Tribune : au sujet de la conférence de presse dans l’affaire Kendji Girac

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Le capitaine (H) Jean-François Charrat, ancien porte-parole de l’association professionnelle nationale militaire (APNM) Gendarmes et Citoyens, partenaire de “la Voix du Gendarme” livre cette tribune au sujet de la conférence de presse du procureur de la République de Mont-de-Marsan dans l’affaire Kendji Girac. Ses propos n’engagent pas la rédaction de “la Voix du Gendarme”.

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Arguant de l’article 11 du code de procédure pénale, un procureur de la République vient de se livrer à un exercice de communication qui laisse pantois le monde médiatique et surtout les enquêteurs. 

Passons sur l’affaire à proprement parler qui n’est qu’un fait divers habituel de plus dans le milieu du show-biz et revenons à ce point presse d’un magistrat pour le moins volubile. 
Pendant plus d’une heure et demie, il a littéralement rendu compte du contenu de l’audition de la victime et des éléments d’enquête recueillis par les enquêteurs de la Gendarmerie nationale. En phagocytant la parole, au nom d’une volonté d’éviter les rumeurs, il s’est permis de divulguer non seulement les faits qui ressortent de l’enquête, mais également l’intimité d’un couple.

Le procureur a assurément oublié le fameux principe de respect de la vie privée en dévoilant, en vrac, que le chanteur était addicte à l’alcool, à la cocaïne, qu’il sortait souvent et qu’il faisait peur à sa compagne. Il a dérouté les observateurs et agacé les soutiens de Kendji Girac, pour finalement annoncer que “judiciairement, on peut envisager des poursuites, sur l’arme ou la consommation de drogue […] J’ai l’impression qu’il y aurait un côté superflu de venir aujourd’hui engager un procès spécifique à l’encontre de quelqu’un qui a été entre la vie et la mort et qui, je pense, a compris la leçon”. 

Mais alors pourquoi s’être prêté à une conférence de presse qui s’apparente plus à un One man show. Il se dit d’ailleurs, qu’il a cherché à prendre pour lui seul le cadrage télévisuel, assignant les officiers de la Gendarmerie à des rôles de potiches mutiques. 

Tous les personnels de la Gendarmerie savent depuis leur formation initiale qu’ils risquent de payer très cher une éventuelle interview sur un dossier judiciaire. Le sacro-saint secret de l’enquête ! Les magistrats sont particulièrement intraitables quand il s’agit de réprimander un Gendarme ou un policier, parce qu’il aurait été un peu trop loquace sur un dossier. Cette sévérité ne vaut pas pour ce magistrat, parce qu’il s’appuie sur le code de procédure pénale pour dévoiler les dessous d’une affaire. 

On peut, cependant, rappeler que ce fameux article 11 du code de procédure pénale, prescrit qu’il peut 

« …rendre publics des éléments objectifs tirés de la procédure ne comportant aucune appréciation sur le bien-fondé des charges retenues contre les personnes mises en cause. » 

Or, en déclarant qu’il estime qu’il y aurait un “côté superflu d’engager un procès” et qu’il “pense qu’il a compris la leçon”, ne se prend-il pas les pieds dans le tapis de l’appréciation des faits qu’il relate ? 

On doit poser la question. Cette justice, souvent prompte à punir sévèrement un gendarme ou un policier qui contreviendrait au respect du secret de l’enquête, s’exonère de la simple dignité de la vie privée. Les journalistes et les proches du chanteur s’en sont largement émus dans la presse. Le plus cocasse, c’est qu’en agissant de la sorte, le procureur a coupé l’herbe sous le pied des tabloïds friands de potins mondains. La profession est verte de rage à l’idée que tout ce qui pouvait faire vendre leur journal à scandale, a été éventé par celui qui est le garant du secret de l’enquête. 

Le classement sans suite de cette affaire, qui aurait pu être dramatique pour le chanteur, sonne le glas de la représentation inédite et extravagante d’un magistrat qui vient de faire un grand pas vers une mutation au parquet de Clochemerle-en-Beaujolais.

JFC

crédit photo : © claude piscitelli Kendji Girac Rockhal – Belval