Dans leur “maison mère” de Saint-Astier, le vibrant hommage du major général aux “moblots” pour leur centenaire

Le major général visite la salle du souvenir (photo CNEFG)

Le centenaire de la gendarmerie mobile a été officiellement lancé le mardi 11 mai au centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) de Saint-Astier (24) par le major général de la Gendarmerie qui a rappelé que depuis 1970, 50 “moblots” avaient perdu la vie en service.

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Le monument en hommage à tous les morts de la gendarmerie mobile, mémorial qui n’existait pas jusqu’alors, a été dévoilé.

Il se présente sous la forme de deux stèles, l’une portant l’inscription “aux morts de la Gendarmerie mobile” et l’autre “pour que force reste à la loi”.

Les drames d’Ouvéa et d’Aléria dans la salle du souvenir et dans l’ordre du jour du major général

Une salle du souvenir de la gendarmerie mobile a été inaugurée en présence du major général, le général de corps d’armée Bruno Jockers qui représentait le Directeur général, présent à Avignon pour la cérémonie en hommage au policier Eric Masson, des commandants de groupement de mobile et des stagiaires du diplôme d’arme.

Ce lieu unique a pour but d’être la vitrine de l’histoire de la mobile, depuis sa création en 1921 jusqu’aux engagements les plus récents, en passant bien sûr par tous les événements marquants, y compris les drames d’Ouvéa et d’Aléria (Corse) que le numéro 2 de la Gendarmerie a spécialement évoqués dans l’ordre du jour du Directeur général. Ce dernier, fils d’un Gendarme mobile, a servi dans les EGM de Dijon et Thionville et a lui même été projeté en Nouvelle-Calédonie au moment des événements.

Ordre du jour du Major général de la Gendarmerie cérémonie du centenaire de la gendarmerie mobile à Saint-Astier le 11 mai.

C’est là un moment fort pour notre Institution. A tous nos gendarmes mobiles, nous rendons aujourd’hui hommage : les vivants comme les morts, ceux du passé comme ceux du présent, et vous mêmes qui à votre tour reprenez le flambeau de nos glorieux anciens.

Il y a un siècle, naissait la Gendarmerie mobile. Après des décennies d’hésitations, d’expériences parfois tragiques et d’épisodes mal maîtrisés de maintien de l’ordre, la République, par la loi du 22 juillet 1921, rendait enfin possible la création des tout premiers “pelotons mobiles”. Dès 1926, ils constituaient la “garde républicaine mobile”. Ils sont les ancêtres de nos actuels escadrons, qui font aujourd’hui notre fierté et celle de la République !

Derrière les noms et les sigles, derrière les évolutions institutionnelles, les créations d’unités nouvelles, il y avait alors la nécessité de mettre en œuvre une force spécialisée dans le maintien de l’ordre public. L’absence en était criante, et l’intervention par défaut de la troupe n’était plus adaptée aux exigences ni aux sensibilités de la mission dans un État de droit moderne, encore moins après la Grande Guerre.

Le constat n’était pas neuf, il se traduisait enfin dans la réalité : pour maintenir l’ordre public, une démocratie forte n’a nul besoin de têtes brûlées, elle a besoin de véritables professionnels. Sélectionnés, formés, équipés et organisés à cet effet, avec une doctrine d’emploi claire et rigoureuse. Le colonel Plique, premier directeur de la Gendarmerie, prolongeant l’intuition de Georges Clemenceau, s’y attela avec vigueur et conviction : c’est ainsi que naquit la gendarmerie mobile que nous connaissons aujourd’hui. Voilà pour les origines.

Depuis lors, les “moblots” n’ont jamais cessé de répondre présent pour la population, pour la France et la République, y compris dans les circonstances les plus dramatiques. Leurs faits d’armes sont innombrables, ils épousent l’histoire de notre pays.

La longue traîne des “moblots”, tombés en mission, morts pour la France

Il y a eu le 6 février 1934, lorsque les mobiles, aux côtés des gardes républicains, ont sauvé la République menacée par les ligues factieuses.

Il y a eu, en mai 1940, face à l’invasion allemande, plusieurs faits d’arme dont la bataille de Stonne reste le plus emblématique, avec le sacrifice du 45e bataillon de chars de combat formé autour du groupe spécial de Satory.

Il y a eu, à l’été 1944, le basculement de la Garde dans la Résistance et les combats de la Libération, dont l’héroïsme culminera à Kilstett en janvier 1945.

Il y a eu, après la Libération, le sang-froid et la solidité face aux mouvements insurrectionnels de 1947-1948, alors même que la République, à peine rétablie, menaçait de vaciller à nouveau.

Il y a eu toutes ces difficiles missions de maintien de l’ordre, en temps de paix comme en temps de guerre, notamment dans la période tumultueuse des décolonisations. Je pense tout particulièrement aux mobiles qui ont combattu en Indochine et à ceux qui ont été envoyés en Algérie aux côtés de leurs camarades territoriaux, dans un contexte de grande violence.

Il y a eu les émeutes de Mai 68, puis une litanie de mouvements sociaux, de nature fort diverse et plus ou moins violents : Aléria en 1975, Creys-Malville en 1977, Plogoff entre 1975 et 1981, Chooz, la Lorraine ou le Nord dans les années 80, à Rennes en 1994, avec le blocus des pêcheurs, etc. Plus près de nous, les émeutes qui ont embrasé, en 2005, des dizaines et des dizaines de communes sur tout le territoire national, puis les quasi insurrections de Villiers-le-Bel en 2007 et de Beaumont-sur-Oise en 2016.

Il y a eu aussi toutes ces missions outre-mer, souvent dangereuses, toujours rudes, en Guyane, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie – et ce disant, je songe notamment aux événements que j’ai moi-même connus dans les années 1980, tout spécialement ceux d’Ouvéa en 1988.

Je n’oublie pas non plus les nombreuses missions au-delà de nos frontières, en protection de nos emprises diplomatiques partout dans le monde ou bien en opérations extérieures, notamment en ex-Yougoslavie, en Afghanistan – où 1 000 gendarmes ont servi – et aujourd’hui au Sahel.

Aujourd’hui, vous êtes les héritiers de cette histoire faite de courage et d’honneur, de loyauté et d’abnégation. Cette histoire vous oblige, elle nous oblige. Vous devez en être fiers, comme je le suis moi-même – fiers de vos anciens, fiers de tous ceux qui vous ont précédés dans la carrière. Aujourd’hui, c’est à votre tour de les prolonger, de les continuer.

C’est très important, parce que les défis auxquels nous sommes désormais confrontés ne sont pas moins grands que par le passé : l’apparition de nouvelles radicalités violentes, le phénomène des ZAD, la recrudescence des violences contestataires, qui prennent parfois même un caractère quasi insurrectionnel. Nous l’avons vu au cours de ces dernières années, à Notre-Dame-des-Landes, à Sivens, lors du mouvement des Gilets jaunes.

A chaque fois, nous avons été mis à rude épreuve, mais à chaque fois nous avons tenu bon, nous avons démontré l’excellence et la solidité de nos savoir-faire. Une nouvelle fois, nous avons fait la preuve de notre capacité d’adaptation et d’innovation, tout en restant fermes et solides sur nos fondamentaux.

Cent ans que la France s’est dotée d’une force spécifiquement dédiée au maintien et au rétablissement de l’ordre! Cent ans que les Gendarmes mobiles garantissent, sur l’ensemble du territoire national, le droit de manifester et la liberté d’expression sur la voie publique ! Cent ans que cette subdivision d’arme participe, aux côtés des Gendarmes départementaux, à la sécurité de nos concitoyens, par sa présence rassurante, sa robustesse, sa souplesse d’emploi et sa capacité de réaction hors du commun !

Néanmoins, au cours de cette histoire, et même lors des événements les plus récents, la Gendarmerie mobile a payé un lourd tribut à la protection des Français. Car c’est bien souvent au péril de la vie, voire au prix du sang versé, que vos aînés ont accompli leur mission. Tel est le sens profond de la cérémonie qui nous réunit aujourd’hui.

Jusqu’à présent, aussi étonnant que cela puisse paraître, la Mobile ne disposait pas d’un Mémorial qui lui soit propre. Le directeur général de la Gendarmerie, le général d’armée Rodriguez, tenait absolument à ce que cette absence soit réparée. C’est désormais chose faite. Ici même, sur cette place d’armes du centre d’entraînement de Saint-Astier, qui est un peu votre “maison-mère”, se dresse le monument aux morts de la Mobile qui permettra à chacun de se recueillir et de rendre hommage à nos disparus. Non loin d’une “salle du souvenir” qui, elle, vient davantage éclairer et expliquer l’histoire. C’est bien le moins que nous devons à nos devanciers – à nos héros.

Je songe à tous les morts de Nouvelle-Calédonie, plus encore à ceux d’Ouvéa. Aux morts des missions extérieures et des ambassades, ceux de Beyrouth, au Liban, ceux d’Algérie, du Rwanda et du Congo. Aux morts des missions de maintien de l’ordre, bien sûr, en métropole, en Corse et outre-mer. Qui sait que, depuis 1970, nous avons ainsi perdu plus de 50 des nôtres ? Qui le sait, hormis nous ? Et pourtant.

En cet instant, je songe donc à nos morts, ceux de la campagne de 40, ceux d’Indochine et ceux d’Algérie. Je songe tout particulièrement aux 14 morts du 24 janvier 1960, au terme d’une opération de maintien de l’ordre qui demeure à ce jour comme la plus meurtrière de notre histoire. Je songe à tous les morts de Nouvelle-Calédonie, plus encore à ceux d’Ouvéa. Aux morts des missions extérieures et des ambassades, ceux de Beyrouth, au Liban, ceux d’Algérie, du Rwanda et du Congo. Aux morts des missions de maintien de l’ordre, bien sûr, en métropole, en Corse et outre-mer. Qui sait que, depuis 1970, nous avons ainsi perdu plus de 50 des nôtres ? Qui le sait, hormis nous ? Et pourtant…

C’est là, oui, un bien lourd tribut, la longue traîne des “moblots” tombés en mission, morts pour la France. Ne les oublions jamais ! Qu’ils vivent dans notre mémoire collective comme le vibrant exemple qui éclaire notre chemin et soutient notre courage au moment d’entrer dans la mêlée !

Si j’ai insisté sur cette histoire, c’est bien parce que, pour savoir où l’on va, il faut d’abord savoir d’où l’on vient. Commémorer le centenaire de la Gendarmerie mobile, c’est donner les clefs de compréhension du passé aux générations présentes et futures.

Commémorer le centenaire de la mobile, c’est aussi, dans un contexte d’engagement intense, s’accorder un temps de réflexion, un temps de recueillement et de rassemblement autour d’une histoire et de valeurs communes.

Car, par-delà ses faits d’armes, la mobile mérite d’être mise à l’honneur pour ce qu’elle est. “La jaune” incarne profondément notre Arme : une grande institution militaire riche de ses traditions, de sa discipline, de SA valeur et de SES valeurs, une force humaine résolument opérationnelle et adaptée aux défis présents. Elle est tout autant synonyme de professionnalisme, de maîtrise de la force, d’exemplarité et de dévouement que d’aventure, de cohésion et de fraternité.

Aujourd’hui, c’est à vous, qui venez de réussir votre diplôme d’arme, que je veux m’adresser. Cette cérémonie est un moment marquant de votre carrière. Elle a peut-être pour vous valeur d’aboutissement. Après une formation de 14 mois qui se clôture par un stage intense de 6 semaines, je mesure votre sentiment de satisfaction et de fierté : appréciez-le comme il se doit, vous l’avez mérité !

Cependant, cette cérémonie n’est qu’un commencement. En vous portant candidat au diplôme d’arme, vous avez fait le choix d’une carrière de gradé, ce qui implique une profonde réflexion sur votre positionnement et votre rôle de chef. Il ne fait aucun doute que vous êtes d’excellents techniciens et tacticiens, de fins connaisseurs du maintien de l’ordre et de l’intervention. Mais vous avez voulu donner une dimension supplémentaire à votre engagement en épousant une carrière de gradé et, peut-être, de futur officier. C’est précisément sur votre capacité à encadrer et commander que vous serez attendus en unité, à la fois par vos supérieurs et par vos subordonnés.

Être un chef n’est pas inné, cela s’apprend, cela s’appréhende avec beaucoup d’humilité et de capacité de remise en question. Dans les situations difficiles, c’est vers vous que vos subordonnés se tourneront. Vous devrez alors garder toute votre lucidité, votre capacité de réflexion et délivrer des ordres clairs. La force de la Gendarmerie mobile réside précisément dans son encadrement solide. C’est cette ossature robuste que vous viendrez renforcer au retour dans vos unités.

Parce que vous constituez l’avenir de la Gendarmerie mobile, vous devrez enfin avoir parfaitement conscience des défis et enjeux qui se présentent pour votre subdivision d’arme.

Parce que la mobile n’est rien sans la formation de ses militaires, je veux rendre hommage aux personnels du CNEFG, à ses cadres instructeurs mais aussi aux cadres détachés qui se sont succédé depuis 52 ans qu’existe notre école du maintien de l’ordre et de l’emploi de la force légitime, reconnu centre d’excellence européen. La formation de haut niveau dispensée ici, à Saint-Astier, depuis 1969 garantit aux Gendarmes mobiles la capacité de réaction à tout type d’évènement, dans les conditions les plus périlleuses. Être capable de résister pendant des heures aux invectives d’une foule de manifestants virulents ne s’improvise pas. C’est ici que sont enseignés, depuis des décennies, les savoir-faire et les savoir-être qui font tout le professionnalisme et la renommée de la mobile.

En un siècle, la Gendarmerie mobile a su évoluer pour s’adapter aux époques traversées, et elle continue à se moderniser. Parce que vous êtes aujourd’hui confrontés à des conditions d’emploi de plus en plus difficiles, à des individus toujours plus virulents et à une sur-exploitation médiatique, il est de notre responsabilité de vous donner les moyens d’accomplir vos missions dans les meilleures conditions. C’est toute l’ambition du Schéma national du maintien de l’ordre, du remplacement des véhicules de maintien de l’ordre et des véhicules blindés vieux de 50 ans, de l’acquisition d’équipements d’intervention et de protection, d’outils numériques toujours plus ambitieux.

Depuis un siècle, la gendarmerie mobile garantit, à travers l’engagement sans faille ni faiblesse de ses militaires – VOTRE engagement –, le maintien du pacte républicain. Le dévouement, le professionnalisme et l’exemplarité de nos anciens nous honorent et nous poussent au dépassement. Ils sont pour nous, pour vous, des sources d’inspiration. Rien, jamais, ne se bâtit sur du sable ; croire le contraire serait présomptueux. Nous avons des prédécesseurs, nous aurons des successeurs. Nous sommes tout à la fois des héritiers et des passeurs : des maillons dans la chaîne des temps.

Vous qui désormais reprenez le flambeau, soyez assurés, de la part du directeur général comme de la mienne, de notre fierté, de notre entière confiance en vous, de la confiance et du soutien de la Nation.

Valeur et Discipline », vive la Gendarmerie mobile !

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