
Le général (2s) Pierre Bouquin connaît bien la jeunesse qui choisit de de servir au sein de la Gendarmerie pour l’avoir cotoyée lorsqu’il a commandé l’école de Gendarmerie de Chaumont. Ce fils d’agriculteurs de la Loire qui a débuté son parcours comme gendarme auxiliaire avant d’être sous-officier puis officier- breveté de l’École de guerre- connait la réalité de l’escalier social dans la Gendarmerie.

En deuxième section, il a choisi de poursuivre son engagement dans l’Arme en présidant le fonds de dotation Gendarmerie pour la jeunesse (FDGJ). Qu’est ce que ce fonds? à quoi sert-il? Interview.
La Voix du Gendarme :quel est le but de ce fonds de dotation?
Pierre Bouquin : en parallèle de ses missions régaliennes, la Gendarmerie mène de nombreuses actions en faveur de notre jeunesse. Elle intervient sous différentes formes tout au long du parcours scolaire et ainsi, contribue activement à accompagner nombre de jeunes vers une citoyenneté responsable. Le FDGJ a été créé pour soutenir la stratégie jeunesse de la Gendarmerie nationale, portée notamment par les 105 associations de Cadets. Son objectif est de financer et amplifier des actions d’intérêt général, autour de trois grands axes :
- – Transmettre les valeurs de citoyenneté, de mémoire et de défense ;
- – Promouvoir l’engagement, la formation et l’insertion professionnelle ;
- – Renforcer la cohésion sociale et l’égalité des chances.
Il vise donc à accompagner la jeunesse depuis l’éveil civique jusqu’à l’engagement citoyen et l’entrée dans la vie active.
Très concrètement, et à titre d’exemple, le FDGJ a financé une très grande partie de la cérémonie liée au 10 000ème Cadet, qui s’est déroulée à Paris le 22 avril dernier, et qui a réuni plus de 550 Cadets de la Gendarmerie, venant de 23 départements (dont la Corse), ainsi qu’une classe Défense soutenue par la Gendarmerie.
Ces Cadets ont pu assister à la montée des couleurs au sein de la direction générale de la Gendarmerie, visiter le patrimoine exceptionnel des Invalides, et participer au ravivage de la Flamme du soldat inconnu au pied de l’Arc de Triomphe, en présence du président du Sénat, de trois ministres et du directeur général de la Gendarmerie nationale. C’était un moment exceptionnel pour ces jeunes dont près de 50 % n’étaient jamais venus à Paris.
Le fonds finance également des opérations locales, portées par les associations de cadets.

LVDG : comment est-il alimenté ?
PB : d’abord, faut-il préciser qu’un fonds de dotation ne peut pas recevoir d’argent public.
Le FDGJ repose exclusivement sur le mécénat privé, qui peut venir des entreprises mais aussi des particuliers.
66 % de réduction d’impôt pour les particuliers ; 60 % de réduction d’impôt pour les entreprises.
Il peut se traduire soit par des versements d’argent, mais aussi par la mise à disposition de salariés ou savoir-faire, ce que l’on nomme le mécénat de compétence.
Les dons ouvrent droit, dans le cadre légal français du mécénat, à : 66 % de réduction d’impôt pour les particuliers ; 60 % de réduction d’impôt pour les entreprises.
LVDG : pourquoi la Gendarmerie fait elle appel à des donateurs privés ?
PB : la Gendarmerie nationale ne fait pas appel à des fonds privés. Elle est dotée d’un budget (argent public) destiné à lui permettre d’exécuter ses missions régaliennes de sécurité, et non pour soutenir les associations de cadets.
Le fonds de dotation, lui, permet d’aller chercher des fonds privés destinés à financer les actions conduites au profit de notre jeunesse. Rappelons en effet que les associations de cadets sont encadrées par des personnes bénévoles – souvent réservistes citoyens voire opérationnels- et qui doivent agir pour trouver les fonds nécessaires à leurs actions. Le fonds leur vient en soutien.
Faut-il encore préciser que le fonds de dotation est indépendant de la Gendarmerie, même s’il en poursuit les mêmes objectifs de promotion et de partage des valeurs de citoyenneté. Les décisions du fonds sont prises par son conseil d’administration au sein duquel chaque membre compte pour une voix. Il est autonome quant à l’utilisation des sommes perçues et à la stratégie soutenue par le fonds de dotation.
LVDG : quel est l’intérêt pour des donateurs privés, entreprises et particuliers d’abonder votre fonds de dotation ?
PB : pour les entreprises, contribuer à ce fonds de dotation permet d’abord de valoriser leur politique de responsabilité sociétale et leur engagement en faveur de causes d’intérêt général. Ce type de mécénat offre également l’opportunité d’associer leur image à celle d’une institution reconnue, tout en soutenant concrètement des actions en faveur de la jeunesse et de l’égalité des chances. Il peut aussi constituer un levier de mobilisation interne, en fédérant les collaborateurs autour d’un projet porteur de sens. Enfin, ces contributions s’inscrivent dans un cadre fiscal avantageux, prévu par la législation sur le mécénat.
J’ajouterai que notre jeunesse représente les futurs salariés/fonctionnaires/militaires…. Et que collectivement, nous portons tous le devoir de les accompagner et d’en construire des citoyens responsables, et bien insérés dans la société.

Du côté des particuliers, le soutien au fonds permet d’agir concrètement en faveur de la jeunesse, en participant au financement de projets citoyens jugés utiles. Pour certains, c’est une manière d’aider notre jeunesse à s’insérer ou à s’engager dans la société. Comme pour les entreprises, ces dons ouvrent droit à des avantages fiscaux, ce qui peut constituer un facteur incitatif.
Les sommes versées sur le compte du fonds de dotation sont utilisées au profit des diverses actions conduites par la Gendarmerie auprès de la jeunesse et notamment au profit des associations de Cadets de la Gendarmerie. Concrètement, soit le fonds répond positivement aux sollicitations des associations de Cadets qui lui font directement une demande via un formulaire numérisé. Ces demandes sont ensuite étudiées en conseil d’administration et si elles répondent à la vocation du fonds, une subvention peut être accordée (à titre d’exemple, certaines associations nous sollicitent pour organiser la visite d’un lieu particulier – Mémorial du Struthof…- ou pour se déplacer sur les lieux d’une cérémonie commémorative). Soit le fonds participe d’initiative à un événement d’ampleur qui mérite un soutien important. Typiquement, la célébration du 10 000ème cadet le 22 avril dernier, que j’évoquais précédemment, répondait à ce critère.
LVDG : y-a-t-il une communication sur l’utilisation des fonds ?
PB : le fonds de dotation est soumis au règlement n° 2018-06 de l’Autorité des normes comptables, adopté le 5 décembre 2018, qui constitue le cadre de référence pour l’établissement des comptes des entités à but non lucratif en France, notamment les associations, fondations et fonds de dotation.
Ce texte précise les règles comptables spécifiques applicables à ces structures, et le FDGJ suit bien entendu ces règles.
L’objectif est de garantir une information financière claire, sincère et comparable, afin d’assurer la confiance des donateurs, des partenaires et des autorités de contrôle.
Par ailleurs, le fonds à un devoir de redevabilité vis-à-vis de ses mécènes et donateurs. En début d’année, le président du fonds adresse à chaque mécène un bilan de l’année et l’informe de l’utilisation des fonds alloués.
En résumé, le FDGJ est un outil de mécénat destiné à investir dans la jeunesse en s’appuyant sur la crédibilité, le maillage territorial et l’expérience éducative de la Gendarmerie nationale. Il n’a pas pour objectif de financer la police du quotidien qui fait partie des responsabilités propres de la Gendarmerie. Sa vocation est d’acculturer et d’aider au développement citoyen de notre jeunesse, de favoriser l’engagement citoyen et renforcer la cohésion nationale.
Et à ce titre, j’invite tous vos lecteurs à nous soutenir afin que nous puissions continuer à porter ces beaux projets. Ils peuvent le faire sur notre site internet : https://www.fdgj.org
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Les Cadets de la Gendarmerie
En parallèle de ses missions régaliennes, la Gendarmerie mène de nombreuses actions en faveur des jeunes. Elle intervient sous différentes formes tout au long du parcours scolaire et ainsi, contribue activement à accompagner les jeunes vers une citoyenneté responsable.
Le principe des Cadets
- Les Cadets de la Gendarmerie font partie d’un dispostif plus vaste, le parcours d’engagement citoyen, déployé dans tous les départements, qui permet d’accompagner des jeunes depuis l’école primaire (éveil au civisme… permis piéton, permis internet…) jusqu’à l’engagement citoyen (service civique, engagement dans la réserve….).
Le dispositif des Cadets de la Gendarmerie permet, depuis 2003, mais renforcé en 2019, d’accueillir des jeunes âgés de 16 à 18 ans. Initiés à la citoyenneté et aux valeurs militaires, les Cadets de la Gendarmerie conduisent également des actions mémorielles, de prévention et de solidarité.
105 associations de Cadets de la Gendarmerie (départementales ou régionales) sont aujourd’hui constituées (en métropole et Outre-mer). Elles sont présidées et animées par des réservistes citoyens et opérationnels. Leur action est bénévole.
Depuis 2019, ce sont plus de 10 000 cadets qui ont réalisé une mission d’intérêt général (2405 en 2026).
Recrutement
Jusqu’à une période récente, le service national universel (SNU) constituait une base importante pour informer les jeunes sur l’existence du dispositif des cadets, et donc une source de recrutement. Avec sa disparition, il s’agit d’un enjeu important et les initiatives doivent s’adapter. Chaque association peut avoir sa propre démarche mais certaines constantes demeurent comme l’affichage en mairie, les actions auprès des collèges et lycées, les maisons de la jeunesse, les centres d’orientation, clubs de sport, réseaux sociaux, etc…
S’agissant du recrutement lui-même, la personne intéressée doit rédiger une lettre de motivation, fournir un CV (parcours scolaire), une autorisation parentale. Certaines associations demandent parfois un avis de l’établissement scolaire.
Le jeune est ensuite convoqué à un entretien de motivation. Il est procédé à l’examen de son comportement, de son assiduité scolaire et de sa volonté.
Formation
Les Cadets suivent ensuite un programme étalé sur l’année scolaire en deux temps : une période bloquée de 8 à 10 jours durant des vacances scolaires, qu’ils vivent sous la forme de l’internat et quelques jours durant l’année consacrés à des visites ou un parcours mémoriel.
Au cours de cette année, les cadets sont initiés à la connaissance de la Gendarmerie (histoire/organisation/mission, mais aussi traditions/valeurs/éthique), éduqués au devoir de mémoire (participation à des cérémonies patriotiques, au cérémonial des couleurs et des porte-drapeaux, ravivage de la flamme du soldat inconnu…), sensibilisés à la citoyenneté (valeurs/symboles de la République, comportement citoyen, savoir être/solidarité/esprit d’équipe, connaissance des institutions, organisation de la France…) et enfin informés sur différentes thématiques, via notamment des interventions d’experts (lutte contre le harcélement, les discriminations, prévention des addictions, bon usage des écrans.
Ils font aussi certaines réalisations de groupe (projet de film sur la prévention en matière de sécurité routière, création de flyers de sensibilisation sur des thématiques particulières, aide à des personnes vulnérables, nettoyage des carrés militaires dans les cimetières, etc…), des visites (lieux de mémoire, Assemblée nationale ou Sénat, musées, entreprises…) et du sport.
Objectifs de la formation
Cette formation vise à transmettre les valeurs de citoyenneté, de défense et de mémoire pour “faire Nation”. Elle développe le sens de l’engagement, de la discipline et de la cohésion. Elle renforce le lien armée/Nation et permet de donner à ces jeunes des clefs afin qu’ils deviennent des citoyens responsables, structurés et éclairés.
Elle offre également une première immersion dans l’univers de la Gendarmerie pouvant leur offrir des opportunités de carrière, mais aussi un savoir être et une confiance en soi qui seront appréciés par des entreprises en recherche de jeunes talents.
Que deviennent les cadets à l’issue ?
À l’issue de leur formation, les Cadets de la Gendarmerie suivent des parcours variés. Le dispositif n’emporte aucune obligation d’engagement mais ouvre plusieurs perspectives concrètes :
- – candidature facilitée à un engagement dans la Gendarmerie, notamment comme gendarme adjont volontaire (GAV) ou, à terme, aux concours de sous-officier, le statut de “Cadet” constituant un atout apprécié. Sur la cohorte 2023/2024, 499 Cadets envisageaient de rejoindre la Gendarmerie par ce biais,
- – orientation vers d’autres formes d’engagement (réserve opérationnelle, service civique). Sur la cohorte 2023/2024, 599 Cadets prévoyaient d’intégrer la réserve.
- Un réseau des “anciens cadets” est régulièrement constitué ce qui permet également de ne pas perdre le lien et de construire des relations entre “anciens” et “nouveaux ». les anciens Cadets sont régulièrement mobilisés pour l’encadrement, la communication et le tutorat, mais quel que soit leur choix, ils poursuivent leur parcours scolaire ou professionnel avec des acquis valorisants et valorisables (discipline, assiduité, esprit d’équipe…).
Depuis 2021, plus de 450 Cadets ont rejoint la réserve et 180 l’active.
Le détail du budget d’une année de formation des Cadets
À partir des chiffres de 2024, il s’avère qu’une année de formation d’un Cadet de la Gendarmerie revient en moyenne à 500/550 euros. Il s’agit bien entendu d’une moyenne réaliste pour une année classique. Le montant peut bien entendu évoluer en fonction des activités proposées et notamment des déplacements envisagés.
- 60 à 65 % des sommes engagés tournent directement autour des activités proposées aux Cadets.


