Le chef d’escadron Thierry Pignon accompagné à sa dernière demeure par plus de 300 Gendarmes

0
Près de 300 Gendarmes ont accompagné à sa dernière demeure Thierry Pignon (Photo Cabcom/Cnefg)

Près de trois-cent Gendarmes de tous grades, dont huit généraux, ont accompagné le chef d’escadron Thierry Pignon, décédé samedi dernier des suites d’une longue maladie à sa dernière demeure lors d’une magnifique cérémonie d’à-Dieu. (*) L’office religieux a été co-célébré par deux prêtres (le père Olivier-Joseph Trouard Riolle, père abbé de Chancelade et aumônier militaire réserviste du Cnefg et le pére Bruno de Beru, curé de Saint-Georges – paroisse de Sainte Thérèse du Manoire – et Saint-Front de Périgueux) et l’aumônier militaire laïc de la Gendarmerie, Nicolas Sachot, ce mardi 26 septembre à l’abbaye de Chancelade (24). L’inhumation a eu lieu au cimetière de Casteljaloux (47) ce mercredi.

Sur le même sujet : La gendarmerie mobile et le centre de Saint-Astier pleurent Thierry Pignon, figure de l’Arme

Je n’ai jamais vu de telles funérailles. Cette immense communauté de fraternelle camaraderie présente pour dire À Dieu à Thierry et soutenir sa famille. Toute cette aristocratie de la Gendarmerie, au-delà des grades, celle du cœur, de l’honneur, de l’engagement…entourant son cercueil” nous a confié le général (2s) Bertrand Cavallier, extrêmement ému à l’issue de la cérémonie au cours de laquelle, il a lu l’éloge funèbre (à lire ci-dessous) qu’il avait rédigé à la demande du défunt qui avait organisé ses obsèques avant son départ.

Étaient présents autour de Sarah, son épouse, et de ses trois fils, tous militaires et en tenue – Ugo en Gendarme (escadron 26/2 de Bouliac), Paul en sergent parachutiste du 17ème RGP, et Tom en élève sapeur-pompier de Paris – la grande famille de la mobile et du CNEFG de Saint-Astier, mais aussi de très nombreux camarades de la gendarmerie départementale, de l’armée de Terre, des CRS et du monde civil, Thierry Pignon étant très connu bien au delà de l’Arme.

(*) Les généraux de corps d’armée Pierre Casaubieilh, commandant des écoles de la Gendarmerie, Bertrand Soubelet (2s), les généraux de division Vincent Barbey, commandant en second de la région Nouvelle-Aquitaine, Bertrand Cavallier (2s), et Michel Pidoux (2s), les généraux de brigade Stéphane Fauvelet, commandant en second de la région Pays-de-Loire, Bertin Malhet, commandant du CNEFG et Hervé Massiot (2s).

Extraits de l’éloge funèbre du général Cavallier

Je vais m’adresser à vous tous, mais plus particulièrement à vous Ugo, Paul, Tom, pour que vous connaissiez quel fut le parcours de votre papa.

Il y a deux mois, je passais la soirée avec Sarah et Thierry. Une soirée qui m’a profondément marqué. Nous évoquions des souvenirs communs, mais surtout Thierry me parlait de sa fin prochaine avec un calme, une sérénité impressionnante. Il était prêt, porté par cette foi chrétienne intense qui donnait du sens à ce qui aurait dû communément susciter un grand désarroi, voire de la révolte. Il me parlait de son chemin de foi, du soutien de Sarah et de ses fils, et de nombre de ses frères d’armes.

Durant cette soirée, au fil de nos échanges, il me confia en me regardant avec une force tranquille son souhait de me voir prononcer son éloge funèbre. Je marquais un silence tant cette demande me prenait de court. Je ressentais alors en moi une charge profonde, et dans un instant qui me semblait hors du temps, cette suprême marque de fraternelle camaraderie dont il témoignait ainsi à son ancien chef.

Durant cette soirée, il me parla de sa vie commencée à Constance en Allemagne, son père militaire y étant affecté. Il évoqua sa carrière, ayant débuté comme gendarme auxiliaire au peloton d’élèves-brigadiers du centre d’instruction à Saint-Astier-Bergerac, avant de rejoindre en 1986 l’école de sous-officiers de Montluçon. Nous échangeâmes sur sa famille. Sarah, celle qui l’accompagne depuis plus de 30 ans, était à ses côtés et partageait également de nombreux souvenirs.

Je l’écoutais et je revoyais le jeune gendarme servant au sein du groupement II/2 de gendarmerie mobile de Mont-de-Marsan, le fameux royal two-two, dont j’avais pris le commandement à l’été 1993.

Celui qui me le fit découvrir parmi les quelques six-cents militaires que je commandais fut le Major Bastouil, ici présent, et qui était chef du groupe commandement du groupement. En fait, mais c’est une autre époque, il était un quasi second. Je pose alors une question au major : dites-moi quels sont parmi tous ces militaires, ceux qui ont l’envergure, la carrure, le potentiel pour constituer la relève de l’encadrement de la gendarmerie mobile, en l’occurrence de la 2ème Légion. Il me désigne une vingtaine de jeunes sous-officiers, pleins d’al- lant, dont le jeune Thierry. Beaucoup d’entre eux, que je dénommerai mes maréchaux d’Empire, et qui vont tous faire une belle carrière, sont là.

Le major Bastouil connaît bien Thierry Pignon car il a été son commandant de peloton de 1989 à 1993, au sein de l’escadron 8/11 commandé alors par Bertrand Soubelet, escadron rebaptisé 22/2. Selon lui, le jeune sous-officier Pignon perce d’emblée par son caractère très volontaire, sa grande fiabilité dans l’exécution des missions, sa belle allure, sa loyauté, sa politesse, et son rayonnement parmi ses camarades. Et bien évidemment, sa condition physique exceptionnelle. Le jeune gendarme Pignon, ayant, fait rare, intégré très rapidement l’Equipe légère d’intervention (ELI) de son unité, s’est déjà distingué sur le plan opérationnel en participant de façon active à l’arrestation d’un individu dangereux, le 9 octobre 1989 à Cap-Breton, dans le cadre d’une enquête sur commission rogatoire.

C’est durant cette période que vont se tisser des liens indéfectibles entre le major et son jeune poulain. De ces liens si particuliers qui se tissent dans le monde militaire entre l’ancien et le jeune. Et toute sa vie, Thierry Pignon considérera le major Bastouil, figure du deuxième groupement de GM, comme son père spirituel.

C’est lui qui le pousse pour passer rapidement le diplôme d’arme qu’il réussit en 1992 en se classant parmi les tout premiers. Cette même année, alors déplacé en Nouvelle-Calédonie, membre très actif de l’ELI, il est héliporté sous l’urgence à Lifou et engagé dans la foulée pour intervenir dans le cadre de confrontations armées entre deux tribus.

En 1995, il obtient le très convoité brevet de moniteur d’équipe légère d’intervention, et intègre ainsi la famille de l’intervention, qui va devenir en 2002 celle de l’intervention professionnelle. Thierry Pignon, devenu faisant fonction, rôle dévolu à un jeune diplômé du DA, va également être très impliqué dans la formation, d’autant qu’il ne cesse de compléter ses compétences (secourisme, sauveteur nautique…). Il est un des piliers des fameux stages ELI organisés à Mont-de-Marsan par l’adjudant Martin Marco. Il se distingue également dans le domaine associatif. Il sera dans toutes ses affectations un élément moteur dans l’activité des clubs sportifs et de loisirs de la gendarmerie et dans l’animation des comités des fêtes. Autre marque de sa générosité, de son dévouement à l’autre. J’ai alors des contacts directs avec ce sous-officier d’élite, que j’apprécie notamment pour son esprit militaire, et son engagement opérationnel. Ainsi, dans la nuit du 30 octobre 1995, dans le cadre de l’intervention d’urgence du groupement, déclenché suite à des manifestations très violentes organisées à Bordeaux par la confédération des artisans et des commerçants, il intervient pour dégager un fonctionnaire de police des renseignements généraux isolé et pris à partie par les émeutiers.

J’apprécie également ce sous-officier pour sa franchise. Il dit ce qu’il pense. J’identifie par ailleurs chez lui de fortes convictions qu’il affiche sans détours, en particulier, mais cela ne devrait pas étonner chez un militaire, son amour de sa patrie.

Dans Thierry Pignon, il y aussi cette autre dimension. Celle du mari et bientôt du chef de famille. (…) Tous ceux qui ont connu Thierry savent l’importance essentielle qu’il donnait à sa famille, son épouse qu’il adorait et leurs trois fils, Sa femme, ses trois fils, cette parcelle de France comme le disait le général de Gaulle, constituent une cellule fondamentale qu’il protège. Très engagé dans l’éducation de ses trois garçons, il leur inculque les valeurs fondamentales, et notamment ce culte de la France. Ne va-t-il pas lorsque visionnant un match des cinq nations, alors que les joueurs et le public entonnent la marseillaise, demander à ses fils de se lever !

La vie est structurée par des rites qui portent vers le sacré. Il y a les rites militaires. Mais il y a aussi ceux qui forgent des citoyens, des patriotes. Récemment, il se hissait hors de son lit d’hôpital lorsque l’hymne national résonnait dans un stade voyant l’équipe de France de rugby affronter une équipe adverse.

En 1997, il est promu maréchal-des-logis-chef et est affecté en fin d’année à l’escadron 25/2 de Mirande où il servira deux ans. Au sein de l’Eli, il poursuit cette vie de mobile marquée par le rythme des déplacements et des interventions.

Le premier février 2000, après une sélection rigoureuse, il rejoint Saint-Astier, pour servir au sein de la division de perfectionnement de la gendarmerie mobile (DPGM). C’est là que débute une nouvelle aventure intimement liée à celle du Cnefg, alors porté sur les fonds baptismaux, qui voit notamment s’imposer le concept d’intervention professionnelle mais aussi une profonde rénovation dans l’organisation et les entraînements de la gendarmerie mobile.

Affecté à la section Maîtrise avec arme de l’adversaire (MAAA), mais comme ses camarades, engagé dans l’ensemble des activités du Centre, il fait partie de ce clan solide et enthousiaste que je rejoins en 2002 et qui va diffuser au sein de la Gendarmerie une nouvelle culture opérationnelle d’excellence incluant certes des savoirs-faire innovants mais également un savoir-être militaire revigoré.

Remarquable pédagogue, il poursuit tout le cycle de formation en intervention professionnelle et en franchissement opérationnel, formation consacrée en 2008 par l’obtention du brevet d’expert en IP réservé à l’élite des instructeurs.
Il franchit par ailleurs les différents grades à un rythme rapide. Promu adjudant en 2001, il accède cinq ans plus tard au grade d’adjudant-chef, et passe dès l’année suivante le concours de major qu’il réussit brillamment.

Si les stagiaires retiennent du formateur un grand professionnalisme, un sens profond de l’équité et beaucoup de considération – Thierry n’a jamais adopté une position haute -, ils conservent également le souvenir d’un instructeur affichant cette réserve, cette certaine distance que doit conserver un maître par rapport à l’élève. Pour son savoir-faire et son savoir-être remarquables, il est félicité le 16 mai 2005.

Cette même année, je le note ainsi : “Gradé supérieur, instructeur IP de haute valeur, qui figure parmi l’élite de sa catégorie. Assume de manière remarquable sa mission de formation”. En mentionnant un potentiel d’officier.

Cependant, derrière ce côté très sérieux, ses camarades instructeurs connaissent l’autre facette de Thierry. Sa jovialité, son bonheur de vivre, son sens de l’humour, et son penchant pour se livrer à des facéties. (…)

Ce sens élevé des relations, Thierry le démontre également auprès des stagiaires étrangers, lors des fameux stages de la force de police européenne. Il fait partie de ceux qui s’impliquent y compris sur leur temps personnel pour les accompagner durant leur séjour en France. A l’occasion du 4ème stage de la FPE, il est félicité pour son engagement total, son efficacité dans la préparation et la conduite des exercices techniques.

S’agissant de l’étranger, il effectue une mission au Tchad en avril 2005 pour former les unités de maintien de l’ordre de la gendarmerie tchadienne.

À compter du 1er septembre suivant, preuve de son très large domaine de compétences, il rejoint la division de maintien de l’ordre et s’investit dès lors dans la formation et l’évaluation des pelotons d’intervention de la gendarmerie mobile.

Le premier août 2008, il accède selon la formule consacrée à l’épaulette, et débute sa carrière d’officier en étant affecté à la tête du premier peloton, soit le PI, de l’escadron 46/2 de Chatellerault.
Il révèle dans ce poste toute sa dimension de meneur d’hommes et de chef opérationnel. Il suscite naturellement l’adhésion par son sens de l’écoute, son engagement et ses hautes compétences technico-tactiques. Il se distingue à plusieurs reprises, notamment lors du déplacement de son unité en Martinique d’octobre 2011 à janvier 2012, en prenant une part active dans la conduite de sept opérations judiciaires d’envergure portant sur le démantèlement de trafics de produits stupéfiants et l’arrestation en flagrant délit des trafiquants. À cette occasion, il est à nouveau félicité. À cette période, le major Christian Bastouil et moi-même le retrouverons
à Chatellerault, lors du cinquantième anniversaire de la fondation de l’escadron, créé à partir de trois unités dissoutes d’Algérie, et dont le premier chef a été le capitaine Pierre Cavallier, mon père. Aux côtés de Thierry, sert un des ses fidèles camarades de Mont-de-Marsan, le major Christian Longequeue. Le 1er août 2012. Retour au Cnefg. Comme beaucoup d’instructeurs qui ont permis l’essor de ce centre d’excellence. Il est affecté à la division rétablissement de l’ordre en qualité d’officier instructeur. Mais le soldat de la loi reste plus que jamais aguerri et prompt à l’action. Ainsi, en octobre 2013, animé par un sens élevé du devoir, il intervient dans un commerce faisant l’objet d’un vol avec violence et permet l’interpellation des deux mis en cause. En septembre 2014, il est déplacé en Moldavie pour la formation IP des carabiniers moldaves. Polyvalent, donnant la meilleure image de la Gendarmerie française, il prend en charge l’engagement des moyens blindés à l’occasion des stages de formation au contrôle des foules destinés au corps des marines américains et participe au séminaire maintien de l’ordre au profit du corps préfectoral.

Le 1er juillet 2017, il prend le commandement de l’escadron 47/2 à Périgueux. A la tête de cette unité qui constitue pour celui qui a débuté jeune gendarme mobile, une consécration, il confirme toutes ses exceptionnelles qualités de commandement. Parmi ses subordonnés, il compte un jeune lieutenant qui, selon Thierry Pignon, s’affirme de la meilleure façon, en s’imposant par son prénom. Il s’agit de Jérôme Favier, un superbe lieutenant qui, alors affecté au GIGN, décédera malheureusement lors d’un entraînement. Thierry Pignon évoquait souvent le souvenir de ce jeune officier.

C’est alors une période d’intenses et très durs engagements opérationnels. L’escadron 47/2 est ainsi déployé dans le cadre de l’évacuation du site occupé de Notre-Dame-Des-Landes, en avril 2018. Très disponible et particulièrement courageux, il se distingue par son sens tactique et ses aptitudes opérationnelles avérées dans le commandement de son unité. Sa détermination et son réel mépris du danger lui valent d’être cité à l’ordre du régiment par le directeur général de la gendarmerie. Il sert sous le commandement opérationnel de deux figures du Cnefg, Richard Caminade et Hervé Massiot, alors colonels. Lors des interventions, son unité est engagée côte à côte avec l’escadron 46/2 de Chatellerault, son ancienne unité, au sein duquel un ses camarades montois mais également du Cnefg sert en qualité de commandant de PI. Il s’agit du capitaine Marc Palais.

Ces deux frères d’arme se retrouveront dans la foulée en Nouvelle-Calédonie dans le cadre de la consultation référendaire.

De retour en métropole en mars 2019, il est engagé à plusieurs reprises lors d’opérations de rétablissement de l’ordre au cours de manifestations des Gilets jaunes. Le rythme est intense. Le 47/2 est déplacé en Corse, où il se distingue à nouveau.

Durant son séjour en Nouvelle-Calédonie, il commence à avoir des douleurs au niveau de l’oreille droite.

Le diagnostic est posé en mai 2019. Thierry démarre un lourd combat au cours duquel il n’aura de cesse de vouloir continuer de servir, malgré les effets secondaires dûs aux traitements prodigués par des équipes médicales très dévouées.

Le premier février 2020, il est appelé à servir au groupement IV/2 de gendarmerie mobile à Limoges, pour seconder le commandant de groupement. Dès lors, très expérimenté, il conseille efficacement les commandants d’escadron et s’implique avec coeur dans le suivi des candidats du groupement au diplôme d’arme national, s’attachant notamment à leur faire partager nos valeurs militaires. Durant l’année 2020, instructeur reconnu à l’échelon régional, il est détaché à deux reprises au centre régional d’instruction de Nouvelle-Aquitaine à Mont-de-Marsan pour assurer la direction des stages de perfectionnement des pelotons d’intervention. Dans ce quartier Maridor où il servait 30 années auparavant, alors creuset des Pelotons légers d’intervention dits PLI qui annonçaient les Pelotons d’intervention (PI).
À Limoges, il retrouve son vieux camarade Thierry Chollier qu’il connaît depuis 1985, puisqu’ayant suivi le même peloton d’élèves-brigadiers au Ciga de Saint-Astier-Bergerac.

Malgré les récidives, démontrant une dignité exemplaire, il continue d’avancer.

Le premier avril 2022, à sa demande, soutenu en particulier par le général Casaubieilh et le général Barbey, et accueilli par le général Lamiral, il retourne à la maison mère de la mobile, à Saint-Astier. Il intègre le bureau analyse anticipation et pédagogie de la division de la formation, aux côtés du lieutenant-colonel Philippe Wingler et du chef d’escadron Louis Houël qui vont le soutenir et avec lesquels il va développer une grande complicité.  (…)

Dans ce dernier poste, il met encore toute son énergie dans notamment de multiples expérimentations d’équi- pements et de matériels, dans la conception de nouveaux espaces et moyens pédagogiques. Même en période de soins, loin du bureau, il s’attachait à suivre de près ses dossiers à partir de son ordinateur et à partager ses avis éclairés avec son équipe et ses chefs.

L’engagement de toute sa carrière lui vaut d’être fait chevalier de l’ordre national du Mérite et d’être décoré en mai 2022 de la main du général Casaubieilh, sur la grande place d’armes du Cnefg en présence de ses pairs.

Le 15 juin dernier, toujours combatif, encore altier dans sa belle tenue, il remettait les galons de sous-officier au major de la promotion sortante de l’école de Tulle.

Samedi dernier, il s’éteignait après avoir été accompagné jusqu’au bout par sa famille, soudée auprès de lui durant tout ce combat.

Nombre de camarades ont également été en soutien régulier. Ronan Coat, Louis Houël, Christian Longequeue, Marc Palais, Patrick Tardy, Philippe Ganche, Thierry Chollier, ses camarades de chambrée à l’escadron, Luc Lecadre, Philippe Perrin, Didier Mur, son médecin militaire, le docteur W., ses derniers chefs le général Casaubieilh et le général Malhet…

Comment en cette abbaye, ne pas évoquer son parcours de foi ? Thierry s’est préparé en chrétien. Il ne redoutait pas la mort. Soutenu par notre ami aumônier laïc militaire Nicolas Sachot, autre figure du Cnefg, mais rayonnant bien au-delà, il fut également épaulé par Jacky Charron, ancien instructeur au Cnefg. Jacky l’accompagnait dans ses marches dans la campagne périgourdine, arpentant ensemble dans le silence un chemin de piété. Thierry m’avait confié combien cette proximité spirituelle était importante. Ils récitaient ensemble le rosaire, allaient se recueillir dans une chapelle devant la sainte croix.

En dernier hommage, son cercueil est porté par six de ses proches, symboliquement trois officiers et trois sous-officiers, dans le cadre d’un cérémonial dont il avait précisé tout le déroulement.

Dans cette abbaye, sont venus, parfois de très loin, tous ceux qui tenaient à Thierry Pignon, tous ceux qui avaient compris quelle personne singulière il était, en ces temps troublés.

Ils sont venus soutenir sa famille, sa courageuse épouse et ses trois fils lesquels, inspirés par l’exemple de leur père, ont également choisi de servir la France, qui dans la gendarmerie mobile, qui au sein du 17ème régiment du génie parachutiste, qui, le plus jeune en s’orientant vers les pompiers militaires. Le flambeau a été transmis.

Ils sont venus aussi honorer une figure chevaleresque. Celle d’un homme intègre et enraciné, d’un mari aimant, d’un père investi, d’un gendarme passionné par la Gendarmerie, d’un combattant dévoué à sa patrie, celle d’un preux remettant son âme dans les mains de Dieu. Ils sont venus se nourrir du souvenir de son sourire, de son regard cristallin.”