Émeutes en Martinique: comment la Gendarmerie a rétabli l’ordre

0
800

Attaque de casernes, tirs à balles réelles contre les Gendarmes. Les Antilles françaises ont été le théâtre d’actes de violences très graves en novembre et décembre dernier. L’ordre a été rétabli au prix d’un engagement exceptionnel de la Gendarmerie. Le général William Vaquette, chef des Gendarmes de Martinique, détaille la manœuvre.

Sur le même thème : Nouvelles rassurantes du Gendarme grièvement blessé en Martinique

LVDG Pouvez nous détailler la manœuvre mise en place?
Général William Vaquette
L’île est volcanique et les comportements éruptifs dans un magma social insulaire. Née du refus profond de l’obligation vaccinale jusqu’à l’objection de conscience, la grève générale a cristallisé toutes les revendications et créé un climat de désordre social qui a profité aux bandes criminelles fortement armées en Martinique. Rapidement, il y a eu des pillages la nuit et du racket le jour sur les barrages enflammés.

800 grenades tirées

Il y a eu d’abord une première phase défensive avec tous les moyens réunis du Comgend y compris un escadron de Gendarmes mobiles en détachement de surveillance et d’inter- vention permanent pour protéger les personnes, le territoire et l’économie de la Martinique qui se trouvent sous les tirs d’arme à feu des émeutiers avec des incendies volontaires pour piéger les forces de l’ordre. A titre indicatif, nous avons tiré plus de 800 grenades.

Le général William Vaquette


Puis, les 300 Gendarmes de métropole envoyés en renfort avec le GIGN, ont permis au Comgend de passer à une seconde phase offensive pour rétablir la libre circulation des personnes et des biens essentiels. La troisième phase de manœuvre ju- diciaire a vu, dès le début des émeutes, l’interpellation, au fil des exactions les tireurs, pilleurs et racketteurs, soit une cinquantaine de malfaiteurs à ce jour. Les opérations se sont ensuite multipliées pour empêcher la revente des biens pillés et recelés vers l’île voisine de Sainte-Lucie grâce à une coopération opérationnelle directe via Whatsapp avec leurs services de police. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de gestion de la crise après l’opération de démantèlement simultané début décembre de tous les barrages en Martinique par les Gendarmes locaux, 5 escadrons appuyés par des blindés, les forces aériennes de la Gendarmerie et le GIGN.
Cette opération d’envergure et délicate, souvent sous le feu des émeutiers, a été conçue par le colonel Christophe Van-derplancke, chef du groupement tactique Gendarmerie (GTG) projeté depuis la métropole avec le groupe d’appui opé- rationnel (GAO) placé sous le commandement du chef d’escadron Nicolas Vignon, du centre national des opérations (CNO) de la DGGN.

LVDG Vous avez mis en œuvre pour la 1re fois le DIAG ? de quoi s’agit-il ?

Général William Vaquette C’est une montée en puissance rapide et des moyens d’appui complémentaires aux Gendarmes départementaux déployés : escadrons de gendarmerie mobile, le peloton d’intervention de la Garde, le GIGN, les blindés, les hélicoptères, drones, l’appui feu, les équipe- ments de vision nocturne, etc. Le dispositif d’intervention augmenté de la Gendarmerie apporte sous les ordres d’un commandant unique des forces, une réponse immédiate, un appui décisif à la manœuvre et un rapport de force favorable. La manœuvre soutien a fait partie intégrante de la manœuvre opérationnelle et a été déterminante, c’est le modèle militaire et intégré de la Gendarmerie qui est la clé du succès.

LVDG Quel est le bilan humain?

Général William Vaquette Le Comgend déplore 18 blessés dont un grave(*). Mais compte- tenu des nombreux tirs d’arme à feu pour tuer les Gendarmes et jets de projectiles, y compris jets de véhicules enflammés ou cocktails Molotov, c’est un véritable miracle si nous n’avons pas eu plus de blessés, voire de morts dans nos rangs ! Par exemple, des balles ont été stoppées par la protection balistique de la visière d’un GM ou arrêtées par les gilets pare balles, une balle a même effleuré et blessé le cou d’un militaire, une autre s’est logée dans le véhicule d’un PSIG juste derrière la tête d’une jeune Gendarme adjointe vo- lontaire. Dès les premiers coups de feu, nous avions mis en place avec le service santé des armées aux Antilles, une équipe médicale opérationnelle de la Gendarmerie (EMOG) intégrée dans nos forces afin de prendre en charge immédiatement les blessés.

LVDG Que retenez vous de cette période?

Général William Vaquette Des actes héroïques de nos militaires. Telle l’attaque par les émeutiers de la brigade des Trois Îlets, défendue vaillamment par les Gendarmes départementaux. Il ne restait plus que deux grenades lorsque le GIGN les a secourus in-extremis avec des grenades « bang » assourdissantes et aveuglantes. Je retiens aussi une intelligence de situation avec une ingéniosité incroyable tels ces mécaniciens du corps de soutien innovants qui ont transformé des bouteilles de plongée de la brigade nautique pour regonfler les nombreux pneus crevés et transformé des camions TRM des armées en véhicules de groupe de la mobile !

Je retiens aussi une intelligence de situation avec une ingéniosité incroyable tels ces mécaniciens du corps de soutien innovants qui ont transformé des bouteilles de plongée de la brigade nautique pour regonfler les nombreux pneus crevés et transformé des camions TRM des armées en véhicules de groupe de la mobile !

Je peux citer aussi des épouses de Gendarmes et des militaires CSTAGN du bureau personnel qui ont font fait la plonge au mess avec les réservistes pour nourrir les mobiles en renfort. Pour résumer, quand plus rien ne fonctionne, la Gen- darmerie fonctionne et rend les services pour les- quels elle a été instituée. Nous étions en situation quasi-insurrectionnelle, la Gendarmerie a prêté main forte aux policiers de Fort-de-France et du

Lamentin, notamment par l’engagement des mobiles et des VBRG pour démanteler les barricades enflammées en zone Police. Nous avons aussi assuré l’escorte des camions citernes de carburants et de transport de fonds pour ravitailler les distributeurs de billets et les stations. Toutes les routes étant coupées, c’est avec la brigade nautique que nous avons acheminé en noria les renforts et frets divers.

Je suis fier d’être Gendarme, de tous les personnels, d’active et de réserve, militaires et civils, et du soutien de la population pris en otage qui nous a soutenu et applaudi a chaque démantèlement de barrage ou interpellation de pilleurs.

En conclusion, c’est en militaires que nous avons fait face et fait notre travail coûte que coûte pour la population et pour les élus. J’ai pu mesurer chaque jour cette citation de Paul Valéry, « un chef, c’est homme qui a besoin des autres ». Ainsi, je tiens à remercier tous les « colibris » de la Gendarmerie, chacun a fait sa part et plus, souvent dans l’ombre. 

Propos recueillis par D.C.

(*)Adjudant à la brigade de recherches du Marin, Anthony, âgé de 41 ans, marié et père d’un enfant, intervenait avec d’autres Gendarmes sur un cam- briolage. Il a été violemment percuté par le véhicule de pilleurs. Au cours de la même nuit, dix policiers ont été blessés et les forces de l’ordre ont été visés par des tirs à balles réelles et des projectiles. Il a été rapatrié l’hôpital militaire de Percy, va être muté en région Nouvelle-Aquitaine et promu.G