samedi, mars 7, 2026
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Daniel Cerdan : « Le GIGN, c’est s’engager pour la vie »

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Ancien opérationnel du GIGN, Daniel Cerdan revient dans son dernier livre GIGN – Top Action sur 50 années d’interventions, de fraternité et d’engagement total. Dans cet entretien exclusif, il partage sa passion, son parcours, et les valeurs d’une unité d’élite qu’il continue de faire vivre par l’écriture

Pourquoi avoir écrit GIGN – Top Action ?
« C’est d’abord un hommage à mes camarades, à tous ceux qui ont donné leur vie pour sauver celle des autres. Ce livre, c’est un acte de mémoire, mais aussi une main tendue à la jeunesse. Je m’adresse à ces jeunes qui doutent, qui cherchent leur voie, pour leur montrer qu’on peut vivre une passion, s’accomplir, quel que soit son parcours scolaire ou personnel. Top Action s’adresse aussi aux passionnés de forces spéciales, bien sûr, mais surtout à ceux qui cherchent du sens. Comme le disait Churchill : “Il suffit d’un seul choix pour façonner son destin.” À 72 ans, c’est mon quatrième ouvrage. Je me laisse porter… »

Qu’est-ce qui fait la force du GIGN ?
« Le GIGN, c’est avant tout un esprit : celui du collectif, du don de soi. Pas de place pour l’ego, ici chacun veille sur l’autre. L’unité puise sa force dans ses traditions, sa militarité, sa très haute technicité. Notre entraînement est constant, exigeant. J’ai moi-même commencé à Cherbourg, en escadron mobile, puis j’ai suivi le stage ELI – aujourd’hui PLI – avant d’intégrer le GIGN. Ce parcours m’a appris à gérer le stress, à anticiper, à faire face. Je me souviens d’une intervention où un forcené m’a tiré dessus et que j’ai réussi à désarmer. Ou ce hold-up où mon camarade, le lieutenant Bruno, a été touché à la tête. J’étais à ses côtés. Ces moments vous forgent. Avant chaque mission, l’état d’esprit est le même : rigueur, concentration, professionnalisme. L’objectif : sauver des vies. »

De la carrière à la transmission : quel héritage ?
« J’ai failli devenir professeur de technologie, mais j’ai choisi l’engagement. Sportif, attiré par le terrain, j’ai trouvé ma voie dans la gendarmerie. Ce que j’en retiens ? Le respect de la hiérarchie, l’ordre, les valeurs militaires. “L’ordre seul fait la liberté”, écrivait Péguy. Le GIGN, c’est aussi une école de l’adaptation : à chaque menace, l’unité se renforce. Après ma carrière opérationnelle, j’ai poursuivi avec l’ONU, l’Union européenne, des missions de protection et de négociation. Je n’ai jamais cessé d’être en mission. Aujourd’hui encore, je transmets ce que j’ai appris. »

Comment décide-t-on sous pression ?
« Au GIGN, rien n’est laissé au hasard. L’improvisation n’existe pas. On travaille tous les scénarios possibles à l’entraînement. C’est ce qu’on appelle le “drill”. La clé d’une mission réussie, c’est le raisonnement tactique : une grille de lecture enseignée dès la formation. Mais au-delà de la méthode, c’est la cohésion du groupe qui fait la différence. On fonctionne toujours en binôme. Seul, on n’est rien. J’ai le souvenir d’un hold-up où la décision de tirer s’est prise en une fraction de seconde. Il fallait neutraliser la menace et protéger mes camarades. C’est là qu’intervient toute la préparation. »

Quelle image du GIGN aujourd’hui ?
« Le GIGN est respecté. Dans la rue, sur le terrain, on sent l’estime des citoyens. Mais il faut aussi combattre certaines idées reçues. Ce n’est pas une bande de cow-boys. Ce sont des professionnels aguerris, disciplinés, prêts à se sacrifier pour accomplir leur mission. La médiatisation ? Elle est utile, car elle valorise les unités et attire les jeunes recrues. Face aux menaces croissantes – black blocs, armes de guerre, attaques terroristes – les forces d’intervention doivent disposer des bons moyens. Je regrette que certaines armes, comme la grenade offensive, aient été retirées. Elles permettaient de tenir les individus violents à distance, sans contact physique. »

Vers l’avenir : comment maintenir l’excellence ?
« Le GIGN couvre 95 % du territoire national via la gendarmerie. Avec l’émergence des primo-intervenants et l’appui de l’opération Sentinelle, notre réactivité s’est encore accrue. Ce qui fait la différence, c’est aussi notre “code de tir”, inventé par Christian Prouteau : plusieurs tireurs, une seule détonation. Ce code a sauvé des vies, dès 1976 à Loyada. Le GIGN a aussi su intégrer les technologies les plus avancées, avec sa division technique (optique, explosifs, moyens spéciaux…) et ses antennes régionales. En janvier 2025, lors de la libération de David Balland, fondateur de Ledger, ce sont plus de 230 gendarmes qui ont été mobilisés. Grâce à la coordination parfaite entre toutes les unités, l’opération a été un succès. Le GIGN reste fidèle à sa devise : S’engager pour la vie. »

Bio express
Daniel Cerdan a passé une grande partie de sa carrière au sein du GIGN, où il a participé à de nombreuses opérations sensibles en France et à l’international. Auteur de quatre ouvrages, il partage aujourd’hui son expérience à travers l’écriture, la formation, et l’engagement auprès des jeunes gendarmes.

Propos recueillis par Jean-Christophe Vaillant

Redaction LVDG

redaction@lavoixdugendarme.fr

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