Pourquoi la Gendarmerie doit renouveler ses blindés ? les explications de Bertrand Cavallier

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Le général (2s) Bertrand Cavallier avec les gendarmes du groupement II/1 de Maisons-Alfort devant l'arc de Triomphe pendant la crise des Gilets Jaunes (Photo Lt-col Christian Gojard)

Les blindés de la Gendarmerie, les VBRG, pourraient être renouvelés à la faveur du plan de relance de l’économie d’après crise sanitaire. Deux députés qui estiment inadapté le rétrofitage des vieux “VB” préconisent l’acquisition de blindés neufs. Pour le général de division (2S) Bertrand Cavallier, référent sur le sujet du maintien de l’ordre et ancien chef historique du CNEFG de Saint-Astier, les défis que doivent relever la République rendent impératifs le renouvellement de la capacité blindée de la Gendarmerie. Entretien exclusif.

Sur le même thème : Quelles sont les techniques d’interpellation des Gendarmes? les explications du général Bertrand Cavallier, ancien chef de Saint-Astier

La Voix du Gendarme : Les députés Benjamin Griveaux (LREM) et Jean-Louis Thiériot (LR) concluent dans un rapport que l’opération de rétrofit des VBRG “s’est avérée coûteuse et infructueuse” et préconisent l’acquisition de 89 blindés neuf chez Arquus pour un montant de 65 millions d’euros. Votre avis?

Bertrand Cavallier : selon les informations que je détiens, cette opération de rétrofit des VBRG s’est effectivement avérée coûteuse. De plus les engins livrés auraient révélé de nombreux problèmes. Je pense compte tenu des enjeux qu’il faut privilégier une option plus cohérente et donc abandonner cette idée de prolonger la vie d’engins conçus, il faut le rappeler, il y a cinquante ans, et dont un exemplaire pourrait cependant être conservé au musée de la Gendarmerie.

Le bon sens plaide pour se doter d’une flotte homogène, constituée de véhicules récents ayant fait leur preuve, disposant notamment des derniers niveaux de protection balistique, d’une capacité d’emport d’un groupe de huit hommes, et d’une ergonomie adaptée à la taille des Gendarmes d’aujourd’hui et à leur équipement.

Le montant de 65 millions évoqué par les parlementaires est acceptable si l’on raisonne en termes d’équipements devant durer deux générations. La nation a besoin de cet investissement. 

LVDG :dans le contexte actuel , la Gendarmerie peut elle se passer de blindés?

B.C : la Gendarmerie tient une place particulière dans le dispositif de défense et de sécurité. C’est une force armée – soit la quatrième armée- à vocation principale de sécurité intérieure. Son organisation et sa culture militaire lui permettent d’agir sur l’ensemble du continuum paix-crise-guerre.

Le VBRG au musée de la Gendarmerie…

Sa robustesse alliée à sa grande maîtrise de la force conditionnée par sa discipline militaire, constituent des atouts déterminants pour en toutes circonstances permettre au politique d’apporter une réponse bien ajustée à la situation, tout en retardant au maximum l’engagement des armées, lesquelles constituent l’ultima ratio.

Pour assurer ce rôle spécifique et si essentiel, la Gendarmerie dispose notamment d’une capacité blindée mais qui depuis des années, faute d’investissement mais aussi du fait d’un tropisme trop exclusif pour la sécurité dite du quotidien, est aujourd’hui à la fois obsolète et sous-dimensionnée. Cette situation est cependant aujourd’hui considérée comme préoccupante au plus haut niveau

Car, notre pays est fragilisé. Des zones entières sont  de fait en voie de séparatisme. La délinquance mute en gangs de type américain. Par ailleurs, le modèle économique actuel a atteint ses limites. Des troubles sociaux importants sont hautement prévisibles qui pourraient encore menacer les centres de gravité gouvernementaux comme ce fut le cas en 2019. Sans évoquer la situation en outre-mer où la Gendarmerie fait face, dans certaines zones, à une violence endémique.

Les manoeuvres conduites devront donc pouvoir intégrer en tant que de besoin et toujours de façon graduée l’ensemble des moyens nécessaires dont des véhicules blindés. De façon à pouvoir transporter des personnels en sécurité, tenir des points clés tout en couvrant de vastes espaces, dégager des obstacles sur la voie publique, appuyer si nécessaire la progression d’éléments à pied….

Le lieutenant-colonel Christian Gojard chef d’état-major du groupement II/1 de Maisons-Alfort le 8 décembre 2018 à Paris (Photo MDL Florent Garcia:Sirpa Gendarmerie)

Les défis que doivent relever la République rendent donc impératifs le renouvellement de la capacité blindée de la Gendarmerie. 

J’ajoute qu’à l’instar de la flotte d’hélicoptères de la Gendarmerie, cette capacité blindée qui s’appuie sur une véritable culture, un véritable métier, très ancrés, principalement au sein du Groupement blindé de la gendarmerie mobile (GBGM) doit être entendue comme celle du ministère de l’Intérieur.

LVDG :le chiffre de 89 vous parait-il adapté aux nouvelles menaces et à la situation explosive à Mayotte et dans une moindre mesure en Guyane ? 

B.C : le chiffre de 89 constitue un minimum. S’agissant du territoire métropolitain, il faut prendre en compte à minima le scénario de deux engagements opérationnels majeurs. Et bien entendu, la situation particulière de certaines zones dans les départements et collectivités d’outre-mer. Mais également la possibilité d’un engagement en opérations extérieures aux côtés de nos camarades des armées ou sous bannière européenne ou onusienne avec d’autres forces de type Gendarmerie.

LVDG : devant les sénateurs, le Directeur général de la Gendarmerie a parlé du rétrofitage de VAB de l’armée de Terre qui sont utilisés outre-mer comme moyen de transport blindé des Gendarmes et non en maintien de l’ordre. 20 VAB vont être rétrocédés à la Gendarmerie. Est-ce une solution pérenne ou ne vaut-il pas mieux commander des blindés polyvalents assurant à la fois la protection des personnels et disposant de capacités de rétablissement de l’ordre ?

B.C : le général Rodriguez dont je connais l’intérêt qu’il porte à la gendarmerie mobile et à ses capacités spécifiques, eu égard à la situation de notre pays, met à profit, selon moi, une opportunité qui s’offre et qu’il convient sans doute de saisir. Les VAB même s’ils ne sont pas adaptés pour le maintien de l’ordre, permettent de transporter des personnels en sécurité, avec d’ailleurs une meilleure protection que celle qu’offrent les VBRG. Pour autant, chacun est conscient qu’il ne peut s’agir aucunement d’une solution pérenne.

LVDG :le Sherpa avec son moteur à l’avant vous parait il adapté à la Gendarmerie ? ou faut il voir un autre modèle sur mesure?

B.C : appelé à souvent me déplacer à l’étranger, j’ai pu constater que nombre de forces étaient équipées de ce matériel sachant que la presse a relaté récemment la production par l’industriel du 1000ème véhicule de ce type.

Il présente des caractéristiques générales (poids, volume…) comparables à celles du VBRG, ce qui est très important pour s’adapter aux contraintes habituelles de la manoeuvre maintien de l’ordre. Et le positionnement du moteur ne m’apparaît pas problématique. Il dispose d’un niveau de protection bien adapté aux nouvelles menaces balistiques. Par ailleurs, il est fabriqué en France.

Concevoir un modèle sur mesure s’avérerait très onéreux et exigeait des délais qui sont non envisageables compte-tenu de l’urgence qu’il y a à remédier aux déficits capacitaires constatés

Le Sherpa est disponible sur étagère. Ce qui est très appréciable. Il équipe déjà le GIGN. C’est donc une option intéressante dans un marché qui présente égaiement d’autres concurrents produits à l’étranger.

Propos recueillis par Didier Chalumeau

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