Audrey et Alicia : fâcheuse perte du devoir de mémoire à la brigade de Pierrefeu-du-Var

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Dans une tribune, le capitaine (H) Jean-François Charrat, ancien porte-parole de l’Association professionnelle nationale militaire (APNM) Gendarmes et Citoyens, partenaire de “la Voix du Gendarme” et commandant de la brigade de Pierrefeu-du-Var fait part de sa colère après avoir découvert que les portraits d‘Audrey et Alicia, les deux gendarmes assassinées le 17 juin 2012 à Collobrières avaient été décrochés de la salle de réunion qu’elles avaient créée.

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L’histoire de la Gendarmerie nationale est semée d’actes héroïques qui ont souvent conduit ceux ou celles qui les ont accomplis au sacrifice suprême de leur vie.


Le nom de ces morts pour le service de la Nation reste à jamais gravé dans la mémoire collective de toute la communauté gendarmesque. Ainsi ces dernières décennies, plusieurs centaines de Gendarmes de tous grades et de toutes conditions ont perdu la vie pour aller au bout de leur serment.
Chaque année, les cérémonies du 16 février leur rendent hommage. C’est la juste reconnaissance de leur dévouement. Arnaud Beltrame est certainement le plus légendaire, tant son dévouement et son altruisme furent salvateurs pour l’otage dont il a pris la place.

Moi, j’ai deux prénoms qui m’accompagnent depuis le 17 juin 2012 : Audrey et Alicia, deux jeunes gradées, pleines de vie qui, en service, ont rencontré un couple diabolique. Leur assassinat a créé un raz-de-marée émotionnel dans toute la population et un élan de solidarité incroyable s’est diffusé dans tous les territoires.
Les parents, les proches et leurs camarades de la Gendarmerie, abasourdis par leur disparition injuste, ont mis un point d’honneur à perpétuer leur souvenir. Pour que l’on ne les oublie pas. La salle de réunion de la brigade de Pierrefeu-du-Var, dont elles avaient été les principales conceptrices, leur avait été naturellement dédiée.
Le portrait de chacune d’entre-elles et tous les hommages spontanés de personnalités y avaient été accrochés avec mon approbation. Le devoir de mémoire pour que chaque Gendarme se souvienne que la protection des personnes peut conduire à donner sa vie pour sauver celle des autres, mais également en témoignage de l’attachement de l’institution à deux Gendarmes mortes en service.
Cette petite salle, conçue par elles, accueillait ceux qui avaient le besoin de se rappeler et permettait à leurs parents de se recueillir quelques instants, une fois par an. Tout cela est terminé. Par la décision d’on ne sait quelle autorité, tout ce qui rappelle Audrey et Alicia a été purement et honteusement décroché et caché dans un placard. Ce n’est qu’à la faveur d’une visite des parents de l’une d’entre elles que ces objets de la mémoire collective ont été remis aux familles sans aucune autre forme de politesse. Des Gendarmes ont fait connaître leur désapprobation, mais il semblerait que les visages des deux sacrifiées provoquent une gêne parmi quelques-uns. Incompréhensible ! Le renoncement de certains responsables aux valeurs de mémoire d’une Arme multiséculaire m’est insupportable. Ces deux femmes, je les ai commandées, appréciées, guidées, aimées et découvertes assassinées, défigurées et mutilées. Je ne parviens pas à calmer la colère et la fureur qui m’animent. La disparition des traces de leur passage funeste à Pierrefeu-du-Var est un effacement de leur sacrifice héroïque. Si c’est ainsi que la Gendarmerie, grande famille institutionnelle de militaires, honore ses morts, j’ai honte désormais d’en avoir été un élément.
Je ne connais pas les raisons profondes d’une telle ignominie, mais je me souviendrai longtemps du regard embrumé des parents d’Audrey lorsqu’ils ont sorti du coffre de leur voiture le portrait de leur fille pour me le montrer. Douze ans après, on venait de tuer une seconde fois Audrey et Alicia !