Sélection des hauts dirigeants de la Gendarmerie : les réponses de la Direction des ressources humaines

0
Postillon et Képi Gendarmerie (Illustration LVDG)

À la suite de la tribune de l’officier Jean Ceynom sur la sélection des hauts dirigeants de l’Arme, la Direction générale a souhaité s’exprimer. Le général de division Christophe Dubuis, directeur adjoint des ressources humaines de la Gendarmerie répond à plusieurs questions relatives à ce sujet.

Sur le même sujet : Sélection des futurs hauts dirigeants de la Gendarmerie : une tribune d’un officier

La réforme actuelle de l’EMS semble vouloir concilier deux profils : les chefs opérationnels et les cadres dirigeants. Ne s’agit-il pas d’un paradoxe ?

Il n’y a là nul paradoxe. Il y a plutôt une exigence forte, à la hauteur des enjeux auxquels la Gendarmerie est confrontée aujourd’hui et sera confrontée demain. L’institution cherche à former à la fois des chefs opérationnels aguerris (pour mener par exemple des opérations d’ampleur, d’ordre public ou contre la criminalité organisée) et des futurs cadres dirigeants (capables de travailler avec des partenaires publics et privés de haut niveau). Le parcours de l’officier breveté doit lui permettre de révéler et de développer les savoir-être et savoir-faire nécessaires à la conciliation de ces deux facettes d’un officier dit “à haut potentiel”.

Cette réforme se limite t’elle uniquement à une refonte du concours de l’EMS2 ?

La réforme dépasse largement la seule modification des critères de sélection et de la nature des épreuves du concours de l’EMS2. Elle agit sur les trois leviers fondamentaux qui façonnent un officier : la sélection, la formation et le parcours.

Revenons justement à la sélection. Quels sont les critères pour candidater et quelles sont les grandes nouveautés du concours EMS2 ?


Les critères sont précisément définis. Pour se présenter au concours de l’EMS2, il faut être titulaire du diplôme de l’enseignement militaire supérieur du premier degré (EMS 1). Le concours est ouvert aux officiers ayant au moins deux ans de grade de capitaine au 31 décembre de l’année du concours, et âgés de moins de 45 ans. Les candidats devront également justifier d’un Profil Linguistique Standardisé (PLS) de 3333, équivalant à un score minimal de 785 au TOEIC.
La sélection se déroule désormais en deux phases : l’admissibilité et l’admission. La phase d’admissibilité reposera sur trois épreuves écrites : tactique générale, synthèse d’un dossier professionnel et droit administratif / libertés publiques. L’admission, quant à elle,  reposera sur deux épreuves orales (grand oral et interrogation métier) ainsi que des épreuves sportives. Le candidat sera ainsi évalué sous plusieurs angles, tous nécessaires à sa pleine réussite dans ses responsabilités futures.

Une école de guerre spécifique à la Gendarmerie est aussi évoquée. De quoi s’agit-il ?

L’actuel Cours Supérieur d’Enseignement Militaire de la Gendarmerie (CSEMG) va évoluer. Recentré sur la tactique de niveau TC3, il viendra évaluer les compétences enseignées en la matière afin de s’assurer que tout officier breveté réponde au niveau d’exigence attendu. L’accès à ce parcours structurant sera conditionné par la validation préalable d’un TC2 (ou TR2 pour les OCTA), ce qui garantit que les officiers engagés dans ce parcours auront déjà acquis une expérience significative de commandement et des responsabilités.

Comment les parcours des officiers seront-ils suivis et valorisés dans ce dispositif ?

Avant l’accès au TC3, une commission d’orientation analysera l’ensemble du parcours, les évaluations et les réalisations de chaque officier. Cette forme de sélection “multi-champs », étagée et espacée dans le temps, ira bien au-delà d’un concours unique. Elle permettra à la Gendarmerie d’identifier et de retenir les profils les plus aptes à se voir confier les commandements et les responsabilités les plus importantes.

Ce système ne risque-t-il pas d’exacerber certaines rivalités entre officiers de différents recrutements ?

C’est précisément ce type de travers qu’il faut éviter. Opposer les diverses origines de recrutement porte directement atteinte à la notion de corps et détourne l’attention des vrais enjeux stratégiques. Ce qui compte, c’est de construire et de sélectionner les meilleurs officiers possibles, quelles que soient leur origine de recrutement, pour le succès de la mission. La réforme est uniquement une réponse à une exigence de qualité, elle n’est certainement pas un prétexte pour alimenter des rivalités internes.

Parlons maintenant d’une compétence clé : la langue anglaise. Pourquoi est-elle devenue un incontournable pour un officier breveté ?


Il convient en effet de réaffirmer l’importance de la maîtrise de la langue anglaise pour un officier breveté. Qu’il s’agisse du suivi de scolarités exigeantes à l’École de Guerre, dans des écoles de guerre étrangères ou dans les grandes écoles, de la conduite de négociations internationales, de la participation à des états-majors de OTAN, d’affectations à l’étranger, de déploiements en opérations extérieures (OPEX) ou encore de l’accueil de délégations étrangères, la langue anglaise s’impose comme un outil incontournable. Il est indéniable qu’un officier breveté sera, à un moment ou à un autre de son parcours, confronté à l’une de ces situations. Averti de l’exigence de cette compétence, il aura le temps de s’y préparer. À titre de comparaison, le seuil de 785 au TOEIC constitue également une exigence standard pour les diplômés des grandes écoles.

En résumé, que représente cette réforme pour la Gendarmerie nationale ?

Cette réforme, qui sera mise en place progressivement entre 2025 et 2027 correspond incontestablement au choix d’une exigence accrue. Choisir celles et ceux qui demain commanderont et seront les cadres dirigeants de la Gendarmerie nationale justifie la construction d’un parcours sélectif et du meilleur niveau, indispensable pour affronter les défis sécuritaires de demain.

Publicité