Mort de Robert Douteau, le Gendarme ayant témoigné sur sa rencontre avec Jean Cousteix, fondateur de l’UNPRG

0
215
Jean Cousteix (au milieu) (Photo UNPRG)

Robert Douteau vient de s’éteindre à l’âge de 93 ans à Villers-Semeuse (08). Ce retraité de la Gendarmerie, est, à notre connaissance, le dernier Gendarme à avoir rencontré l’adjudant-chef Jean Cousteix, fondateur de l’UNPRG. Il en a gardé un souvenir très précis et a témoigné pour l’UNPRG de cette rencontre qui l’a marqué. Et pour cause..

Robert Douteau (Photo UNPRG)

Ancien d’Indochine, il a terminé sa carrière comme major. Il était médaillé militaire, et chevalier de l’ordre national du Mérite et ancien combattant.

Sur le même thème : Cousteix, nous revoilà!

Avec son autorisation qu’il a accordée à Jean-Pierre Virolet, le premier président national adjoint, La Voix du Gendarme publie ce témoignage émouvant qui en dit long sur Jean Cousteix. dont les membres de l’UNPRG sont les héritiers aujourd’hui.

Ses obsèques seront célébrées le jeudi 24 octobre 2019 à 10h00 en la Basilique Notre Dame de Charleville-Mézières.

Jean-Pierre Virolet, président de l’UNPRG-UD08 se rendra à la cérémonie accompagné du secrétaire général et porte-drapeau (porte-drapeau).

Une délégation et le porte-drapeau des médaillés Militaires seront également présents à cette cérémonie.

En 1948, Jean Cousteix s’indigne des conditions de logement des mobiles

Les faits remontent à 1948. Sortant du stage d’élèves gendarmes de Pamiers dans l’Ariège, je venais d’être affecté depuis quelques semaines à un Escadron de la Garde Républicaine en formation en Charente-Maritime. Cet escadron est aujourd’hui dissous.

En tant qu’unité en formation, nous étions, en principe exempts de déplacements pendant six mois pour nous donner le temps de réaliser nos dotations en matériel. A l’automne 1948 des grèves à caractère insurrectionnel éclatent dans tous les charbonnages de France. Le ministre de l’Intérieur de l’époque utilisa même pour les réprimer, les half-track de la Gendarmerie des FFA appelés en renfort. Il en fut vite fait de notre indisponibilité et l’on nous dirigea par chemin de fer, avec le matériel que nous avions, vers le bassin minier du Tarn.

Le voyage ne se déroula pas sans encombre, puisque la locomotive du train qui nous précédait avec un autre escadron fut décrochée par les grévistes dans une petite gare de campagne à quelques kilomètres d’Albi. Ceci nous obligea, pour pouvoir débarquer notre matériel à improviser un quai de fortune, avec des traverses de chemin de fer que nous dûmes porter à dos d’homme.

Cette opération terminée nous avons rejoint par la route le cantonnement qui nous était affecté à Cagnac-les-Mines. Là, grande surprise ! En fait de cantonnement, nous disposons d’une salle de cinéma appartenant à la Mine, dont les sièges ont été retirés et pour couchage, une belle couche de paille d’une bonne vingtaine de centimètres d’épaisseur.

Imaginez un escadron de gardes en, tenue de maintien de l’ordre, vareuse noire, culotte de cheval et leggins, avec armes et bagages piétinant une couche de paille dans un cinéma.  Chaque matin il fallait “regonfler” la paille, tracer des allées au balai pour pouvoir circuler sans soulever trop de poussière. Enfin, il fallait bien s’en accommoder !

Un soir, au retour d’un service de maintien de l’ordre, suite à une manifestation à Albi, notre commandant d’escadron nous informe qu’un représentant d’une importante association nationale de retraités de la Gendarmerie, en visite dans les escadrons déplacés dans la région nous attend au cantonnement.

Il s’agit de Monsieur Jean Cousteix, en personne, président et fondateur de l’Union Nationale des Personnels Retraités de la Gendarmerie et de la Garde (UNPRGG)… C’était l’appellation de l’époque.

Après qu’il eut effectué une visite rapide de notre cantonnement, en compagnie du capitaine, nous nous sommes rassemblés dans une cantine de la Mine qui nous servait de réfectoire.

Au cours d’une allocution véhémente, le président Cousteix s’indigne de nos conditions de logement. Il nous déclare qu’il existe dans les intendances militaires des stocks de lits pliants provenant des surplus américains.

Rentrant le lendemain à Paris, il nous promet d’intervenir auprès de la Direction de la Gendarmerie pour qu’elle fasse l’acquisition de ces lits.

Il faut croire qu’il fut convainquant, car quelques semaines après son passage nous percevions auprès du service matériel de notre légion à Limoges une centaine de lits pliants et les matelas de crins correspondants.

Entre temps nous avions été dotés d’enveloppes de toile pour y insérer notre paille et en faire des paillasses.

Ce fut là mon premier contact avec l’UNPRG dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Depuis cette date, dans ma longue carrière de garde, puis de gendarme mobile (nouvelle appellation à partir de 1954), j’ai toujours eu une pensée respectueuse pour le Président Cousteix, en dépliant mon lit de camp lors de mes nombreux déplacements.

Robert Douteau