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Ariège : hommage au capitaine Maurice Keller

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Le samedi 01 février, à l’initiative de l’ Unprg de l’Ariège, a eu lieu une cérémonie d’hommage au capitaine Maurice Keller, résistant et ancien commandant de compagnie de la gendarmerie départementale de Saint-Girons. Cette cérémonie préparée par le président départemental de l’ Ud09, Honoré, Morelis avec la collaboration de la compagnie de Saint-Girons par l’intermédiaire du chef d’escadron Hubert Veillie, commandant la compagnie et de son adjoint le capitaine Johnny, Hardelin. Cette cérémonie s’est déroulée en matinée devant la stèle érigée en sa mémoire et implantée devant la Gendarmerie de Saint-Girons.

La cérémonie présidée par Delphine Lemaire, sous-préfète et directrice de cabinet du préfet à Foix et le chef d’escadron Hubert,Veillie, commandant la compagnie de Saint-Girons, dans la plus pure tradition militaire a été dirigée par le capitaine Johnny, Hardelin, adjoint au commandant de compagnie. Ainsi avons honoré un héros, résistant et discret de la Gendarmerie pour son 80ème anniversaire de sa mort en déportation.

Une partie de la famille de Maurice, Keller était présente et représentée par son petit-fils Simon, Keller et ses deux enfants ainsi qu’Annabelle, Deroche sa petite-fille accompagnée de son époux et deux de leurs enfants. De nombreuses personnalités administratives, militaires, clergés, presses, ont pris part à cette cérémonie d’hommage accompagnées de 10 portes-drapeaux. Les membres du bureau et plusieurs adhérents de l’association étaient présents.

La lecture de la biographie de Maurice, Keller a été faite par le chef d’escadron Hubert Veillie commandant la compagnie. S’en est suivie la lecture de la dernière lettre de Maurice Keller adressée à son épouse par Simon, Keller, le petit-fils de Maurice, Keller, rendant cet hommage très émouvant.

Delphine, Lemaire, directrice de cabinet du préfet de l’Ariège prenait la parole sous ces termes :

  • « Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer une triste page de notre histoire, une page qui n’a pas épargné la commune de Saint-Girons et sa compagnie de Gendarmerie. En écho aux cérémonies du 27 janvier dernier, soulignant les 80 ans de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, rappelons-nous que 6 millions de juifs ont été assassinés. Innocents, ces hommes, dont le capitaine Maurice Keller, ces femmes et enfants ont été pris dans l’engrenage meurtrier du nazisme, simplement parce qu’ un jour ils étaient nés juifs, ou simplement parce qu’ils avaient résisté, comme ce fut le cas du capitaine Maurice Keller.
  • Aujourd’hui, alors que les actes antisémites indéniable en France et en Europe, alors que certain essayent d’importer des conflits étrangers et leurs lots de déchirures, comment ne pas voir que les causes de l’horreur nazis nécessitent plus que jamais un engagement collectif visant à combattre la haine sous toutes ses formes. Le « plus jamais » que nous impose l’histoire est un impératif catégorique. Nous devons veiller à son respect avec vigilance et persévérance. La République ne cédera rien à l’antisémitisme, rien au racisme. Elle ne cédera rien à la haine. Qu’elle s’affiche au grand jour ou qu’elle soit nourrie dans l’ombre, notamment dans l’anonymat des réseaux sociaux.
  • Commémorer les 80 ans de la mort en déportation du capitaine Maurice Keller, c’est savoir que les morts nous écoutent. C’est accomplir notre devoir de préservation du témoignage historique de leurs courage inouï, pour sauver tant d’hommes, de femmes et d’enfants. Et c’est enfin rester fidèle à ce vers d’avertissement de Paul Eluard : « Si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons ».
  • L’enseignement de la Shoah, de son histoire, le travail de mémoire et l’éducation sont nos plus puissants atouts. Face au passé lugubre, preuve que la civilisation ne protège pas toujours de l’horreur et que lorsqu’elle est abreuvée de ressentiment et de rancœur, elle devient malade d’elle-même, notre lutte contre les actes et discours de haine doit être la marque distinctive de notre époque. Vive la République. Vive la France »

Chant des Partisans, dépôts de gerbes, sonnerie « Aux Morts », exécution de la marseillaise ont solennisé cette cérémonie.

Biographie du capitaine Keller, lue par le chef d’escadron Hubert Veillie :

  • D’origine alsacienne, Maurice Keller est né le 10 septembre 1905 à Epfig, dans le Bas-Rhin.
  • En 1934, à l’issue de son service militaire au sein des troupes d Afrique, Maurice Keller s’engage en tant qu’officier de réserve de Gendarmerie et obtient le grade de lieutenant.
  • En mars 1937, le lieutenant de réserve Maurice Keller intègre la gendarmerie d’active et devient maréchal-des-logis-chef. Il suivra ensuite sa formation d’officier à l’école d’application de Versailles et sera promu sous-lieutenant puis lieutenant en 1939, à l’aube du second conflit mondial.
  • Arès avoir occupé plusieurs postes opérationnels, à Saint-Amand-Montrond dans le Cher en 1940, puis à Lapalisse dans l’Allier en 1941, le 10 novembre 1942, le lieutenant Maurice Keller rejoint la Légion de gendarmerie de Gascogne et prend la tête de la compagnie de gendarmerie de Saint-Girons (appelée à l’époque section).
  • Le Couserans, comme toute la frontière des Pyrénées est sous haute surveillance des autorités allemandes. Une partie de la Gendarmerie est attentiste. Certains, courageux patriotes, choisissent de résister en faisant preuve de la plus grande prudence. La tâche est d’autant plus compliquée pour un membre des forces de l’ordre, qui plus est commandant d’unité, chargé de veiller à l’exécution des lois et d’obéir aux ordres donnés par ses supérieurs et autorités de tutelle.
  • Animé par une réelle fibre patriotique et une volonté de lutter contre I’ occupant, Maurice Keller s’engage dans la résistance au sein d’une organisation clandestine peu de temps après son arrivée à Saint-Girons. ll s’agit du « service évasion » dirigé par Pierre Delnom Dedieu (futur sous-préfet de Saint-Girons). Il assurera la sécurité de convois d’évadés vers la frontière espagnole, puis, il aidera les responsables chargés de la mise en place des premiers maquis. Il fera également prévenir les jeunes hommes recherchés pour le Service du travail obligatoire (STO), qu’il était chargé d’aller convoquer, en les aidant à rejoindre l’Espagne. Enfin, et surtout il mettra à profit son statut afin de faire traîner volontairement certaines enquêtes officielles menées à l’encontre des milieux résistants, et notamment celles concernant les filières de passage des Pyrénées, dans lesquelles il prend une part active. Mais également en conservant et dissimulant des informations dont il avait connaissance au sujet de refuges de réfractaires ou de points de rassemblements de passeurs, dans le Castillonnais et plus particulièrement sur la commune de Moulis.
  • En janvier 1943, il défendra courageusement le gendarme Durand accusé (à juste titre) par les Allemands d’avoir laissé échapper volontairement trois réfractaires au STO qui étaient confiés à sa garde.
  • En février 1944, il obtient la libération de deux chefs de la Résistance locale (Maurice Gardelle et Pierre Lacroix, chef du Mouvement unis de la Résistance (MUR) des secteurs de Saint Girons et de Castillon) en se portant personnellement garant pour eux, assurant qu’il ne s’agissait pas de résistants mais bien de Pétainistes affirmés.
  • En avril 1944, à l’aide de son véhicule personnel, il permettra l’exfiltration vers l’Espagne de deux passeurs du Biros menacés d’arrestation aux Bordes-sur-Lèz.
  • Enfin, après le débarquement du 6 juin 1944, il donne son approbation aux Gendarmes placés sous ses ordres, désireux de rejoindre le maquis.
  • Il rendra visite également à plusieurs résistants faits prisonniers lors de leur détention et les réconfortera en leur adressant des mots touchants, ce dont plusieurs ont fait mention dans leurs témoignages une fois libérés. Ou encore, fournira des renseignements précieux sur l’ennemi aux mouvements résistants locaux, grâce à sa connaissance fine de la langue allemande.
  • La multiplication de ses activités clandestines et son attitude, finissent par attirer la méfiance des autorités allemandes et des collaborateurs français, et il se retrouve à faire l’objet d’une surveillance accrue des services de renseignements allemands, qui conduira finalement à son arrestation dans la nuit du 10 juin 1944 par la Gestapo. Arrestation avant laquelle, il s’adressera une dernière fois à ses hommes, dont certains s’apprêtent à rejoindre le maquis dans la cour de la caserne.
  • ll est ensuite interné à la prison Saint-Michel à Toulouse puis déporté le 31 juillet 1944 au camp de concentration de Buchenwald (en Allemagne). Entassé dans un wagon, il prend le temps de griffonner quelques mots à sa femme, ce sera le dernier écrit qu’il restera de lui.
  • Dès son arrivée il se verra affecté au « Kommando de Langenstein » or il est astreint à un exténuant travail de terrassement, douze heures par jour afin de creuser les galeries d’une usine d’aviation souterraine. Entre la moitié et les deux tiers des ouvriers de ce Kommando sont morts à la tâche, certaines galeries ont « coûté » un mort par mètre, et l’espérance de vie n’y était que de six semaines.
  • Héros discret de la Gendarmerie et de la Résistance française, miné par l’ épuisement, le froid et la maladie, le lieutenant Maurice Keller s’éteindra en déportation dans le froid et le brouillard allemand au cours de la nuit du 27 au 28 janvier 1945 sous l’anonymat du matricule 69 298. Ses cendres reposent avec plus de 900 de ses compagnons de misère au cimetière allemand de Quedlinburg. ll laissera derrière lui une veuve et deux orphelins âgés de 3 et 1 an ainsi qu’une mère ayant perdu son fils, tous demeurant Saint-Girons.
  • Promu capitaine à titre posthume, Maurice Keller est fait chevalier de la Légion d’honneur, cité à l’ordre de la division et se voit conférer la croix de guerre 1939-1945 avec médaille d’argent ainsi que la médaille de la Résistance française et la Médaille de la déportation et de l’internement pour faits de résistance.

L’Unprg de l’ Ariège remercie vivement tous les militaires de la Gendarmerie pour leur engagement à la préparation de cette cérémonie sous l’autorité du chef d’escadron Hubert Veillie, commandant la compagnie de gendarmerie départementale de Saint-Girons.

L’Unprg de l’Ariège, par l’intermédiaire de son président, remercie tout particulièrement le colonel Frédéric Wagner, commandant le groupement de gendarmerie dépoartementale de l’ Ariège de nous avoir autorisé cette cérémonie en son absence, retenu par d’autres obligations.

L’Unprg de l’Ariège s’est engagée à déposer une gerbe à chaque anniversaire de la mort, le 28 février, du capitaine Maurice, Keller, devant la stèle érigée en son honneur.

Toutes les personnes présentes ont été invitées à partager un moment de convivialité.

Honoré Morelis, président de l’ UNPRG de l’ Ariège Ud09.

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