Jean Ceynom, (pseudonyme), officier de Gendarmerie d’active, nous a adressé une nouvelle tribune au sujet de la lutte contre la délinquance.
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Avec les bilans annuels sur la délinquance et la nomination du nouveau ministre de l’Intérieur, les Préfets, accompagnés des Directeurs interdépartementaux de la Police nationale (DIPN) et des Commandants de Groupement de Gendarmerie Départementale (CGGD), communiquent sur de prétendues nouvelles stratégies de lutte contre l’insécurité.
Sous couvert du plan d’action départemental de restauration de la sécurité du quotidien, ces annonces ne sont, en réalité, qu’une reformulation de dispositifs déjà existants, laissant l’impression à la population que les choses (enfin) vont changer.
Les priorités restent inchangées (heureusement): lutte contre les stupéfiants, violences intrafamiliales, atteintes aux biens, prévention des accidents… Seule la sémantique évolue, donnant l’illusion d’un renouveau alors que les actions concrètes restent les mêmes. Continuons donc à faire ce que nous faisons déjà avec, la spécificité assumée, d’un retour “aux résultats”.
Nos modes d’action s’adaptent et se renouvellent dès que nécessaire, mais ils ne produisent pas d’évolution significative. Les opérations “coup de poing”, le renforcement de la prévention… ces approches sont déjà mises en œuvre. Pourtant, sans une évolution législative profonde, notre capacité d’action restera limitée face à une adversité croissante.
Une présence accrue des forces de sécurité ne suffit pas à éradiquer la délinquance, tout comme l’augmentation du nombre de médecins ne suffit pas à faire reculer les maladies. Ce qui importe, c’est un traitement de fond. Nous évoluons dans une société qui cherche à tout contrôler, tout maitriser, mais il faut accepter une réalité : l’être humain, avec ses complexités et ses contradictions, n’est pas forcément en mesure de tout comprendre ou, en tout cas, capable de se remettre en cause. Nous ne vivons pas tous dans la même réalité, il y aura toujours des individus mal intentionnés, et tout parent n’a pas nécessairement la capacité ou les valeurs nécessaires pour transmettre une éducation conforme aux principes républicains.
La vraie solution est une guerre du temps, elle passe par l’éducation, le renforcement de l’autorité parentale et la transmission de valeurs essentielles ; l’esprit de corps, le sens du service, de l’autre, le dépassement de soi, la fierté d’appartenance… Trop souvent un schéma simple, mais redoutable est constaté : carences éducatives, oisiveté, errance = délinquance.
De même, pour ceux qui ont déjà franchi la limite légale, une incarcération plus utile pourrait être envisagée : rémunérer les détenus pour des travaux d’intérêt général sous surveillance offrirait une alternative constructive. Cela leur permettrait de réparer leurs erreurs, d’être utiles, de retrouver une dignité et, peut-être, de découvrir un savoir-faire ou une vocation.
Ensemble, dans l’espérance, œuvrons pour une société plus ferme, plus cohérente et surtout plus juste.

