La 7ème chambre du Tribunal Administratif de Lyon a rendu une décision pour le moins déconcertante le 19 mars 2025.
Sur le même sujet :La Sainte-Geneviève de la Gendarmerie de l’Ardèche “annulée” par le tribunal administratif au nom du principe de laïcité
A la suite d’une requête de la Fédération ardéchoise et drômoise de Libre Pensée il est demandé au tribunal d’annuler la décision par laquelle le colonel commandant le groupement de gendarmerie de l’Ardèche a organisé, le 30 novembre 2022, à Privas, une journée de célébration de la Sainte-Geneviève, comportant notamment un office religieux auquel ont assisté les militaires, en tenue et sur le temps de service et de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Quand j’ai pris connaissance de ce document, j’ai été agité par un fou-rire irrépressible. La ficelle était bien grosse et on imaginait mal l’objectif poursuivi par une association dont la renommée n’a pas dépassé le pâté de maisons de son siège social. Mais en poursuivant la lecture, j’ai vite compris que nous étions face à une tentative d’effraction de la célébration de la patronne des gendarmes, par pure idéologie.
Sainte patronne de Paris et depuis 1962 de la Gendarmerie !
D’après la tradition, au moment du siège de Paris en 451, Geneviève, alors âgée de 28 ans, fait preuve d’un courage et d’une détermination remarquables. Elle parvient à persuader les habitants de ne pas céder leur cité face à l’avancée des Huns, les exhortant à résister avec force et unité.
Chaque année, le 26 novembre, les gendarmes français célèbrent sainte Geneviève, leur sainte patronne, à travers des événements tels qu’un “pot de l’amitié”, réunissant préfets, élus et magistrats. En 2016, Richard Lizurey, alors directeur général de la Gendarmerie nationale, a marqué cette célébration en accordant un jour de repos exceptionnel aux gendarmes en son honneur.
Quelle mouche a donc piqué cette association, qui regroupe des anarchistes et des radicaux, de vouloir faire annuler une note de service d’un commandant de groupement de la gendarmerie ? La réponse est à chercher dans l’objet de ses statuts qui fixent comme cap de défendre la laïcité et notamment la Loi de 1905. Ces quelques faits d’armes tournent toujours autour de la séparation du culte religieux et des services publics. Le fait religieux pour ces matamores de la libre pensée est même devenu un cheval de bataille dont ses militants se vantent. Leur crédibilité en prend un coup lorsque l’on examine les plaintes qu’ils déposent devant les juridictions. Cette fédération s’est opposée à l’érection de la statue de Saint-Michel à l’île en Ré mais parallèlement, elle salue la décision rendue par le tribunal administratif de Dijon, qui a condamné les pratiques discriminatoires des cantines de Chalon-sur-Saône, refusant de proposer des repas de substitution au porc. Pour eux, il semble qu’interdire la pratique de l’islam en ne proposant pas de repas de substitution à l’intérieur des écoles constitue une ségrégation quand présenter une crèche dans une mairie est une atteinte grave à la laïcité. On a bien compris le but de leur lutte dogmatique. Elle s’oppose à l’érection sur le domaine public de statues de saints ou de croix, tout en soutenant le droit à exhiber un foulard islamique, pourtant significatif d’une pratique religieuse.
La fédération de la libre pensée démontre, s’il était encore besoin, que les combats que ses militants mènent au prétexte de faire respecter la Loi de 1905, qu’elle choisit ses batailles. En attaquant une note de service d’un commandant de groupement de gendarmerie et surtout en obtenant deux ans et demi plus tard, une décision favorable, elle ouvre une brèche dans la jurisprudence administrative. Quelle sera désormais la position des chefs concernant la célébration de leur sainte patronne ? Et dans la mesure où on interdit tout fait religieux dans l’exercice d’une profession, vont-ils se constituer contre la présence d’Aumoniers militaires au sein des armées ?
Ils ont fixé les limites de la libre pensée. Elle doit servir leur idéologie et pour les traditions dans la Gendarmerie, ils prohibent le droit d’opinion. Ils auraient tort de se priver de ces luttes ciblées sur une seule religion, les juges leur donnent raison !
En attendant Sainte Geneviève, femme de caractère et dévouée à la cause des plus faibles, doit se retourner dans son tombeau. La libre pensée porte bien mal son nom !

