Réservistes lors de l'opération Zéno (Photo Gendarmerie)

Le général de division Olivier Kim, commandant et délégué aux réserves de la Gendarmerie, secrétaire général de la réserve citoyenne, est le chef des réservistes depuis août 2018. Ce véritable chef opérationnel, qui a concrétisé dès son arrivée son attachement à la militarité et aux traditions en dotant les réserves d’un drapeau, poursuit son oeuvre de bâtisseur à la tête des réserves. Le commandement des réserves de la Gendarmerie (CRG), très présent sur les réseaux sociaux, est monté en puissance en 2019. Il comprend aujourd’hui un bureau de concept et de doctrine de la réserve, un bureau des opérations courantes et de la réactivité et un bureau protection, prospective et contrôle interne. En cette période qui voit les réservistes “ trépigner ”, comme l’a dit le Directeur général aux députés, la Voix du Gendarme fait un vaste tour d’horizon des sujets « Réserve » du moment, mais pas que. Un entretien riche avec le général Olivier Kim que la rédaction remercie.

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Le général Olivier Kim, ancien du GIGN à Marignane, chuteur opérationnel est l’un des officiers les plus décorés de la Gendarmerie (Photo Gendarmerie)

Comme l’a dit le Directeur général devant les députés, les réservistes trépignent! Allez vous faire appel aux réservistes en plus des missions Zeno ?

L’opération ZENO a été très bien perçue par les réservistes comme par les échelons de commandement mais aussi,  par la direction et par les personnels de La Poste.

Les réservistes ont été peu engagés en début de crise, comme j’ai pu le leur écrire directement, pour plusieurs raisons : les Gendarmes d’active se sont organisés en “ bordées ” pour faire face à la nouvelle situation ; les unités territoriales ont vu rapidement arriver le renfort de 3700 militaires extraits temporairement des écoles de formation initiale. Enfin, comme a pu le l’évoquer le général d’armée Christian Rodriguez, notre directeur général, on n’engage pas en premier échelon, dans une crise, sa réserve, sinon, ce n’est plus une réserve.

Depuis le début du déconfinement, nous constatons un emploi plus élevé des réservistes et cela ne peut aller qu’en augmentant avec l’été qui approche. 

En effet, le tourisme local devrait être privilégié par nos compatriotes et nombre de régions jusque-là moins concernées par l’afflux touristique vont devoir faire face à un regain du tourisme de proximité. Les gendarmes devront être présents sur ces territoires et les réservistes les renforceront.

Il convient d’ajouter à cela que les Gendarmes d’active doivent gérer la reprise de l’ensemble de leurs missions et des enquêtes qu’ils ont mis en attente pour faire face aux tâches liées à la crise, et pour d’autres ils vont goûter à des permissions bien méritées. Dans les deux cas de figures, la réserve jouera son rôle de façon nominale.

Qu’en est -il du budget des réserves pour 2020? dans le cas d’un engagement supplémentaire des réservistes si  la crise se prolonge, sera t-il- abondé ? 

A la place qui est la mienne, je ne décide pas du budget alloué : le “ responsable du programme  P 152 ”, celui de la Gendarmerie, est le DGGN. Sur ses directives, son directeur des soutiens et des finances alloue un budget aux réserves qui est ensuite ventilé par le CRG dans les différentes formations administratives en début d’année. Ce sont donc les commandants de régions, donc de formations administratives  ou leurs équivalents, qui gèrent sur l’ensemble de l’année le budget des réserves au sein de leur formation. Je suis d’un naturel plutôt optimiste, j’ai bon espoir pour l’exécution budgétaire en 2020.

Les députés ont voté la prérogative pour les réservistes APJA de verbaliser les infractions liées au déconfinement. Est-ce déjà effectif sur le terrain et cette mesure va t-elle entraîner un emploi substantiel de ces réservistes? 

Un article de la Loi du 11 mai 2020 prorogeant l’état d’urgence sanitaire et complétant ses dispositions permet effectivement aux réservistes agents de police judiciaire adjoints (APJA) de verbaliser le non-respect des règles de l’état d’urgence sanitaire. Cela comprend donc les infractions liées au déconfinement et à l’interdiction des déplacements conduisant d’une part à s’éloigner de plus de 100 kilomètres de sa résidence et d’autre part à sortir du département où celle-ci est située. La possibilité pour les réservistes de verbaliser les infractions liées à l’état d’urgence sanitaire et sanctionnées par une amende de quatrième classe (135€) est désormais entérinée dans le code de la santé publique. Dans le cadre d’un hypothétique nouveau confinement, ce qu’à titre personnel, je ne souhaite pas, les réservistes pourront donc, entre autres, verbaliser les personnes sortant de leur domicile sans motif valable. Cette évolution législative et réglementaire était une demande convergente du ministère de l’Intérieur et des réservistes, dans le cadre de leur professionnalisation.

La crise sanitaire a bousculé l’emploi des réservistes dont certains n’ont encore effectué aucune journée en 2020! Comment les noter dans ces conditions et en sera  t-il tenu compte pour la notation, l’avancement, et les récompenses ? 

Toute la réserve a été soumise aux mêmes contraintes et sera donc traitée avec une juste équité, en tenant compte si besoin des circonstances exceptionnelles. Le bureau du contrôle interne, de la prospective et de la protection du réserviste créé en 2019 au sein du commandement des réserves de la Gendarmerie, veille à ce titre à une répartition équitable du nombre de jours de réserve, en fixant un nombre moyen pour l’ensemble des effectifs.

Au sujet des récompenses, auxquelles sont très attachés les réservistes, où en est l’attribution de la médaille des réservistes volontaires de défense et de sécurité intérieure ? 

En accord avec le Directeur général et le directeur des personnels militaires de la Gendarmerie, et depuis que je suis à la tête de la CRG, j’ai mis en place une stratégie de valorisation de l’action des réservistes en liaison étroite avec le bureau chancellerie de la DGGN. Les textes pour les personnels d’active sont pleinement applicables à la réserve opérationnelle et les récompenses (lettres de félicitations, TS ou PRE) comme les décorations sont attribuées dès que c’est possible. Pour la médaille des réservistes volontaires de défense et de sécurité intérieure, nous attendons la sortie prochaine de la circulaire d’application qui permettra de débuter la campagne d’attribution. 

Les réservistes sont encore très peu nombreux à recevoir la médaille militaire, les ordres nationaux et sont rarement proposés pour la médaille de la sécurité intérieure. Ne faut il pas revoir les critères de proposition et ne pas les conditionner principalement au nombre de jours, les réservistes du privé et de la fonction publique n’étant pas à égalité en terme de disponibilité.

C’est un vrai sujet! L’attribution des ordres nationaux ne dépend pas de la seule  Gendarmerie mais en premier lieu de la Grande Chancellerie, et des décisions concertées des ministres des Armées et de l’Intérieur.

Toutefois, le bureau chancellerie de la DGGN a lancé un travail de simplification de la procédure, qui devrait, à partir de l’été, grandement faciliter les propositions d’attribution, afin de fluidifier l’instruction des dossiers. Par ailleurs, les conditions d’attributions sont adaptées à chaque typologie de réservistes et ne sont pas uniquement fondées sur le seul critère du nombre de jours réalisés mais sur les mérites, les succès missionnels et les services rendus.

Depuis le 6 mai 2020, les réservistes opérationnels de 2ème niveau (RO2) sont recensés et joignables via Minot@ur. Est-ce dire que vous n’excluez pas de faire appel la RO2? Quelles sont les règles et conditions d’emploi de ces réservistes de la RO2? 

Les conditions d’emploi de la RO2 sont très encadrées par le code de la défense et le code de la sécurité intérieure. Tous les anciens militaires de carrière ou sous contrat ainsi que les personnes ayant accompli un volontariat dans les armées sont soumis à l’obligation de disponibilité, dans la limite de cinq ans à compter de la fin de leur lien au service. Ils peuvent être rappelés par décret en conseil des ministres en cas de menace ou par le ministre de la défense ou de l’intérieur en cas de troubles graves ou de menace de troubles graves à l’ordre public.

Le but est de fiabiliser rapidement les données de contact de ces réservistes afin que la gendarmerie soit en mesure de répondre à une demande potentielle du gouvernement. C’est pourquoi nous avons ouvert le site Minot@ur à cette nouvelle population et que j’ai adressé un mail à l’ensemble des anciens de l’Arme qui sont dans ce vivier. 

C’est une ressource complémentaire très importante de personnels aptes, formés, expérimentés dont notre Pays peut avoir besoin un jour ; elle nécessite notre attention.

Ces réservistes de la RO2, s’ils venaient être employés , seraient ils dotés du MasG1 comme la RO1 ou du SIG?

Depuis l’individualisation de la dotation de l’armement dès la sortie d’école pour les Gendarmes avec les SIG PRO 2022, les réserves ont repris le MAS G1. Si la RO2 devait être rappelée, elle travaillerait également avec le PA MAS G1.

Dans l’ éventualité de leur emploi, mais aussi pour la RO1,  la proposition de l’APNM Gendarmes et Citoyens portée par le député Christophe Naegelen de pouvoir habiliter OPJ réservistes anciens de l’Arme vous paraît elle judicieuse ? 

Le député Christophe Naegelen a déposé une proposition de loi en février 2020 tendant à maintenir la qualité d’officier de police judiciaire (OPJ) aux réservistes retraités de la Gendarmerie ou de la Police nationale. Actuellement, les anciens de l’Arme ayant été OPJ pendant au moins 5 ans durant leur carrière peuvent uniquement bénéficier de la qualité d’APJ dans la réserve. Cette proposition de loi permettrait donc de donner de plus grandes prérogatives à un réserviste ancien de l’Arme qui aurait la qualité d’OPJ. 

Cependant, la question est plus large que l’humble avis du commandant des réserves puisqu’elle engage la doctrine en matière de police judiciaire pour la Gendarmerie, dévolue à la sous-direction de la police judiciaire, mais bien plus largement, elle engage également la Police nationale et le ministère de la Justice. Nous sommes associés à l’étude actuellement en cours avec l’ensemble des parties prenantes.

L’équipe du commandement des réserves qui s’est étoffé en 2019. (Photo CRG)

Ou en est le projet de permettre à des réservistes, anciens de l’Arme, d’avoir leur armement de dotation à la maison ? 

Une proposition de loi visant à autoriser le port d’arme aux policiers, Gendarmes et militaires, qu’ils soient retraités ou qu’ils soient en activité, en dehors de leurs heures de service a été déposée en février 2019 par le député Michel Vialay. Elle permettrait d’inscrire dans le code de la défense la possibilité pour les militaires d’active ou de réserve opérationnelle de porter leurs armes et munitions en dehors de l’exercice de leur mission. 

Le port de l’arme à la maison pour un réserviste n’est pas autorisé en l’état actuel du droit. Le Directeur général, le général d’armée Christian Rodriguez, a demandé à approfondir la question pour évaluer les conséquences d’une nouvelle législation, les opportunités que cela pourrait dégager, et les risques associés. Nous travaillons donc cette question avec des réservistes afin d’en délimiter les contours précis et pouvoir proposer différentes options au directeur général.

Quelle va être l’implication de la ROGN dans le SNU ? et à quelle échéance? 

La réserve de la Gendarmerie devrait être impliquée dans les trois phases du SNU, et c’est pour cela que le DGGN a confié ce dossier sensible au commandant des réserves.

A chaque phase du SNU correspondra une action de la gendarmerie, pour laquelle les réservistes seront prépondérants (mais pas exclusivement dédiés à cette mission).

Pour la phase 1 du SNU les réservistes seront impliqués au titre de la journée Défense et Mémoire (i.e. la journée des Armées) ainsi que dans la journée Sécurité Intérieure et Résilience (journée commune Gendarmerie/Police/-Sapeurs-pompiers).

Pour la phase 2, la mission d’intérêt générale au sein des Cadets de la gendarmerie, les réservistes opérationnels comme citoyens seront mis à contribution, en liaison avec les jeunes.

La phase 3 correspond pour la Gendarmerie à une PMG et un engagement dans la réserve proprement dit.

Il convient également de souligner que les réserves forment un vivier qui pourrait être sollicité pour encadrer le SNU par les préfectures, en dehors des périodes ESR.

Que pensez vous de la proposition de la députée rapporteuse pour avis du PLF 2020, Aude Bono-Vandorme, qui estime qu’il serait opportun de réfléchir à l’emploi de réservistes, plutôt que de sous-traiter à des sociétés privées, les contrôles de vitesse effectués depuis des voitures banalisées munies de radars embarqué ? 

Nous travaillons beaucoup avec la députée Aude Bono-Vandorme, notamment au sein de la Garde Nationale.

Les réservistes militaires ont déjà la capacité de dresser les procès-verbaux de certaines infractions au code de la route. Cette proposition va dans le sens de diversifier les missions des réserves, ce que nous cherchons à faire depuis plusieurs années. Ainsi, des conventions sont passées pour l’emploi de réservistes dans les réseaux de transport (région Île-de-France, Picardie, Auvergne-Rhône-Alpes, etc), dans le cadre de la lutte contre l’immigration irrégulière (Pas-de-Calais), etc. Dans tous les cas, la question essentielle du financement se pose dès qu’il s’agit de conventions. La question du commandement également : c’est une ligne rouge importante en terme d’emploi : les réservistes de la Gendarmerie travaillent sous les ordres d’un chef opérationnel-Gendarme. C’est une position qui permet de conserver la cohérence et le contrôle de la gendarmerie dans l’emploi de ses réservistes.

Qu’en est-il du bénévolat qui a été réinstauré pour les réservistes opérationnels? 

Le code de la défense prévoit que le réserviste sous ESR puisse participer bénévolement à des activités définies ou agréées par l’autorité militaire. Il bénéficie alors du statut du collaborateur occasionnel du service public.

J’ai souhaité remettre en place l’emploi bénévole des réservistes qui avait été suspendu. Ainsi, depuis le 1er janvier 2020, et jusqu’au 30 juin, nous menons une expérimentation, sur la base du volontariat du réserviste, de cette disposition. Le bénévolat est particulièrement encadré et réservé à certaines missions compris dans une liste exhaustive et précise (visites médicales, cérémonies, réunions de courtes durées, les rencontres sportives,…). Aucune mission opérationnelle ne peut entrer dans ce cadre.

Bien que bénévole, le militaire est “ convoqué ” et bénéficie ainsi de la comptabilisation de son action en terme d’avancement, de chancellerie, etc. Il est également protégé en qualité d’agent du service public en cas d’accident. Simplement, il n’est pas rémunéré.

En conclusion, je remercie La Voix du Gendarme de consacrer un article aux réserves de la gendarmerie qui sont une richesse pour l’Institution, et plus largement, pour la défense et la sécurité de notre pays. La lettre récente du directeur général de la gendarmerie aux réservistes illustre bien l’importance et la place qui leurs sont accordées.

Les réservistes participent de la performance de la Gendarmerie et méritent que nous leur accordions toute notre attention : c’est bien le rôle et la mission du commandement des réserves de la Gendarmerie.

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