Suite à la dernière assemblée générale de notre Union départementale, le colonel Laurent Mével, commandant en second le groupement de gendarmerie départementale de la Sarthe remettait la médaille de la Légion d’honneur à notre adhérente Solange Alexandre, 102 ans, veuve de l’Arme, pour son investissement dans le monde associatif mais surtout sur son engagement durant la seconde guerre mondiale, notamment dans la résistance.
Étaient présents lors de cette cérémonie Dominique Le Mener, président du conseil départemental de la Sarthe, Pascal Simonnet, représentant le maire d’Etival-Les Le Mans, le colonel Nicolas Bracq, commandant le groupement de gendarmerie départementale de la Sarthe, le colonel Pascal Louis, commandant le Service central des réseaux et technologies avancées (SCRTA) du Mans, la lieutenante-colonelle Claire Moquet, commandant la compagnie de gendarmerie départementale du Mans. Notre récipiendaire était, aussi, entourée de sa famille et ses amis.
Solange née Dubuisson a vu le jour le 9 septembre 1922 à Mamers. Son père, Gendarme, est en poste à l’école de gendarmerie de Mamers. 8 jours après sa naissance, son papa est affecté à la brigade territoriale (BT) de Mayet, puis à Etables-sur-Mer (22). Après 15 ans de service, il prend sa retraite et est employé à la préfecture de la Sarthe comme chef de bureau. Sa maman est veuve de guerre (1914-1918).
Quand la guerre éclate, Solange suit des études à l’école normale d’institutrice du Mans.
En 1941 : elle intègre un groupe de résistance, puis devient agent de liaison de l’Organisation Civile et Militaire.
Elle effectue de nombreuses missions dans le Maine, en Bretagne et en Normandie.
En 1943 : elle rencontre son futur mari Guy Deliot. Guy est de la classe 42. Pour échapper au Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne, il s’engage dans la Gendarmerie et est affecté à la BT du Mans. Ne voulant pas participer, avec la Gestapo, à l’arrestation d’un couple juif, il déserte avec un de ses camarades et rejoignent tous deux la résistance.
Guy et Solange constituent un maquis à Ruillé-sur-Loir. En compagnie de ses hommes (32 sous ses ordres), Solange organise des sabotages, recueille des aviateurs anglais, combat les Allemands les armes à la main.
Elle participe à la libération de Tours (37) avec le 65ème Régiment d’infanterie. Elle est nommée cheffe départementale du service social des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et assure l’accueil des déportés et prisonniers. Elle échappera par deux fois à la Gestapo.
Le 7 avril 1945, Solange et Guy se marient au Mans. Guy est affecté à la BT de Mayet, il mettra en place la Brigade motocycliste (Bmo) du Mans-Cité des Pins et intègre l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN). En 1951, il est muté en Nouvelle-Calédonie (il y fera 2 séjours). Solange assure le poste de secrétaire générale de la chambre d’agriculture de Nouméa. Après un passage aux îles de la Loyauté, ils rejoignent La Martinique.
Lors de manifestations violentes, en 1960, Guy est mortellement blessé et décède à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris (75).
Pendant la carrière en Gendarmerie, Solange déménage 17 fois. À son retour en Sarthe, Solange exerce son métier d’institutrice jusqu’à sa retraite en 1978. En 1981, elle se remarie avec Bernard Alexandre (décédé depuis). Pendant de nombreuses années, elle participe au devoir de mémoire dans les collèges et lycées du département.
Solange a reçu la Croix du combattant 1939-1945, la Croix du combattant volontaire de la résistance, la médaille de la Résistance et la médaille commémorative de la guerre 1939-1945 avec agrafe de la Libération, pour son engagement pendant la seconde guerre mondiale. Elle refuse, par deux fois, la Légion d’Honneur, demandant que celle-ci soit remise à un résistant et à Fernard Gravet, acteur, qui, ayant une maison près de la ligne de démarcation, faisait passer les familles juives de l’autre côté de cette ligne. Elle finira la guerre avec le grade de sous-lieutenante FFI. Un livre lui a été consacré en 2015.
Solange est maman de 3 enfants, grand-mère de 7 petits-enfants et 5 fois arrière-grand-mère. Elle réside depuis 20 ans, à la résidence Front-de-Sarthe au Mans. Très autonome, dotée d’une excellente mémoire, très active, elle est membre de l’association pour le droit de mourir dans la dignité depuis 35 ans et en a été la présidente.
Eric Mondin, président de l’Ud72.
