Le colonel (Er) Philippe Cholous, expert en maintien de l’ordre revient sur la controverse de Sainte- Soline

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Un manifestant équipé d'un chalumeau incendie un fourgon de Gendarmerie (photo ministère de l'Intérieur)

Le colonel (ER) Philippe Cholous, expert en maintien et rétablissement de l’ordre, ancien instructeur au CNEFG de Saint-Astier, commandant du groupement de gendarmerie mobile I/6 de Hyères et commandant en second du groupement blindé de Versailles-Satory (GBGM) revient sur la publication par Mediapart et Libération d’une partie du contenu des caméras piéton des gendarmes mobiles engagés sur l’opération de maintien de l’ordre lors de la manifestation interdite contre les “bassines” à Sainte-Soline en mars 2023. Le parti d’extréme-gauche “La France insoumise” a demandé une commission d’enquête parlementaire sur ces incidents. La Direction générale de la Gendarmerie a ouvert une enquête administrative à la demande du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Au lendemain des affrontements de Sainte-Soline, j’écrivais un article qui, me semble-t-il conserve aujourd’hui toute sa pertinence.

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Or aujourd’hui survient un fait nouveau, avec la diffusion de propos de militaires de la Gendarmerie, enregistrés par leurs propres caméras piétons individuelles et versés au dossier de l’instruction en cours. Ces enregistrements instrumentalisés par des médias partisans et moralisateurs, choquent à raison l’opinion publique. C’est pourquoi, il importe sans nier la réalité de ces propos, de les mettre en perspectives, afin d’en tirer des enseignements sans accabler ceux qui ont tenu la ligne au nom de la loi et donc du peuple français.

Fourgons en feu à Sainte-Soline (Photo archives LVDG)

En premier lieu, s’agissant du contexte général, l’incroyable niveau de violence subi par les forces de l’ordre doit être rappelé. J’ai personnellement commencé ma carrière en Gendarmerie mobile en 1990 et l’ai terminée en 2018. Tant en rétablissement de l’ordre que dans la lutte contre les violences urbaines, la violence est objectivement de plus en plus dure. Il y avait autrefois des manifestations rugueuses, mais la violence poursuivait un but, à savoir occuper une usine, bloquer une route, s’emparer de bâtiments administratifs, procéder à des occupations symboliques, manifester son exaspération, contester une décision. Elle n’était alors jamais dirigée directement contre des hommes, contre les membres des forces de sécurité intérieure, dans l’unique but de blesser ou de tuer des serviteurs de l’Etat. Cette évolution majeure renvoie au concept de violence globale, élaboré par le général (2s) Bertrand Cavallier. 

Dans le domaine du rétablissement de l’ordre, les violences gratuites sont presque toujours le fait des mouvances d’extrême gauche

S’agissant de ce constat, il faut toutefois distinguer les situations en fonction de l’adversaire. Les manifestations sociales se passent toujours de façon plutôt apaisée. En effet, dans le domaine du rétablissement de l’ordre, les violences gratuites sont presque toujours le fait des mouvances d’extrême gauche, qui éprouvent il est vrai un sentiment d’impunité, que les faits confortent tant la complaisance des médias et des tribunaux à leur égard est patente. L’évolution dans le domaine des violences urbaines est un peu différente, car c’est moins le niveau de violence qui a changé, que les insultes contre les militaires de la Gendarmerie, qui s’avèrent de plus en plus nombreuses et surtout revêtent désormais un caractère ethnique et religieux des plus inquiétants. En outre, la présence massive d’armes dans certaines zones périurbaines, constitue une épée de Damoclès dont les responsables politiques feraient bien de se soucier.

Dans ce contexte général donc, le niveau de violence constaté à Sainte-Soline le 25 mars 2023, fut extraordinairement élevé et à l’initiative des manifestants.

Ces faits ne sont pas contestables. Je ne discuterai pas ici de l’idée de manœuvre ni du dispositif, qui n’étaient pas ceux que j’aurais choisi, mais d’une part il est beaucoup trop facile d’en discuter après coup, d’autre part, je n’ai aucune idée des contraintes matérielles ni des pressions administratives auxquelles les responsables de cette opération furent confrontés. Toujours est-il, que sur ces bases sans doute perfectibles, l’opération a été bien conduite.

La fonction des cadres de contact dans les situations paroxystiques de violences ou de fatigue, est fondamentale.

La polémique vient aujourd’hui des propos tenus par des militaires de la Gendarmerie mobile. Il est évident, que ces propos choquent car la Gendarmerie mobile est une subdivision d’Arme d’élite, qui doit se considérer et donc se comporter comme telle. La population attend de la Gendarmerie mobile, l’excellence à laquelle elle l’a habituée. Il ne faut donc pas se dérober aux légitimes critiques qui sont faites car elles témoignent en creux de la confiance et de l’estime que les Français portent à la Gendarmerie.

La nature des propos de certains gendarmes n’est pas admissible. C’est évident.  Elle témoigne d’un défaut de maîtrise et de rigueur dans l’encadrement des éléments engagés. La responsabilité est ici celle des cadres de contacts plus que des exécutants. Des enseignements doivent donc être impérativement tirés et des mesures prises pour l’avenir.

Il est à noter, qu’à cause d’un sur-emploi de la Gendarmerie mobile notamment dû à certaines tensions actuelles dans les outre-mer, l’espacement des passages en recyclage des unités au Centre National d’Entraînement des Forces de Gendarmerie de Saint-Astier, à savoir désormais tous les trois ans au lieu de tous les deux ans, participe de ce manque de maîtrise. La fonction des cadres de contact dans les situations paroxystiques de violences ou de fatigue, est fondamentale. C’est eux qui tiennent la ligne. Leur exercice demande de la compétence, de l’entraînement, de l’intelligence de situation, de la hauteur de vue, du calme et de la verticalité. C’est pourquoi ils méritent la considération du commandement, sa bienveillance, mais également son exigence.

La nature de l’adversaire et le niveau de violence n’excusent rien, mais expliquent beaucoup. Jamais en effet de tels propos eussent été tenus dans une manifestation sociale. En revanche, il y a un très fort ressentiment des membres des forces de l’ordre, envers la violence et les insultes de l’extrême-gauche. Cette opposition trouve sa source dans l’ultra violence des l’extrême gauche, ses slogans iniques, insultants et gratuits: “La police tue”, “violences systémique”, “racisme systémique”.

S’agissant des propos eux-mêmes, bien qu’inadmissibles, ils gagneraient à être mis en perspective avec le nombre d’heures d’enregistrement. Sont-ils significatifs ? représentatifs ? Il y a là une vraie question.

Cette affaire doit être prise avec sérieux, dans une optique professionnelle, afin que de tels faits ne se reproduisent pas

La Gendarmerie est également mise en cause du fait de tirs tendus.

D’un point de vue technique, les tirs tendus sont interdits. Toutefois, lorsque les unités sont confrontées à un rapport de force très défavorable, ce qui était le cas, c’est parfois le seul moyen de sauvegarder l’intégrité physique des militaires engagés face à des manifestants d’extrême-gauche qui cherchent à tuer.

C’est aussi parfois le seul moyen, en cas d’absolue nécessité, de protéger les personnes et les biens. Ceci est d’autant plus vrai, que le retrait après la mort de Rémy Fraisse, des grenades offensives OF 47, puis F4, n’a été compensé par l’introduction d’aucun moyen de force intermédiaire de nature à compenser ce niveau de riposte au titre de la gradation dans l’emploi de la force. Il y a donc là clairement une responsabilité de niveau politique.

En conclusion, cette affaire doit être prise avec sérieux, dans une optique professionnelle, afin que de tels faits ne se reproduisent pas et que la Gendarmerie améliore encore son engagement au service de la Nation. Attention toutefois à ne pas surréagir, car le seul but de certains idéologues est ici d’instrumentaliser ces enregistrements pour inverser la responsabilité de la violence, qui est uniquement celle de l’extrême-gauche. 

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