Dans ce billet, Jean-François Charrat revient sur la dernière provocation d’un chroniqueur en mal de notoriété, qui a cru bon de comparer policiers et gendarmes à Daech au nom de l’humour. Une sortie aussi grossière qu’indigne, révélatrice non pas des forces de l’ordre, mais de ceux qui les prennent pour cible.
Il paraît qu’un « humoriste » — terme généreux, presque charitable — vient de se distinguer. Viré de plusieurs radios, il persiste à croire qu’il fait rire. Cette fois, il a trouvé la comparaison du siècle : police et gendarmerie seraient… Daech avec la sécurité de l’emploi, sous les applaudissements exagérés d’un clan d’affidés. Rien que ça.
On pourrait, nous aussi, applaudir l’audace, si l’audace consistait à confondre une force républicaine avec une organisation terroriste coupable de milliers de morts. Mais non, ici, ce courage ressemble surtout à une léthargie cérébrale.
Il voulait faire de l’humour. Résultat : une caricature indigeste, un amalgame grossier et une cible posée sur des hommes et des femmes qui encaissent chaque jour les fractures d’une société en crise. Le talent, manifestement, avait pris le soin d’éviter son berceau.
Coutumier des « saillies » que lui seul trouve drôles, il recycle toujours la même recette : un peu de provocation, beaucoup de vacuité et une pincée de mépris. L’humour, dit-on, ne permet pas tout. Lui, il prouve surtout qu’il ne permet pas grand-chose quand on n’a pas le moindre talent.
Comparer des gendarmes à des terroristes, c’est cracher sur la souffrance des familles, des enfants, des proches. Mais après tout, pourquoi s’embarrasser de décence quand on peut faire un « mauvais » mot… qui ne fait rire que lui-même ?
Et quand on regarde le plateau où il sévit, on comprend mieux : « La Dernière », animée par Guillaume Meurice, lui-même licencié de France Inter pour faute grave après une comparaison douteuse. Décidément, certains plateaux semblent spécialisés dans le recyclage des provocateurs en mal de reconnaissance.
Notons que Radio Nova appartient au groupe Combat, fondé par Matthieu Pigasse, ce banquier d’affaires qui se rêve en « Bolloré de gauche ». La station, fidèle à son image de contre‑culture, n’a pas hésité à voler au secours de son chroniqueur après la plainte déposée par le ministre de l’Intérieur. Elle a affiché son soutien en invoquant la liberté d’expression et en affirmant qu’elle « n’acceptera aucune menace » contre ses collaborateurs.
Entre humour et nausée, il faut choisir. Lui a choisi de nous donner la nausée. Moi, j’ai choisi de ne pas rire.
