Le général de division René Omnès, résistant et à l’origine de la célébration de Sainte-Geneviève, est décédé mardi 17 septembre à Vesoul. (Haute Saône) Il était membre de l’UNPRG et avait reçu dernièrement la médaille d’honneur des mains de Daniel Seigneur, président de l’Union départementale de la Haute-Saône.

Une grande figure de la Gendarmerie et de la résistance s’est éteinte. Huit fois cité, blessé deux fois, il est aussi l’homme à l’origine de la célébration de Sainte-Geneviève, patronne des Gendarmes. 

René Omnès était une grande figure de la Gendarmerie (Photo DR)

C’est en effet lui qui a avait écrit au pape en 1962 pour obtenir un « bref pontifical » désignant Sainte-Geneviève comme patronne lorsqu’il était à la Direction générale.

Cet épisode est raconté dans l’Est Républicain. « Petit, il a grandi à côté de l’église Sainte-Geneviève, accolée à la gendarmerie du 16ème là où papa était gendarme » écrit le journaliste. Son père était en effet gendarme à la Direction boulevard Exelmans.

Etudiant instituteur à Paris, il s’engage dans le maquis

Etudiant instituteur à Paris, ce fils de Gendarme qui avait tenter de partir à Londres avant l’appel du général de Gaulle avait été envoyé dans le maquis de Haute-Saône à 19 ans. Connu sous le nom de « Lieutenant Simoun » il fut le fondateur du Maquis 82 dont le 75ème anniversaire a été célébré au cimetière de Corre et à la stèle de Magny-les-Jussey le 8 septembre dernier.

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Son témoignage en vidéo sur un documentaire de France Télévision consacré à la résistance
l a témoigné en vidéo sur son rôle dans la résistance

Il s’est illustré par de multiples faits d’armes et a commandé jusqu’à 100 résistants. Il y a aussi rencontré son épouse, Marie-Thérèse, elle même agent de liaison, comme le raconte la Presse de Vesoul. Lieutenant des Forces françaises de l’intérieur à la libération, il s’est engagé pour la durée de la guerre et a participé à la campagne d’Alsace avec le bataillon de marche de Haute-Saône qui devient par la suite le 3ème ou 4ème bataillon du 60ème régiment d’infanterie.

En Indochine avec la Garde républicaine

Il est entré à Saint-Cyr en 1946 et, après l’école d’application de la Cavalerie de Saumur, a servi au 1er spahis marocains, et au 13ème dragons. 

Il a intégré la Gendarmerie en 1949 à l’Eogn de Melun.

Sa première affectation a été le 5ème escadron de la 7ème légion de Garde Républicaine de Chaumont, unité avec laquelle il est parti en Indochine où il a été cité. A son retour, Il a commandé la compagnie de Dole (Jura) puis quelques années plus tard la Gendarmerie maritime.

Il a quitté l’Arme sur sa demande en 1983 à 59 ans, alors qu’il commandait la 6ème Région de Gendarmerie à Metz.

8 fois cité et écrivain prolifique

Il était notamment commandeur de la Légion d’honneur, grand officier dans l’ordre national du Mérite, titulaire de croix de guerre 39-45 avec palme, de la croix de guerre des TOE, de la croix des combattants volontaires de la Résistance, de la médaille des blessés, de la croix de guerre du Vietnam..

Le général René Omnès a également écrit quatre livres sur la Résistance « Pourquoi tu as fait cela mon fils » et « Les éveilleurs de l’Aurore »), l’Indochine « L’Indochine avant l’oubli » et la Gendarmerie, « Un pion sur l’échiquier de la Grande Dame »).

Ses obsèques seront célébrées le vendredi 20 septembre en l’église de Port-sur-Saône.

La Voix du Gendarme s’associe à l’UNPRG dont il était membre pour adresser ses condoléances à son épouse, à sa fille Elizabeth, à ses deux petits enfants et à ses cinq arrière-petits-enfants. 

Témoignage du général Omnès sur le maquis 82

René Omnès a témoigné lors d’un colloque organisé le 26 octobre 2006 à l’université Paris IV – Sorbonne dans le cadre de l’ École doctorale d’histoire moderne et contemporaine, Centre de recherche en histoire du XIXe siècle (Paris I – Paris IV) avec la Société Nationale Histoire et Patrimoine de la Gendarmerie.

CHEF DU MAQUIS 82 (1943-1945)

Avant guerre, j’ai été élevé à Paris où mon père était gendarme à la caserne d’Exelmans. Âgé de seize ans au moment de l’armistice, nous nous retrouvons dans la maison familiale située à Landéda-l’Aberwrac’h, petit port au nord de Brest. Le 16 juin 1940, je m’apprête à partir en Angleterre, avec la bénédiction de ma mère, ardennaise, qui avait déjà connu une occupation en 14-18. Par manque de chance, le remorqueur qui devait nous embarquer avec quelques camarades n’accoste pas, car le sémaphore ne lui en donne pas l’autorisation en raison d’ordres venant de la préfecture maritime. Peu après, j’assiste à un spectacle lamentable. Je vois les soldats français aller jusqu’à la pointe du Finistère, jeter leurs armes à l’eau, se débrailler et puis se rendre aux Allemands qui arrivent quelques jours après. Cela me laisse une impression terrible.

En septembre 1940, nous rentrons à Paris. Mon père, replié sur ordre « vers le sud », nous rejoint en revenant de Vichy. À partir de là commence une activité que j’appellerai illégale. Sans ordre, le premier acte de résistance des gendarmes consiste à délivrer de faux fascicules et des pièces de démobilisation ou « d’affecté spécial » aux soldats français pour leur éviter la captivité. À la caserne, je vois entrer des hommes, portant une tenue militaire ou du moins un pantalon réglementaire, dire aux gendarmes : « Voilà, j’ai quitté mon unité ». On leur remet des justificatifs à chaque fois de manière spontanée. Le capitaine le sait, bien entendu ; personne n’en parle.

Je suis plutôt spectateur. Toutefois, de temps en temps, mon père me dit d’aller voir le père Corentin, un franciscain du couvent de la rue Marie-Rose situé dans le 14e arrondissement. Je lui apporte des papiers et des faux fascicules. Il s’occupe par la suite d’une chaîne d’évasion vers l’Espagne, en Galice où les Bretons du Nord-Finistère ont des affinités Un jour, je lui demande de profiter de cette filière, mais il m’en dissuade en mettant en avant ma jeunesse et la nécessité de poursuivre des études. Effectivement, j’ai alors 17 ans (mon père s’était engagé dans la marine, en 1917, à cet âge).

Je reprends donc mes cours au lycée Jean Baptiste Say, rue d’Auteuil. Je fais beaucoup de sport : basket, natation, rugby. Pour gagner un peu ma vie (nous sommes trois enfants dans la famille) je réussis à être instituteur suppléant dans le XVIIarrondissement, rue Laugier. Je suis aussi des cours à la faculté de droit deux fois par semaine.

Mes premières actions dites de « résistance » se limitent à lacérer des affiches et à distribuer des tracts, mais je ne suis pas particulièrement discret. Un jour, à la faculté, je me sens repéré. J’en parle à mon directeur d’école qui m’envoie voir l’inspecteur d’académie. Celui-ci accepte de m’affecter en Haute-Saône pour encadrer les petits Parisiens qui y ont été repliés.

Je prends donc le train et arrive à Vesoul où je croise Monsieur Varlet, inspecteur d’académie d’école primaire. Celui-ci m’explique que mon rôle consiste à visiter les enfants réfugiés, dans les familles d’accueil. Discrètement, Monsieur Varlet prépare ma future voie en me donnant une totale liberté d’action. Me sachant fils de gendarme, il m’invite à faire une visite au capitaine de gendarmerie Lesigne. (Je saurai plus tard que Varlet et Lesigne sont à l’état-major du groupement V auquel je serai rattaché). Avec cet officier sympathique, je retrouve l’ambiance d’Exelmans. Ses hommes, à l’image de leur chef, seront magnifiques dans la Résistance de la Haute-Saône. Dix-sept d’entre eux tomberont sous les balles allemandes.

Installé dans un hôtel-restaurant de Polaincourt, je commence mes tournées dans la campagne. En allant voir les familles de mes petits réfugiés, je me rends compte de la situation. Tantôt il y a le portrait du maréchal Pétain bien encadré (on se tait), tantôt il n’y a rien (on reste éveillé). Au fil des conversations, je commence à tisser ma toile d’araignée. Mais au bout d’un certain temps, l’instituteur, tendance collaborationniste, me dénonce comme gaulliste à mon inspecteur primaire. Ce dernier m’annonce qu’il est obligé de me déplacer. Comme je ne veux pas trop m’éloigner de mes premiers contacts, il m’affecte à Magny-les-Jussey pour m’occuper officiellement des petits réfugiés parisiens de la localité. En fait, l’instituteur local continue à voir mes enfants me laissant une totale liberté. Manque de chance, le maire du pays, collaborateur notoire, me dénonce aussitôt en disant : « On m’a donné un instituteur, mais ce gars-là est en train de brouiller les esprits des jeunes du pays ». Je suis obligé de partir, mais, cette fois, je prends le maquis en rejoignant mes « protégés » s dans le bois.

En mars 1944, je vis dans les bois, en dehors de tout, mais conserve des contacts avec les brigades locales. Les gendarmes de Jussey, de Corre et de Vauvillers sont dans le coup. J’ai amené de Paris deux armes cachées par les gendarmes à la caserne Exelmans : un pistolet-mitrailleur et un 7/65. Au fil des contacts, je récupère des fusils de chasse et des armes issues de parachutages. Pour la manœuvre, mon inexpérience ne me permet guère de compter que sur le « Lavauzelle » de mon père, manuel du gradé d’infanterie. Au point de vue clandestinité, j’ai des groupes dans plusieurs villages ; ils ne se connaissent pas entre eux. J’ai cloisonné au maximum, parce que des arrestations ont déjà eu lieu dans la Haute-Saône. Je connais les effets désastreux des bavardages inconsidérés et des futilités de certains clandestins (mon père, par ses contacts à la prison de la Santé, me rapportait les fautes commises : photos, bavardages, listes…).

En matière de recrutement, mon origine parisienne est à la fois un avantage et un inconvénient. C’est un avantage car la police ne peut compter sur des attaches familiales locales pour me pister. C’est un inconvénient car ceux qui veulent venir vers moi ne me connaissent pas. Heureusement, le fait que je sois fils de gendarme constitue une garantie suffisante. Du reste, mon maquis compte dans ses rangs un aspirant de l’Arme, un gendarme maritime, qui est retourné chez lui après le sabordage de Toulon, et un gendarme de la brigade de Faverney. J’en ai cinq en permanence. Certains gendarmes viennent comme agents de liaison entre le commandement de la Résistance et mon maquis.

À tous ceux qui désirent intégrer le maquis, je leur dis qu’ils ne sont pas là pour se planquer mais pour se battre. Nous commençons très tôt des actions : coupures téléphoniques, abattages d’arbres, distribution de tracts, récupération d’armes parachutées… Politiquement, je n’ai qu’une idée, c’est le général de Gaulle, le reste ne compte guère. De toute manière, on ne parle pas de politique chez moi. À l’époque, ni mon père (militaire), ni ma mère (femme) n’avaient le droit de vote.

Du fait de mon jeune âge, je me sens incapable, non pas de me battre, mais d’organiser un vaste mouvement. J’aurais aimé avoir un label du type capitaine d’active ou de réserve. Au maximum, 150 hommes sont placés sous mes ordres directs au sein du maquis 82. J’en ai au moins le double en réserve. Beaucoup voudraient s’y raccrocher mais je ne veux pas incorporer tout le monde. Mon maquis est déjà à la limite de la rupture. Un groupe russe de main-d’œuvre immigrée (MOI) a aussi voulu me rejoindre, mais j’ai refusé. Je suis incapable de les commander et de les nourrir. Il faut dire que nous avons souvent faim dans les premiers temps. Après, nous sommes mieux organisés : nous avons des troupeaux de bovins pris à la réquisition. Et puis les déraillements et les attaques permettent de récupérer des vivres.

En fait, je n’ai pas de problème pour m’imposer comme chef. D’ailleurs, le jour où un bataillon allemand attaque mon maquis, j’ai à ce moment-là, à mes côtés, des Anglais qui ont été parachutés et un lieutenant français. Quand je rassemble mon maquis en disant qu’on ne se sauve pas mais qu’on va se battre, selon les recommandations de Londres, un gars veut me descendre. Il est stoppé à temps.

En dehors des attaques de l’ennemi, le plus gros problème est celui des blessés. Par chance, j’ai pu contacter, grâce à des complicités, le général de réserve Étienne, un ancien médecin des troupes coloniales. Il vient au maquis pour opérer les types sur place. À partir du mois d’août 1944, il installe un hôpital de campagne dans son village. Il soigne aussi bien les Russes ou même les Allemands. Lorsque j’ai trop de blessés, je les envoie à l’hôpital psychiatrique de Saint-Rémy où ils peuvent être opérés. Ils sont ensuite planqués dans différents établissements en se faisant passer pour des agents de la SNCF blessés. À la Libération, j’en récupère beaucoup dans les hôpitaux de Vesoul et Luxeuil. En définitive, j’ai peu de pertes, mais énormément de blessés.

Comme je l’ai dit, mon maquis est en liaison avec une trentaine d’officiers russes ayant constitué leur propre groupe. Je leur fournis de l’alimentation et les aide. Leur chef, Valéry, capitaine soviétique de l’armée de l’Air, m’a à la bonne. Il parle un peu français et l’anglais. La patronne de ce maquis, commissaire politique en titre, appartient au MOI. Polonaise d’origine, Alice est une communiste intégrale.

Un jour, les gendarmes viennent m’informer que la population locale en a assez des méfaits des Anglais dans la région, notamment des vols et des viols dans les villages. Il n’y a pas d’Anglais, mais je comprends vite qu’il s’agit en fait des Russes de Valéry. Quelques-uns sont entrés en dissidence au sein de son groupe et passent désormais leur temps à s’enivrer, manger, piller et violer. Cette attitude porte un préjudice d’autant plus grand à la Résistance qu’on les prend pour des Anglais.

Valéry vient lui-même me voir pour mettre un terme à cette situation. Il m’explique qu’il détient un prisonnier et qu’il souhaite le présenter devant une cour martiale. « Comme on est en France », précise-t-il, il m’invite à présider cette cour pour légitimer cette action. J’ai quelques notions de droit pénal et de droit civil. Nous nous installons de nuit dans mon ancienne chambre dans la maison d’école de Magny-les-Joussey. Faute de chaises, nous sommes assis par terre avec un gars ligoté comme une saucisse. C’est un lieutenant pilote de l’armée soviétique. Je prends comme assesseur « Vieux Charles », pilote lui-mëme et comme greffier Paul Pothus, alias « Talère », le maître d’école. Moi je fais le président, l’accusateur étant Valéry. Les minutes de cet étrange procès sont conservées. À la suite de l’interrogatoire, le gars accepte de nous révéler que les dissidents se trouvent dans la forêt de Cherlieu à une quinzaine de kilomètres de Magny-les-Jussey. Valéry veut s’y rendre immédiatement. Mes deux camarades rejoignent le maquis et j’irai seul avec les Russes. Je sais que cela devrait se terminer par une fusillade.

Nous prenons la route, fortement armés. Nous arrivons au repaire des six Russes dissidents vers quatre heures. Ahuris et imprégnés d’alcool, les occupants des trois tentes n’ont pas le temps d’utiliser leurs armes. Dans la lumière blafarde du lever du jour, une nouvelle cour martiale se tient. Ligotés à terre, les hommes apprennent sans surprise leur condamnation à mort. Ils portent sur moi, le seul Français témoin de leur différend, un regard haineux. La sentence s’accomplit : trois strangulations, un fusillé sur sa demande, un autre abattu lors de son évasion et, pour le dernier, une mission suicidaire sur un camion allemand. Lors des exécutions, mon éducation occidentale et chrétienne ne me permet pas de comprendre l’état d’esprit de ces hommes qui glissent vers le néant, sans aucune conviction pour la suite. Je prie… L’un d’eux demande même à être étranglé lentement pour mieux ressentir sa propre mort.

Après cette expérience éprouvante, je pars rejoindre mon maquis, étonné que l’on ne m’ait pas supprimé. À mon retour, mes camarades poussent aussi un soupir de soulagement. Deux jours après, Valéry, revenu seul, tient à participer à un déraillement. Qu’a-t-il voulu me faire comprendre ? Je suppose qu’il a été touché par mon comportement et tout simplement de ma présence qui justifiait vis-à-vis des autres les condamnations contre les six accusés. Après la guerre, la brigade de Combeaufontaine a été avertie de la présence des cadavres dans la forêt de Cherlieu. Personne, pas même le maire, ne savait de qui il s’agissait. Ils le sauront après accord du commandant (général) Bertin, patron du groupement V.

Mais revenons à la Libération. Après l’attaque de mon maquis le 11 septembre 1944, je reçois l’ordre de conserver la liberté de transit sur les ponts, passages obligés en Haute-Saône. Sur les onze objectifs désignés, deux ne peuvent être tenus en raison de la dispersion de mes forces. Je dois aussi assurer la garde de quatre-vingt-huit prisonniers dont le général von Brodowski, un des commandants de la division Das Reich, fait prisonnier par un groupe du maquis et remis à la 1re armée. Cet officier est innocent du massacre d’Oradour-sur-Glane, cela ne l’empêche pas de finir sous les balles de maquisards lors d’une pseudo-évasion à la citadelle de Besançon où il a été transféré.

Les premiers contacts avec les libérateurs se produisent le 16 septembre 1944, avec une compagnie du 4e zouaves. À Vesoul, je retrouve mes patrons à l’état-major, avec les Américains, ainsi que mes Anglais et mon lieutenant français qui avaient participé à la défense du maquis quelques jours auparavant. Le commandant Bertin m’apprend que j’ai des blessés à l’hôpital de Vesoul. J’étais persuadé qu’ils avaient été fusillés lors de leur capture. En fait, avec mes hommes, nous nous sommes toujours comportés en soldats face aux Allemands. Les prisonniers ont toujours été respectés. Partout où je suis passé, il n’y a jamais eu de représailles. Il y eut pourtant des attaques sanglantes, comme à Faverney où nous nous sommes battus tout un après-midi contre des compagnies d’intervention allemandes. L’occupant a pris des otages. De mon côté, nous avons fait des prisonniers autour de la gare. et soigné leurs blessés que nous avons laissés sur place. Les Allemands ont alors relâché tous les otages qu’ils avaient mis à genoux le long du pont.

Là se situe un acte « juvénile » que mes anciens de la guerre d’Espagne ont fustigé. Un soldat de la Wermacht, blessé, n’a pas voulu rendre son arme. Il était incapable de bouger. Je lui fis un pansement et lui laissai son fusil en lui disant « gut soldat » !! Sans regret.

Pour nous, combattant depuis des mois, la Libération n’est pas euphorique parce que les membres de mon maquis sont considérés comme des va-nu-pieds. Tandis que l’armée régulière organise des bals et des défilés, nous la regardons faire, un peu laissés de côté. Nous sommes tout juste bons à fournir des souvenirs pris à l’ennemi tels que des casques, des insignes ou des armes. Pour ma part, ma préoccupation essentielle est de retrouver mes gars disparus, blessés ou prisonniers. Il faut continuer à vivre, manger et s’installer. Si beaucoup de mes hommes veulent continuer à se battre, certains d’entre eux, ouvriers agricoles, peintres en bâtiments ou employés de la SNCF, aspirent à retrouver leur foyer. Je regroupe tout le monde dans un château, en no man’s land, pendant 15 jours, avec plusieurs autres maquis pour essayer de constituer une compagnie d’infanterie. J’aurais aimé partir en unité constituée avec la 1re Armée, mais mes gars sont débauchés individuellement. Finalement, nous formons le bataillon de marche de Haute-Saône qui devient par la suite le 3e ou 4e bataillon du 60e RI de la division du général de Lattre de Tassigny. Nous participons à la campagne d’Alsace et d’Allemagne. Le 8 mai 1945, nous célébrons la victoire à Strasbourg en défilant en uniforme anglais. Ces singulières tenues nous valent d’être acclamés aux cris de : « Vive les Tommies ! », malgré le drapeau tricolore du régiment… français.

En août 1945, à Trêves, j’apprends, par une circulaire, un appel à candidatures pour le centre de préparation aux grandes écoles militaires à Versailles. Mon colonel tente de me dissuader en m’expliquant que j’ai une carrière toute tracée. Je préfère entrer par une grande porte. J’arrive à Versailles et, au bout de deux mois, on nous entraîne à passer des concours dont Saint-Cyr. J’aurais préféré Polytechnique car je suis très fort en maths et en physique. Obtenant de brillantes notes, j’intègre Coëtquidan en 1946 : six mois comme élève et six mois comme instructeur, choisi par le général Schlesser. Après Saumur, le 1er spahis marocains, le 13e dragons, ce sera l’école d’application de la gendarmerie à Melun, en 1949.

René Omnès

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