et les travailleurs sociaux interviennent dans l’urgence en permanence. Partout, les professionnels tiennent grâce à leur engagement personnel bien plus qu’à la cohérence du système.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et parfois, au milieu de cette mécanique saturée, un enfant disparaît des radars. Non par indifférence. Mais parce qu’un système débordé finit toujours par laisser échapper ce qu’il prétend protéger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les sentinelles oubliées de la protection de l’enfance</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les outils existent pourtant. La Gendarmerie nationale a créé les Maisons de Protection des Familles, ces unités spécialisées dans les violences intrafamiliales, les atteintes aux mineurs et l’accompagnement des victimes les plus vulnérables. Leur expertise est reconnue et leur savoir-faire précieux. Leur engagement est souvent remarquable, mais leur rôle demeure paradoxalement limité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans de nombreux dossiers, elles interviennent pour recueillir la parole de l’enfant, accomplir les auditions spécialisées, puis voient le dossier poursuivre son chemin au travers d’autres services, d’autres administrations, d’autres interlocuteurs.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme si l’on confiait à un chirurgien le soin d’établir un diagnostic avant de lui retirer le patient au moment de l’opération. Cette fragmentation des responsabilités produit inévitablement des angles morts car l’information se disperse et les délais s’allongent. Les responsabilités se diluent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait sans doute temps de s’interroger sur la possibilité de confier à ces unités spécialisées le traitement intégral des dossiers les plus sensibles impliquant des mineurs. Parce qu’en matière de protection de l’enfance, la continuité est souvent la meilleure alliée de l’efficacité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La justice face à son miroir</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais aucune réflexion sérieuse ne peut faire l’économie d’une question plus délicate encore. Celle de la responsabilité judiciaire. Chaque drame remet en lumière les décisions qui ont précédé la catastrophe. Signalements ignorés, mesures insuffisantes, placements refusés ou contrôles défaillants. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’interroger la responsabilité de l’institution judiciaire elle-même, le débat devient soudain plus prudent, certains affirment qu’il est presque interdit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’indépendance de la justice constitue évidemment un pilier fondamental de notre démocratie. Mais l’indépendance n’a jamais signifié l’irresponsabilité. Beaucoup de Français ont aujourd’hui le sentiment que les magistrats évoluent dans un système où les erreurs sont principalement évaluées par ceux qui appartiennent à la même institution. Cette perception est ancienne et l’affaire Outreau en demeure le symbole le plus frappant. Un fiasco judiciaire reconnu comme tel par la représentation nationale. Des vies détruites et des innocents broyés par un seul juge. L’impression persistante qu’au sommet de la chaîne judiciaire, personne n’a véritablement eu à rendre de comptes. Depuis lors, une question reste en suspens. Comment demander aux citoyens d’accepter sans réserve les décisions de la justice si celle-ci paraît parfois s’appliquer à elle-même des règles différentes de celles qu’elle impose aux autres ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Attention, il ne s’agit pas de désigner des coupables après chaque drame mais de rappeler simplement qu’aucune institution ne devrait être soustraite à l’exigence de responsabilité. Surtout lorsqu’il est question de la vie d’un enfant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le véritable hommage</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affaire Lyhanna ne doit pas devenir un épisode supplémentaire dans la longue chronologie des émotions nationales. Elle devrait être l’occasion d’une réflexion profonde sur nos priorités réelles, sur notre capacité à protéger les plus vulnérables et sur le fonctionnement de nos institutions. Mais également sur la circulation de l’information entre ceux qui savent, ceux qui décident et ceux qui agissent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la disparition d’un enfant ne révèle jamais une seule défaillance. Elle révèle une chaîne de fragilités, comme une succession de renoncements où l’accumulation de petites (ou grosses) insuffisances finissent par produire l’irréparable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le véritable hommage à Lyanna ne sera pas rendu dans un discours officiel ni dans une minute de silence. Il doit prendre la forme d’une profonde réforme et d’un changement concret dans la prise de décision, d’où l’exigence nouvelle d’assumer ses responsabilités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’un enfant est en danger, l’erreur doit être l’exception absolue. Et lorsque cette erreur survient malgré tout, le silence ne doit jamais devenir la règle. Une société se juge à la manière dont elle protège ses enfants. Quand l’un d’eux disparaît dans les failles du système, ce n’est pas seulement une famille qui est frappée, c’est la conscience même de la République qui vacille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La République demande chaque jour à ses citoyens de croire en ses institutions. Encore faut-il qu’elles soient capables, lorsque survient le pire, non seulement de rechercher la vérité, mais aussi de regarder leurs propres défaillances en face.&nbsp;</p>
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		<title>Protection sociale : faut-il confier sa gestion aux syndicats, au patronat ou la privatiser ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 13:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Tribune libre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Assurance maladie, retraites, prestations familiales, prévoyance : la protection sociale est au cœur du modèle républicain français. Mais face aux tensions financières et aux appels croissants à la privatisation, une question s’impose : faut-il confier davantage sa gestion aux syndicats, au patronat, ou au secteur privé ? Pour les gendarmes comme pour l’ensemble des Français, [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Assurance maladie, retraites, prestations familiales, prévoyance : la protection sociale est au cœur du modèle républicain français. Mais face aux tensions financières et aux appels croissants à la privatisation, une question s’impose : faut-il confier davantage sa gestion aux syndicats, au patronat, ou au secteur privé ? Pour les gendarmes comme pour l’ensemble des Français, ce débat engage bien plus qu’une réforme : il touche à la solidarité nationale elle-même.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La protection sociale française constitue l’un des piliers de notre pacte républicain. Assurance maladie, retraites, allocations familiales, accidents du travail : derrière ces dispositifs se joue une question essentielle, celle de la solidarité nationale. Pourtant, depuis plusieurs années, le débat ressurgit régulièrement : faut-il laisser davantage de place aux syndicats et au patronat dans la gestion du système ? Doit-on, au contraire, ouvrir plus largement la porte aux assurances privées ? Ou préserver un modèle fondé avant tout sur la solidarité nationale et l’intervention publique ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les personnels de la gendarmerie, comme pour l’ensemble des forces de sécurité, cette interrogation n’est pas théorique. Elle touche directement à la sécurité des carrières, à la prise en charge des risques professionnels et à la protection des familles. C’est un véritable sujet de société qui engage l’avenir du modèle français et le maintien des liens intergénérationnels auxquels notre pays demeure profondément attaché.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un modèle social qui reste une exception française</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Créée en 1945 dans l’élan de la Libération, la Sécurité sociale repose sur une idée simple mais ambitieuse : chacun contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Ce système a permis de bâtir, au fil des décennies, un modèle social unique, souvent envié à l’étranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette exception française n’est pas seulement un mécanisme administratif ou financier. Elle traduit une certaine vision de l’Homme et de la société, fondée sur la solidarité entre générations, entre actifs et retraités, entre bien-portants et malades.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde marqué par l’individualisme croissant et la fragilisation des repères collectifs, préserver ce modèle constitue un enjeu majeur de cohésion nationale. Car lorsqu’une société abandonne progressivement la solidarité au profit de la seule logique marchande, ce sont les plus fragiles qui en paient le prix.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle historique des partenaires sociaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À l’origine, la protection sociale reposait largement sur une gestion paritaire. Les représentants des salariés et ceux des employeurs administraient ensemble les caisses de Sécurité sociale et les régimes complémentaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette gouvernance avait une vertu essentielle : associer les acteurs du monde du travail aux décisions qui concernent directement les citoyens. Aujourd’hui encore, les syndicats patronaux et salariés ainsi que les conseils d’administration des mutuelles jouent un rôle important dans l’équilibre du système.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette responsabilité impose une vigilance particulière quant à la désignation des administrateurs. Ceux qui siègent dans ces instances devraient avoir pour seule préoccupation l’intérêt général et la défense du modèle social français. La recherche de notoriété personnelle, d’avantages ou d’indemnités ne peut devenir l’objectif principal d’organismes dont la vocation première demeure la solidarité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fonctionnement des mutuelles et des organismes sociaux exige compétence, intégrité et sens du bien commun. Dans une période où les équilibres financiers sont fragiles, les décisions prises engagent directement l’avenir de millions de Français.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La privatisation : une dérive inquiétante</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux difficultés budgétaires chroniques de la protection sociale, certains défendent une ouverture croissante au secteur privé. La Protection Sociale Complémentaire (PSC), déjà en développement dans plusieurs secteurs, illustre cette évolution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or cette orientation suscite de profondes inquiétudes. Derrière le discours de modernisation et d’efficacité se profile le risque d’une protection sociale à plusieurs vitesses. À terme, les sociétés d’assurance privées recherchent naturellement des profils rentables et limitent les risques coûteux. Une telle logique peut conduire progressivement à de grandes inégalités d’accès à la protection et aux soins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La santé, la retraite ou la prévoyance ne peuvent être réduites à de simples produits commerciaux. Lorsque la rentabilité devient le critère dominant, la solidarité recule inévitablement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le modèle américain constitue, à cet égard, un exemple souvent cité des dérives possibles d’une société trop libérale. Malgré sa puissance économique, les États-Unis demeurent confrontés à de profondes inégalités sociales et sanitaires. Des millions de personnes y renoncent encore à certains soins pour des raisons financières. Ce système, fondé largement sur les assurances privées, montre les limites d’une logique où l’Homme devient avant tout un client.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une vigilance nécessaire pour l’avenir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La protection sociale ne peut être pensée uniquement sous l’angle comptable. Elle participe directement de la stabilité sociale, de la paix civile et du sentiment d’appartenance nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les militaires et les forces de sécurité, attachés au service de l’État et de la République, cette dimension revêt une importance particulière. Les gendarmes savent combien la cohésion sociale demeure essentielle au bon fonctionnement du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, notre système doit évoluer pour répondre aux réalités démographiques et économiques contemporaines. La maîtrise des dépenses, la lutte contre les abus et l’amélioration de la gestion sont indispensables. Mais ces adaptations ne doivent jamais conduire à remettre en cause le principe fondamental de solidarité qui constitue l’âme même du modèle français.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une époque marquée par les fractures sociales et l’incertitude, préserver une protection sociale forte, équitable et humaine apparaît non seulement comme un choix politique, mais comme une nécessité nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-Francois Stephan</strong>,<br>Chroniqueur pour<em> La Voix du Gendarme</em></p>



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