Le lancer à main de la grenade GM2L autorisé en Nouvelle Calédonie : le commentaire du général (2S) Bertrand Cavallier

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Limitée à un usage avec un lanceur spécifique le 7 juillet 2021 par le ministre de l’Intérieur, la grenade GML2L peut de nouveau être lancée à la main par les gendarmes et policiers mais uniquement en Nouvelle-Calédonie. Datée du 25 juin, une note du directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur adressée aux directeurs généraux de la Police et de la Gendarmerie autorise à nouveau le lancement à la main avec effet immédiat. Le directeur de cabinet, Alexandre Brugère, justifie cette décision par le “durcissement de l’adversité en Nouvelle Calédonie et compte-tenu de la multiplication d’armes par destination ou de tirs à balles réelles contres les forces de l’ordre”.

Sur le même thème : A69 : les gendarmes et CRS ont fait face avec maîtrise à des attaques d’une très grande violence des milices d’ultra-gauche (analyse du général Cavallier)

Utilisée en France depuis 2018 où elle a succèdé à la grenade GLI-F4 – mise en cause dans la mort en 2014 de Remi Fraisse, un manifestant contre le projet d’un barrage à Sivens, dans le Tarn- la grenade modulaire 2 effets lacrymogenes GM2L (ou SAE 820) est une grenade lacrymogène et assourdissante. Elle est produite par Alsetex.

L’analyse du général (2S) Bertrand Cavallier, expert en sécurité et maintien de l’ordre

La décision autorisant l’usage à main des grenades GM2L sera saluée par tous les gendarmes et policiers. La situation insurrectionnelle qui prévaut en Nouvelle-Calédonie nécessitait cette mesure qui est cependant minimale au regard  de la violence des émeutiers. Une réflexion plus large s’impose cependant sur l’armement, l’équipement, et les conditions d’usage des armes des forces de l’ordre. Je reviendrai plus tard sur cette dernière question.

Concernant les armements et équipements, il convient enfin de considérer que depuis des années, on a assisté pour des raisons tenant à la fois à l’idéologie ambiante et à la frilosité des élites, à une diminution des capacités des forces de l’ordre alors même que les activistes, notamment les milices d’ultra gauche, amélioraient considérablement leurs armes dites artisanales.

Les exemples de Sainte-Soline et récemment des affrontements dans le Tarn, sur le chantier de l’A69, sont en la matière suffisamment parlant. Les opposants disposent bien de moyens destinés à blesser, à tuer du gendarme, du policier.

Et il faut enfin le dire et le redire, y compris à ceux qui s’imposent depuis des années, dans ce pays, en autorités morales, en censeurs. Avant de juger de la dangerosité d’une grenade, commencez par analyser avec lucidité celle d’un cocktail molotov,  celle d’une bouteille d’acide, celle d’une catapulte lançant des boules de pétanque, celle de planches cloutées, celle de pièges dans le sol garnis de pieux acérés… 

Ce qui se déroule en Nouvelle-Calédonie, situation gravissime sur fond d’actions terroristes visant à faire quitter le territoire à une partie de la population, impose de rapidement densifier les armements des forces de l’ordre. Dans une telle configuration, qui est d’ordre insurrectionnel, où depuis des jours, les gendarmes et policiers sont confrontés à des criminels dotés d’armes à feu puissantes (carabines de calibre 300, 308..), doivent conduire des opérations dans un environnement complexe et souvent de nuit, des dotations en grenades offensives ou GLI (celles qui avaient été retirées) s’imposent.

Adopter des marqueurs à distance

Il serait également opportun d’envisager l’adoption de marqueurs à distance pour mieux matérialiser la participation à un attroupement armé, et ainsi optimiser la réponse pénale (logique de judiciarisation).

Bien évidemment, plus que jamais, et en cela il faut rendre un hommage appuyé aux forces de l’ordre déployées en Nouvelle-Calédonie, une grande maîtrise dans l’emploi de la force est cruciale. Cependant, elle suppose que gendarmes et policiers soient à même de riposter avec efficacité, pour garantir l’effectivité de l’’Etat de droit attendue par la majorité de la population, et pour assurer leur propre sécurité. 

Dans un contexte marqué par de profondes incertitudes, les deux impératifs indissociables de garantir la stabilité des institutions, et de préserver la cohésion de la nation, appellent ces mesures de bon sens au profit des forces de l’ordre.