Camille Mathieu : l’héroïque Gendarme qui donne son nom au quartier de Drancy

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Camile Mathieu - Photo AJPN

A l’occasion de la commémoration des 80 ans de l’ouverture du camp de Drancy, le quartier “Pichard” de la Gendarmerie mobile de Drancy (93) porte désormais le nom de “quartier Mathieu”, Gendarme héroïque de la seconde guerre mondiale. Ce “Juste parmi les nations” sauva huit juifs du camp de Drancy avec l’aide de sa famille où il était affecté de 1941 à 1943.

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Camille Mathieu, Gendarme, résistant et héros oublié

Lors de la seconde guerre mondiale, Camille Mathieu est Gendarme à la 22e légion de Gendarmerie mobile de Paris basé à Drancy. Le 1er novembre 1940, il est affecté à la garde du camp. Du 20 au 25 août 1941, 4 232 juifs sont déportés au camp de Drancy après avoir été arrêtés lors de la première rafle à Paris par les nazis. Dès le premier jour, les femmes des détenus juifs s’approchent du camp pour voir leurs maris internés au camp. Le lendemain, le Gendarme Camille Mathieu s’embarque dans ce qui pourrait être les prémisses de sa légende.

Camile Mathieu - Photo AJPN
Camille Mathieu – 1939 – AJPN – Photo colorisée

Voyant une nouvelle fois les trois femmes des déportés s’approcher du camp, il descend de son mirador pour les interpeller. Touché par leur détresse, le militaire trouve le moyen de donner des nouvelles aux femmes des déportés en notant leur nom et adresse. Une action simple toutefois dangereuse s’il avait été pris sur le fait par la Gestapo, les nazis ou les collabos. “Écrivez nom et adresse sur un bout de papier, posez-le par terre et disparaissez (…) je vous donnerai des nouvelles” aurait-il dit.

Quelques mois plus tard, l’idée vient à Camille Mathieu de faire évader les déportés. En les faisant passer comme malades souffrant d’un grave œdème, il parvient à faire sortir huit juifs du camp le 12 novembre 1941. Le Gendarme mobile ira même jusqu’à aider ces juifs à passer en zone libre en les cachant à une dizaine de kilomètres de Fontainebleau chez un cousin d’un des déportés puis en les faisant franchir la ligne de démarcation. Une des familles juives, de peur d’être attrapée, sera hébergée chez la mère de Camille Mathieu jusqu’à la libération. Cette aide vaudra au Gendarme d’être renvoyé du corps militaire en 1943. Un renvoi qui le poussera à rejoindre la résistance et à continuer de s’occuper de ces familles juives sauvées.

Un “Juste parmi les nations” 35 ans plus tard

Camile Mathieu et sa femme- Photo AJPN
Camille Mathieu et sa femme – AJPN

A la fin de la guerre, Camille Mathieu et sa femme sont restés en contact et se sont liés d’amitié avec les familles juives que le jeune Gendarme mobile sauva durant la guerre. Il faudra attendre 1976 pour que Camille Mathieu soit distingué “Juste parmi les nations” par le Yad Vashem, mémorial israélien situé à Jérusalem construit en mémoire des victimes juives de la Shoah.

Titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre 39-45, le Gendarme Camille Mathieu est également décoré de la Légion d’honneur en 2010 par le préfet du Val-d’Oise pour son courage et la bravoure en tant que Gendarme et résistant.

Pour rappel, un Juste parmi les nations désigne les non-juifs ayant pris des risques inconsidérés parfois au péril de leur vie pour sauver des juifs des griffes des nazis et du sort qui leur était réservé en temps de guerre.