D’engagé volontaire à général : le magnifique itinéraire de Richard Caminade, grande figure du maintien de l’ordre

Le général de Gendarmerie Richard Caminade, grande figure du maintien de l’ordre, commandant des opérations à Notre-Dame-des-Landes, pose le képi au terme d’un parcours militaire de 39 années débuté comme 2ème classe dans l’infanterie. Il a fait ses adieux aux armes au fort de Charenton de Maisons-Alfort où il commandait le groupement II/1 de Gendarmerie mobile tout en étant conseiller Gendarmerie mobile du Directeur général. Retour sur le parcours hors norme de ce fils d’agriculteur qui “même dans ses rêves les plus fous, n’aurait pas imaginé terminer général”.

La famille des “moblos” n’aurait manqué cette cérémonie pour rien au monde, tant Richard Caminade l’incarnait avec passion depuis de nombreuses années. Au mois de mai dernier, il assurait encore le commandement du groupement tactique Gendarmerie (GTG) en Guyane.

Entouré de ses nombreux camarades et amis, dont son ancien chef à Mont-de-Marsan et au CNEFG de Saint-Astier, le général de division (2S) Bertrand Cavallier, cet officier très estimé dans l’institution pour ses qualités professionnelles et humaines, a posé le képi pour de bon et rejoint la deuxième section.

Dans l’ordre du jour, le général de corps d’armée Xavier Ducept, commandant la région Île-de-France, a retracé sa carrière.

Richard Caminade a, au cours de ces 39 années de service, alternant les temps de commandement dans des unités opérationnelles et en écoles, rendu à la France des services éminents, avec un dévouement total à son institution.”

Général Xavier Ducept

 “Animé d’une haute idée de sa mission, il s’est distingué par son engagement total, par son sens éprouvé du commandement et par sa grande connaissance de l’institution, le général Richard Caminade aura laissé sa marque tout au long de son riche parcours : chef opérationnel reconnu, expert de haut niveau dans le domaine de l’ordre public et du maintien de l’ordre, officier animé d’un sens élevé du devoir, chef éclairé et bienveillant” a encore déclaré le général Ducept.

De Garde républicain à général

Fils d’agriculteur du Lot-et-Garonne, frère d’un militaire de l’armée de l’air, Richard Caminade effectue d’abord son service national au 57 ème régiment d’infanterie de Souges qu’il achève comme sergent. Il s’y engage ensuite pendant un an comme caporal-chef en attendant son intégration en 1983 à l’école de Châtellerault après la réussite au concours de sous-officier de Gendarmerie.

À sa sortie de Chatellerault, il est affecté en 1984 au 2ème régiment d’infanterie la Garde républicaine. Bachelier, en recherche de responsabilités, il tente le concours d’officier, le réussit, et intègre l’EOGN en 1988.

Le lieutenant Richard Caminade débute son parcours d’officier comme commandant de peloton à l’escadron 21/2 de Mont-de-Marsan. Il assure même les fonctions de commandant d’escadron par intérim pendant huit mois. “Cela a été un grand privilège et reste l’un des meilleurs souvenirs de ma carrière, et une sacrée expérience, à l’époque nous n’avions pas les portables pour communiquer” se souvient celui qui allait faire du maintien de l’ordre le fil rouge de son parcours.

Sa réussite dans cette première expérience de chef le conduit à prendre la tête en 1994 du groupe de pelotons mobiles (GMP), – l’ancêtre de l’antenne GIGN- à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Trois ans plus tard, il rejoint l’Alsace pour prendre le commandement de la compagnie de Sélestat, sa première affectation en Gendarmerie départementale. Puis, il est choisi pour enseigner le maintien de l’ordre à l’EOGN et enchaîne en 2003 comme chef de la division maintien de l’ordre au Centre National d’Entraînement des Forces de Gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier, alors commandé par le colonel Cavallier. En 2011, il retrouve la Guadeloupe comme commandant en second dans un contexte sensible de tensions sociales. En 2014, son expertise en maintien de l’ordre lui vaut d’être nommé officier de liaison au cabinet du directeur général de la Police nationale à Paris, représentant la Gendarmerie auprès de l’unité de coordination des forces mobiles (UCFM). Puis, il rejoint en 2018 comme chargé de projets la direction des opérations et de l’emploi, et, conseiller pour la gendarmerie mobile auprès du directeur général, il est en particulier chargé de suivre l’activité des unités sur le plan opérationnel et capacitaire. C’est à ce titre qu’il prépare l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, opération particulièrement sensible qu’il pilote de main de maître.

Le 1er janvier 2019, alors qu’il n’est pas -par choix- breveté de l’École de guerre, il est promu général de brigade, ce qui est exceptionnel. Il prend le commandement du très gros groupement II/1 de gendarmerie mobile de Maisons-Alfort tout en continuant d’exercer les fonctions de conseiller du DGGN pour la gendarmerie mobile. Au cours de ces trois dernières années, entre deux séjours de trois mois comme GTG à la Réunion, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et tout dernièrement en Guyane, il organise fin 2021 l’exposition consacrée au centenaire de la Gendarmerie mobile au fort de Vincennes tout en impulsant d’importants chantiers de réhabilitation des casernes du groupement.

Officier de la Légion d’honneur et de l’ordre national du mérite, il est titulaire de la Médaille de la Gendarmerie et de nombreuses autres décorations.

Un fils Gendarme

À l’heure de se retourner sur son parcours, Richard Caminade, qui a transmis le virus de la Gendarmerie à son fils, peut être fier. Pétri de valeurs d’engagement et d’amitié qu’on retrouve aussi dans le rugby dont il est un passionné, cet homme modeste parti du bas de l’échelle “n’aurait jamais pensé, même dans ses rêves les plus fous, terminer général”. “Il y a une part d’investissement personnel, mais aussi de la chance, et des bonnes rencontres” analyse celui pour lequel l’opération de Notre-Dame-des-Landes a été “l’apothéose”. Concernant la Gendarmerie mobile dont il était l’incarnation il y a encore quelques jours, il ne cache pas une certaine inquiétude.

Les engagements sont de plus en plus intenses, et nous devons nous préoccuper du volume et de la qualité des effectifs or nous avons majoritairement des jeunes qui ne pensent qu’à leur temps libre, je pense qu’il faut davantage leur expliquer à l’école à quoi ils doivent d’attendre, car nous avons beaucoup de départs” analyse Richard Caminade qui estime indispensable de rendre la gendarmerie mobile plus attractive. “Il faut fidéliser nos gars, ça passe notamment par redonner de l’intérêt au pelotons d’intervention et y mettre les plus rustiques et les plus affûtés”.

D.C

L’hommage du général (2s) Bertrand Cavallier à son ami Richard Caminade

Je rencontrai pour la première fois Richard Caminade alors qu’il était élève-officier à l’EOGN et que mon frère Philippe était un de ses camarades de promotion. J’avais d’emblée apprécié sa personnalité franche, tonique, rayonnante. Cependant, je ne me doutais pas alors que nos parcours de carrière allaient se croiser à plusieurs reprises, et dans un engagement marqué en particulier par notre passion commune pour la gendarmerie mobile.

Bertrand Cavallier, Richard Caminade et Hervé Masssiot : un trio de “moblos” unis par une camaraderie et un amour de la GM inoxydables (Photo Yvan Lastes)

Il fait partie de mes lieutenants lorsque je commande le groupement de gendarmerie mobile  II/2 de Mont-de-Marsan. Son charisme, son énergie inépuisable, sa condition physique exceptionnelle, son autorité naturelle, car il fait partie de ceux qui sont destinés à diriger, guider, mener, sans évoquer bien sûr ses hautes compétences techniques et tactiques, en font d’ores et déjà un officier hors normes.

En septembre 1995, je le retrouve à la tête du groupe de pelotons mobiles (GPM) de Guadeloupe, alors que je suis déployé sous l’urgence comme GOMO avec quatre EGM sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy, frappées par le cyclone Luis. Son unité est déjà engagée pour rétablir la sécurité. 

Ce sont des moments épiques qui voient des centaines de “moblos” débarquer à l’aéroport Princess Juliana puis gagner la partie française entassés avec leurs paquetage et leur armement (dont des AA-52)  dans des petits Jimmy Suzuki blancs réquisitionnés dans une manoeuvre orchestrée par Richard Caminade. Je l’intègre dans mon état-major de circonstance comme chef ops, chargé des rédiger les ordres opérationnels. Il en sourit encore. Pour info, la partie logistique est confiée au lieutenant François Rougier, aujourd’hui colonel, OAC en Corse, qui doit partir de zéro, car il n’y a aucun soutien. 

Richard Caminade, Hervé Massiot et Bertrand Cavallier en 2006 aux Invalides en mission observateurs lors des maifestations anti CPE (Photo DR)

En 2003, alors commandant du CNEFG, de  nombreuses relèves de cadres sont prévues -dont celle d’Ivan Noailles- ainsi qu’une augmentation des effectifs. Je me rends à l’EOGN pour débaucher le chef d’escadron Caminade, ainsi que son camarade Philippe Thiriot, en charge de l’enseignement du MO. Ils acceptent ce nouveau défi. Philippe Cholous est également de l’aventure. Ils vont rejoindre la direction de l’instruction alors commandée par Jean-François Ardouin, et au sein de laquelle Hervé Massiot sert depuis 2002. Des noms plus que parlants pour la GM.

De 2003 à 2007, Richard Caminade  va donc assumer les fonctions de chef de la division MO, devenue aujourd’hui département RO. En quatre ans, au rythme de quatre escadrons toutes les deux semaines – sachant que les unités sont recyclées tous les deux ans-et-demi -, c’est toute la gendarmerie mobile qui va connaître les stages marqués par sa pédagogie inimitable mais Ô combien efficace pour conforter la mutation indispensable de cette subdivision d’arme. Le style est direct, certains diront virils, les choses sont dites clairement et de façon ajustée. Lorsque la manoeuvre n’est pas assez dynamique, la voix porte, avec son accent du Lot-et-Garonne, depuis la tour de direction d’exercice jusqu’aux confins de la ville d’exercice pour stimuler, revigorer. Animé par une haute idée de la Gendarmerie, partageant la même idée de la militarité, il est un collaborateur qui, par loyauté, sait exprimer ses désaccords, mais est d’une discipline intellectuelle sans faille. Richard Caminade, c’est aussi le camarade généreux, et à l’humour jaillissant. Richard Caminade est bien un des piliers de la maison de la GM.

Dans le creuset de cette époque intense, se nouent des relations marquées par une grande complicité, une estime réciproque, une vraie fidélité. 

Bien évidemment, j’ai suivi Richard Caminade dans son remarquable parcours qui de Mont-Saint-Aignan le conduira à Maison-Alfort. Au-delà de ses engagements opérationnels unanimement reconnus, je lui rends hommage pour son rôle de défenseur indéfectible de la gendarmerie mobile.

Un voeu que doivent entendre les nouveaux grands chefs de notre dite Institution. Que la Gendarmerie soit de façon systémique et culturelle encore capable de générer des Richard Caminade !

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