Les anciens de la SR de Grenoble pleurent “leur” major, Marcel Cohet “un grand Gendarme”

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Marcel Cohet a aussi été président de l'UNPRG de la Drôme (Photo UNPRG)

Avec la disparition de Marcel Cohet, c’est une grande figure de la Gendarmerie nationale qui disparait. Cet homme qui semblait indestructible est décédé subitement jeudi 1er juillet devant sa maison de Parnans (Drôme), où il était né en septembre 1935.

Journalistes et écrivains aiment à qualifier de “grands flics” les personnages les plus emblématiques de la police judiciaire. Dans ces conditions, s’agissant du monde militaire, on peut dire que le disparu était un “grand Gendarme”.

Soldat appelé en Algérie, le jeune Cohet, fut grièvement blessé pendant les combats contre les rebelles, rapatrié en métropole avec la croix de la valeur militaire, deux citations… et de graves blessures dans le dos et à une main. Il prépara le concours de la Gendarmerie pendant sa convalescence.

Pionnier de la SR de Grenoble

A la sortie de l’école, il fut affecté à Saint-Hilaire-du-Touvet, sur le plateau isérois des Petites Roches. Mais il était fait pour le judiciaire. Il intégra la Brigade des recherches de Grenoble, commandée par l’adjudant Paul Brun, un chef “à l’ancienne”, exigeant avec lui d’abord, avec ses collaborateurs ensuite. Marcel était à bonne école. Il devint rapidement un élément incontournable de l’unité qui était alors mobilisé sur le dossier de la catastrophe du “5/7”, incendie du dancing de Saint-Laurent-du-Pont (Isère) qui avait provoqué la mort de 146 jeunes gens (les militaires avaient pu établir que l’origine n’était pas criminelle mais due à un système de chauffage défaillant). Avec le regretté capitaine Gérard Lardeux -que des générations de Gendarmes vénèrent toujours- Marcel Cohet participa, en 1976, à la transformation de la B.R. pour en faire la fameuse Section des recherches de la Cour d’appel de Grenoble, dont les exploits judiciaires appartiennent à l’histoire française de la criminalité et du banditisme. 

Un fichier dans la tête

A la SR, les officiers se succédaient ; le major Cohet restait. Du moins jusqu’en 1990, date obligée de départ (quelle perte pour l’Arme !). Il dirigeait et animait méthodiquement ses équipes ; formant d’excellent enquêteurs qui firent, sous sa houlette et après, de belles carrières de sous-officiers, d’officiers et même de général de corps d’armée, tel Armando de Oliveira, directeur du personnel militaire.

Le milieu grenoblois n’avait aucun  secret pour Cohet : il avait le fichier du banditisme dans la tête. Infatigable, dormant peu, opiniâtre, il ne laissait jamais tomber une affaire. Il avait su nouer des liens de confiance avec ses amis policiers et avec les magistrats qui écoutaient toujours ses observations avec intérêt. Infatigable, dormant peu, opiniâtre, il ne laissait jamais tomber une affaire. 

Légion d’honneur

D’humeur égale, discret, Marcel ne se mettait jamais en avant, laissant d’autres prendre la lumière : ce qui l’intéressait c’était le travail bien fait, pas les honneurs. Nul mieux que lui n’a pourtant mérité la Légion d’honneur et la médaille militaire.

En 1990, Marcel a regagné sa Drôme natale. Il a pris la présidence de l’UNPRG Drôme et a continué à servir Conciliateur de Justice à Romans, fonction qu’il exerçait, encore récemment à la fois avec rigueur et beaucoup d’humanité.

Il laisse une épouse, quatre filles et les Gendarmes qui se sont succédés à la SR de Grenoble pendant les “décennies Cohet”. Tous sont désormais orphelins de ce major d’exception qui entre dans la légende de la Gendarmerie nationale et qui ferait un excellent parrain d’une promotion d’élèves sous-officiers!

La Voix du Gendarme adresse à son épouse et à ses quatre filles ses condoléances attristées.

André VEYRET

Les obsèques de Marcel Cohet seront célébrées mardi 6 juillet 10 heures en l’église de Parnans (Drôme). Il sera ensuite porté en terre dans le cimetière de la commune par des anciens de la SR 38

Beaucoup de réactions

Le bonheur de travailler avec lui

Après le départ en retraite de Marcel puis, plus encore après le sien, le dévoué Michel Barruyer est resté jusqu’au dernier jour son voisin et ami le plus proche.  Il est écrasé par cette subite disparition. “Je le connais depuis l’âge de six ans ! Nous sommes du même village. Après les Commandos marine, je suis devenu Gendarme et j’ai été affecté en 1974 à la BR de Grenoble, devenue SR en 1976. C’était un bonheur de travailler avec Marcel ! Il était  notre père à tous. Il pouvait nous demander n’importe quoi. Nous étions une équipe formidable, la plus belle unité de toute la Gendarmerie nationale !”. “Barru ” est d’ailleurs resté simple Gendarme pour ne pas la quitter… 

Une école d’excellence

Avec Cohet, l’unité, qui avait beaucoup recruté pour passer de BR à SR, fut une école d’excellence. Georges Martin, fut son binôme à son arrivée à la S.R. Il n’a jamais oublié “ce grand homme professionnel humble , passionné et infatigable qui  faisait partager son expérience et prenait en charge les “nouveaux” pour leur prodiguer ses conseils avisés. Respect pour cette grande figure. Il a été mon mentor. J’ai, au long de mon parcours, appliqué ses conseils”. 

Un as du judiciaire

Gilles Corberand a été l’un de ses jeunes et brillantes élèves : “Quand j’ai intégré la SR 38 en 1981, se souvient-il, nous étions encore dans l’époque de la lutte contre le proxénétisme.  Je découvre en Marcel Cohet, l’adjoint du capitaine Gérard Lardeux, un chef remarquable, meneur d’hommes, qui sait faire confiance et en qui on a confiance.  Il bénéficie aussi de celle des magistrats les plus impliqués, comme Paul Weisbuch, Thierry Malleret, Marie-Claude Massonat, toujours à l’écoute de ses observations. D’humeur égale, simple, discret, il est notre  modèle, notre mentor. Il mène les enquêtes avec tact et opiniâtreté. C’est un as du judiciaire. C’est l’époque des “Brigades rouges” de Grenoble, des “Filles de Grenoble”, de l’affaire Sirou, du garde-chasse de Crémieu, du téléphérique de Vaujany, du démantèlement du “milieu” grenoblois, de ses règlements de comptes”. 

Respecté

Paul Weisbuch, le magistrat qui restera dans l’histoire judiciaire celui qui démantela le “Milieu” grenoblois en appui de la SR de Grenoble partage la peine des Gendarmes.

Monsieur Cohet était un exemple de ce que la Gendarmerie peut proposer dans le domaine de l’excellence. Pour nous, juges, il fut un modèle d’efficacité, de rigueur et d’humanité. Il avait notre pleine confiance. Il était respectueux et nous le respections. Avec ses subordonnés, il obtenait tout par son charisme. Il était le ciment qui les rassemblait. Nous, magistrats, participions de bons cœur aux fêtes de la SR, initiées par le capitaine Lardeux , qui rassemblaient les Gendarmes et les épouses. Nous en gardons des souvenirs très forts. Nous étions fiers de faire partie de cette grande et belle famille le temps d’une soirée-spectacle  qui se prolongeait d’ailleurs loin dans la nuit”

Président de l’UNPRG 26

Jean-Jacques Tamboise, président de l’UD26 de l’UNPRG a succédé en 2015 à Marcel Cohet comme président de l’Union Départementale 26. “Il m’a passé le relais après avoir dirigé pendant dix ans une Union forte de plus de 300 adhérents. Gendarme jusqu’au plus profond de son être, restant fidèle et dévoué à notre association, il en était toujours  vice-président et le président de l’amicale de la Drôme des Collines et du Vercors. Nous avions communiqué la veille de son décès à propos d’une réunion de l’UD26 qui devait avoir lieu à Livron jeudi prochain, 8 juillet. Infatigable, dormant peu, il avait réduit ses activités extérieures pour s’occuper davantage de la santé de son épouse. Le jour de son décès, survenu le soir, il avait encore œuvré dans son grand jardin”.